Retour vers le passé : La Féline (1942)

 

REALISATEUR

Jacques Tourneur

SCENARISTE

DeWitt Bodeen

DISTRIBUTION

Simone Simon, Kent Smith, Tom Conway, Jane Randolph…

INFOS

Long métrage américain
Genre : fantastique
Titre original : Cat People
Année de production : 1942

Au début des années 40, la RKO, la maison de King Kong, connaît des difficultés financières. Le studio a du mal à se remettre de plusieurs échecs financiers, dont celui du Citizen Kane de Orson Welles, et décide de réduire les frais. Welles va alors perdre le contrôle de son troisième film, La Splendeur des Amberson, qui sort dans une version remontée par la RKO. Cette situation s’accompagne d’un changement de dirigeant à la tête de la production cinématographique. Le nouveau patron va alors promouvoir Val Lewton, un assistant producteur d’une trentaine d’années, véritable touche-à-tout puisqu’il a occupé de nombreux postes dès son arrivée à Hollywood (il a notamment fait partie, sans être crédité, des contributeurs au scénario de la pharaonique super-production Autant en emporte le vent).

Charles Koerner a donné carte blanche à Val Lewton qui s’est retrouvé à la tête d’une unité consacrée aux films fantastiques, sans toutefois être un familier du genre. Le but de la RKO était de rivaliser avec les succès de la Universal et leur cortège de monstres (Frankenstein, Dracula, la Momie…)…mais pour un budget extrêmement modeste. Ainsi Val Lewton n’a disposé que d’environ 135.000 dollars pour sa toute première production, Cat People (La Féline en version française). Mais loin d’être un frein, ces moyens limités (tellement serrés qu’il a du réutiliser le grand escalier de La Splendeur des Amberson pour son décor principal) lui ont permis d’imposer un style, une vision de l’horreur plus subtile qui joue sur l’imagination et la suggestion.

 

 

Val Lewton s’est entouré d’une équipe fidèle; le metteur en scène français Jacques Tourneur rencontré sur le tournage du Marquis de Saint-Evremond (sur lequel Lewton était assistant et Tourneur réalisateur de la seconde équipe, le monteur Mark Robson, le scénariste DeWitt Bodeen, le prolifique directeur de la photographie Nicholas Musuraca (plus de 200 crédits en 40 ans de carrière). Il a aussi rassemblé une équipe d’acteurs qu’il fait tourner de film en film, parfois en têtes d’affiches, souvent dans les rôles secondaires (comme Tom Conway, Elizabeth Russell, Alan Napier ou Skelton Knaggs).

Les titres étaient imposés par la RKO et le matériel promotionnel était le plus souvent plus sensationnaliste que le film lui-même (Lewton avait carte blanche sur le contenu, mais pas sur le reste ce qui n’était pas vraiment de son goût). Car cette histoire d’une jeune femme slave (campée par la française Simone Simon) qui a peur d’entamer une relation avec l’homme dont elle tombée amoureuse après leur rencontre dans un zoo new-yorkais parce qu’elle est hantée par les légendes de son pays natal fonctionne avant tout parce qu’elle prend du temps pour établir les personnages et les ancrer dans la réalité avant d’y insérer le fantastique par petites touches troublantes.

La caractérisation et la psychologie des personnages sont des éléments soignés et l’interprétation de Simone Simon donne beaucoup de relief au drame de la belle Irina : une femme qui a perdu ses repères, qui apprend à aimer tout en luttant contre ce qu’elle ressent au fond d’elle et qu’elle ne comprend pas et qui exprimera justement ce caractère plus charnel et…félin lorsqu’elle se retrouvera bafouée.

 

 

Avec ce premier film d’une série de trois (les suivants étant Vaudou et L’Homme Léopard), Jacques Tourneur évoluait pour la première fois entre ombres et lumières, dans cette dimension où les sons, les sensations nourrissent les aspects mystiques et poétiques du récit. Les producteurs ont douté du résultat final, pas assez horrifique selon eux, mais le public a suivi. Cette toute petite production tournée en 18 jours pour moins de 150.000 dollars a rapporté presque 4 millions de dollars les deux premières années de son exploitation, sauvant la RKO de la faillite.

40 ans après la sortie de La Féline, Paul Schrader (American Gigolo) en a tourné un remake, avec Nastassja Kinski dans le rôle d’Irena.

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