Critique Kiriko

Shingo Honda n’est pas un inconnu en France. Après son titre Ping Pong Dash en 15 volumes (chez Doki-Doki), où il lançait un voyou dans le monde du ping-pong, il nous avait offert chez Delcourt Tonkam le titre horrifique Hakaiju, interrompu chez nous au tome 13 à la fin de sa « première saison ». Nous le retrouvons donc dans ce genre avec le one-shot Kiriko, proposé par Komikku (3ème éditeur en 3 séries), où d’anciens camarades de classe se réunissent dans leur ancien lycée pour « fêter » l’anniversaire de la mort d’une de leurs camarades. Bien entendu, la mort les attend…

On le sait, réussir un one-shot est un art bien complexe. Difficultés de développer l’intrigue dans le détail, difficultés d’approfondir le caractère des protagonistes, difficulté à attraper le lecteur et à le captiver : les obstacles sont nombreux et rares sont ceux qui parviennent à les contourner, surtout en 190 pages environ. Par conséquent, on ne sera pas trop dur avec Shingo Honda même si son titre est loin de remplir son objectif.

Comme précisé un peu plus haut, l’histoire est somme toute classique : des anciens camarades de classes (une petite classe de 7 élèves) sont invités à se retrouver dans leur lycée à l’abandon en mémoire d’une de leur camarade, Setsuko Okumura, surnommée Kiriko, décédée 16 ans auparavant en se suicidant. Un premier décès intervient rapidement, plongeant nos héros dans la terreur. Le cadre est très classique : un lycée à l’abandon, en pleine campagne, avec un orage, un éboulement sur la seule route, empêchant de partir, un groupe qui se sépare après le premier meurtre pour faciliter le travail du « tueur »… Bref, rien de bien original. Sauf que… Shingo Honda tente d’amener deux touches : une psychologique et une plus fantastique. La première peut surprendre mais plusieurs indices mettent la puce à l’oreille du lecteur très rapidement. La touche fantastique, si elle permet de mettre en avant les qualités de dessinateur du mangaka, n’apporte pas grand-chose à l’histoire et donne plutôt l’impression d’un pétard mouillé…

Concernant la mise en scène, le découpage et le graphisme, Shingo Honda s’en sort honorablement. Nous le connaissions déjà auparavant et en avons confirmation, Shingo Honda confirme ses talents de dessinateur et son style affirmé. On a donc droit à de jolies pages, détaillées et puissantes, qui sont le gros point fort du one-shot. Le style l’y obligeant, Honda offre quelques passages au découpage classique (apparition du tueur qui disparait juste après par exemple) et manque parfois d’imagination dans sa mise en page. Dommage car, dans ce type de titre, ce point peut être un vrai plus.

Autre point gênant, mais là encore inhérent au format : tout va très très vite. La tension n’a pas le temps de monter que la conclusion approche déjà à grands pas. Difficile donc de réussir à s’immerger dans le titre, de ressentir l’oppression que l’on devrait ressentir et d’éprouver le panel de sentiments que ce type de titre doit pouvoir procurer.

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