Retour vers le passé : Le Phare du Bout du Monde (1971)

 

REALISATEUR

Kevin Billington

SCENARISTE

Tom Rowe, d’après Jules Verne

DISTRIBUTION

Kirk Douglas, Yul Brynner, Samantha Eggar, Jean-Claude Drouot…

INFOS

Long métrage américain/espagnol/liechtensteinien
Titre original : The Light at the edge of the world
Genre : aventures
Année de production : 1971

Je ne suis pas un grand connaisseur de l’oeuvre de Jules Verne, c’est le moins qu’on puisse dire. J’ai juste lu 20.000 Lieues sous les Mers quand j’étais plus jeune et je me souviens que j’ai eu du mal à le terminer, préférant le film Disney avec Kirk Douglas. Par contre, j’ai vu beaucoup de longs métrages inspirés par l’oeuvre de l’écrivain nantais et ce sont toutes ces adaptations plus ou moins fidèles qui m’ont initié à l’imaginaire « Vernien » (De la Terre à la LuneVoyage au Centre de la TerreLe Tour du Monde en 80 joursMichel Strogoff ou encore 5 Semaines en Ballon pour ne citer que quelques titres).

La plupart de ces films insistent sur les éléments les plus divertissants pour offrir un spectacle familial…ce qui n’est pas vraiment le cas du Phare du Bout du Monde. D’après les informations glanées sur la toile, il ne s’agit pas du livre le plus connu de Jules Verne. C’est le premier sorti après la mort de l’auteur, avec quelques légers remaniements par son fils Michel (il faudra attendre 1999 pour que sorte la version non retouchée). J’ai été assez surpris par la violence du film, mais d’après les quelques petits extraits que j’ai pu lire, cet élément était déjà présent dans le texte originel.

 

 

Co-production internationale initiée par Alexander et Ilya Salkind (les trois premiers Superman avec Christopher Reeve), Le Phare du Bout du Monde n’est donc pas un spectacle formaté pour un public particulier, ce qui a du rebuter à l’époque les familles qui se sont rendues dans les salles obscures, s’attendant à un film de pirates à grand spectacle avec Kirk Douglas et Yul Brynner (la sortie s’est d’ailleurs soldée par un échec cinglant). Et la première scène-choc arrive très vite. En 1865, un phare est inauguré au Cap Horn. Les trois gardiens sont le capitaine Moriz (l’espagnol Fernando Rey) et ses deux assistants, le jeune Felipe et l’américain Will Denton (Kirk Douglas). Peu de temps après, un bateau approche, Moriz et Felipe s’avancent pour l’ accueillir avant d’être massacrés par l’équipage…des pirates qui veulent se servir des lieux pour attirer des navires sur les rochers et se livrer au pillage.

Will Denton va alors tenter de survivre à ces brutes sanguinaires avant de tout faire pour reprendre le contrôle du phare. Kirk Douglas est impeccable dans le rôle de cet homme qui s’est exilé pour échapper à son passé (un passé qui nous est révélé via des flashbacks pas très convaincants). Face à lui, Yul Brynner est charismatique en Kongre, pirate aussi énigmatique que sadique qui s’est auto-proclamé souverain de son petit royaume. Loin de l’image lisse de Thierry la Fronde, le français Jean-Claude Drouot joue Virgilio, le bras droit complètement barré de Kongre, meneur d’une bande de gueules patibulaires tout droit sortis d’un western spaghetti. Et comme souvent, un personnage féminin a été ajouté, une survivante campée par Samantha Eggar (Chromosome 3) qui va entretenir des relations troubles avec Denton et Kongre.

 

 

Réalisé par le méconnu Kevin Billington (Interlude), Le Phare du Bout du Monde est un film inégal. L’ensemble est un poil trop long; le montage est souvent maladroit (avec notamment des faux raccords un peu trop voyants); il y a des effets assez cheap (mais rien de bien gênant)…des défauts rachetés par des qualités évidentes, comme la belle photographie signée par le français Henri Decaë (Le SamouraiLe Cercle Rouge…), une utilisation judicieuse des décors naturels et une véritable intensité dans ses meilleurs moments.

Le Phare du Bout du Monde est donc un film d’aventures maritimes au ton à part, un récit de survie loin de toute civilisation, cruel, parfois assez surréaliste et empreint d’un certain nihilisme. Aussi imparfait qu’intéressant, avec un dernier morceau de bravoure (l’affrontement de ses deux stars au sommet du phare) palpitant.

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