Retour vers le passé : Superman 2 (1980)

 

REALISATEURS

Richard Lester, Richard Donner (non crédité)

SCENARISTES

Mario Puzo, David & Leslie Newman, Tom Mankiewicz, d’après une histoire de Mario Puzo et les personnages créés par Jerry Siegel et Joe Shuster

DISTRIBUTION

Christopher Reeve, Margot Kidder, Gene Hackman, Terence Stamp, Sarah Douglas, Jackie Cooper, Jack O’Halloran, Susannah York, Marc McClure, Ned Beatty, Valerie Perrine, E.G. Marshall…

INFOS

Long métrage américain/britannique
Genre : aventures/science-fiction
Année de production : 1980

À l’automne 1978, le réalisateur Richard Donner était toujours engagé dans la tâche titanesque que représentait le tournage des deux premiers longs métrages Superman…une production débutée plus d’une année et demi plus tôt, en mars 1977, et qui n’a pas été facilitée par la dégradation progressive des relations entre le metteur en scène et ses producteurs et initiateurs du projet, Alexander Salkind, Ilya Salkind et Pierre Spengler (plusieurs raisons ont été évoquées, comme les retards successifs et les dépassements de budgets).
Pour pouvoir respecter la date de sortie du premier volet, fixée au mois de décembre 1978, la décision fut prise de faire une pause pour terminer la post-production de Superman alors que 75% de Superman II avait déjà été mis en boîte. Et pour terminer Superman sur une note plus spectaculaire, Richard Donner a du déplacer la fin prévue pour la suite (Superman modifie le cours de l’histoire en inversant la rotation de la Terre) au premier film.

Superman est devenu l’un des plus gros succès de la fin des années 70, avec plus de 300 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget de 55 millions. Richard Donner pensait donc pouvoir se remettre au travail pour terminer Superman II…mais les Salkind en ont décidé autrement. Pendant de longues années, chaque camp a donné sa propre version de l’histoire. D’après les Salkind, Donner avait été sollicité pour compléter Superman II, mais celui-ci avait déclaré qu’il ne travaillerait plus avec Pierre Spengler. D’après Richard Donner, il n’a jamais été rappelé et il n’a su que la production avait repris qu’après avoir reçu un télégramme avec ces mots : “Nous n’avons plus besoin de vos services”.

Et c’est donc Richard Lester, qui avait déjà travaillé pour les Salkind et Spengler (il a mis en scène le diptyque Les Trois Mousquetaires/On l’appelait Milady)…et qui avait déjà été appelé comme médiateur entre Richard Donner et le trio…qui s’est installé dans son fauteuil de réalisateur.

 

 

Cette situation n’a pas été du goût de tout le monde, Margot Kidder (alias Lois Lane) n’a par exemple pas manqué de s’exprimer sur le sujet (et c’est peut-être bien pour cela qu’elle ne fait que passer dans Superman III). Plusieurs acteurs ne sont pas revenus pour la reprise du tournage : toutes les scènes impliquant Gene Hackman (Lex Luthor), Otis (Ned Beatty), Miss Teschmacher (Valerie Perrine) et le Président des Etats-Unis (E.G. Marshall) ont donc été tournées par Richard Donner en 1977/1978. Richard Lester a donc du recourir à plusieurs astuces, comme une doublure et un imitateur de Gene Hackman. Marlon Brando devait également apparaître en Jor-El dans la suite, mais comme il s’était montré trop gourmand, ses scènes ont été retournées et ses dialogues sont revenus à Susannah York, qui reprend le rôle de Lara, la mère de l’Homme d’Acier.

Jongler entre les plans qui portent la signature de Donner et ceux de Lester fait qu’il y a parfois quelques faux raccords et des petites erreurs de continuité, notamment dans l’apparence des acteurs, mais l’ensemble se tient tout de même bien, malgré les différences de style entre les deux Richard. Dans Superman II, on ne retrouve pas les envolées propres au premier opus; Richard Lester a souvent déclaré avoir composé ses plans comme des cases de comic-books, en mettant l’accent sur ses armes habituelles, l’action et l’humour.

 

 

Les vilains de Superman II ont été présentés dans le prologue du premier film : les kryptoniens Zod, Ursa et Non, fait prisonniers dans la Zone Fantôme par Jor-El. À l’origine, le trio devait être libéré suite à l’explosion du premier missile de Lex Luthor projeté dans l’espace par Superman. Pour pouvoir aboutir à ce résultat, une nouvelle scène d’ouverture a été tournée, une dynamique aventure parisienne qui voit l’Homme d’Acier empêcher des terroristes de faire exploser la Tour Eiffel avec une bombe à hydrogène. Superman se débarrasse de la bombe dans l’espace et l’explosion ouvre la porte de la Zone Fantôme.

Les criminels kryptoniens sèment le chaos et prennent facilement le pouvoir, d’un trou perdu du Midwest à la Maison-Blanche. J’adore l’interprétation de Terence Stamp en général Zod (et je le préfère au Lex Luthor campé par Gene Hackman), cette arrogance mêlée d’ennui sert savoureusement le personnage, anarchiste qui ne vit que pour le conflit. Et son génial “Kneel before Zod” compte parmi les meilleures répliques pour un super-vilain à l’écran. La dynamique d’équipe avec ses soldats, la dangereuse et sexy Ursa et le colosse muet Non, fonctionne parfaitement, avec quelques touches humoristiques qui font mouche.

Mais que fait donc Superman ? Pendant une grande partie du récit, l’Homme d’Acier oublie ce qui se passe dans le monde pour filer le parfait amour avec Lois Lane qui a découvert son identité secrète. Ce n’est franchement pas la partie que je préfère, une exploration de l’humanité pas très convaincante, qui occasionne quelques temps morts et qui tombe rapidement à plat…ou si on veut, juste à temps pour le grand affrontement final.

 

 

Superman II se conclut sur un Choc des Titans de haute volée, un combat de surhommes entre les bureaux du Daily Planet, les rues de Metropolis et la Forteresse de Solitude. Un dernier acte jubilatoire, partagé entre de très bonnes idées pour dynamiser l’action…et d’autres qui me semblent tout de même nettement moins bonnes. Mais depuis mes premiers visionnages du film, j’ai découvert que Superman avait, au fil des années, montré dans les comics des capacités encore plus étranges que le “S” en cellophane et le “super-baiser” qui rend amnésique.

Dans le prochain "Retour vers le Passé", je reviendrais sur l’édition spéciale sortie en 2006, “The Richard Donner Cut”, qui a permis d’avoir un aperçu de ce qu’aurait pu être la vision originale du réalisateur de La Malédiction et de L’Arme Fatale.

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