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Critique de Alabaster

par Valoulou le mar. 17 déc. 2019

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Il a une sale tête, mais c'est cool quand-même !

Alabaster, l'homme d'albâtre, était un sportif de haut niveau d'origine afro-américaine. Prit de colère lorsqu'il apprit que la femme qu'il aimait le méprisait, il tua accidentellement un homme et finit derrière les barreaux. (Joyeuse mon intro...).

Durant sa peine de prison il se lia d'amitié avec son codétenu, un scientifique ravagé du ciboulot qui a mît au point une invention révolutionnaire : une machine permettant de rendre invisible. Machine qui value à se dernier de se faire boucler, suite à une tentative d'utilisation ratée qui poussa sa propre fille enceinte (un cobaye de premier choix !) au suicide.

Alabaster, cogitant des années durant à sa vengeance contre celle l'avait trahie, prit l'initiative une fois sortie de cabane, d'utiliser l'invention de son ami bagnard sur lui-même. Le hic, c'est qu'il comprend très vite que pour se rendre totalement invisible, il faut en mourir... Arrêtant alors l'expérience in-extremis, il se retrouve avec un corps perdu quelque part entre le transparent et l'opaque (système sanguin apparent, boyaux visibles, etc...). C'est sous ce nouveau visage (quelque peu sordide) qu'il décide d'accomplir sa vengeance en commençant par tuer de sang-froid la demoiselle qui l'avait tant fait souffrir (après tout, elle n'avait pas été très sympa avec le monsieur), puis, parce que l'histoire ne ferait que 20 pages si on s'arrêtait là, de devenir un tueur en série qui fera d'innombrables morts dans le seul but de débarrasser le monde de toute forme de beauté, et ce pour qu'ainsi tous les êtres vivants soient à son image et qu'ils le voient enfin comme étant beau. (Dit comme ça le rêve n'est certes pas au rendez-vous, mais pourtant c'est vraiment sympa à lire !)

Je ne rentrerai pas plus ici dans les détails de l'histoire en elle-même, les personnages étant à découvrir à fur et à mesure de la lecture, je ne veux évidemment pas gâcher le plaisir.

Que pouvons-nous dire d'Alabaster ? Eh bien... plusieurs choses ! La première étant que j'ai vraiment apprécié l'œuvre, un thriller sombre mêlant des aspects de SF (je parle bien sûr de la technologie), sur un fond de psychotisme qui donne envie de continuer la lecture à tout prix. Cette bande dessinée n'est certes pas la pièce maîtresse de la bibliographie d'Osamu Tezuka, loin de là, mais pourtant on y retrouve tous ses codes narratifs ainsi que tout ce qui fait la magie de ses univers.

Ecrit au tout début des années 70 le décor est imprégné de ce côté kitchouille que l'on retrouve dans les films policiers de l'époque tout en laissant, en plus, ce je-ne-sais-quoi, qui fait que l'on ressent les années hippies. Tezuka, toujours intrigué par l'évolution des diverses sociétés et cultures humaines pose le décor de son serial-killer dans cette trame qui était le quotidien de ces années là.

Le dessin pour sa part est encore une fois le reflet du travail acharné de l'auteur. Il s'agit ici d'un gekiga (un mouvement de la BD japonaise se voulant sombre, réaliste et adulte), style qu'il s'appliqua beaucoup à travailler dès son apparition et donnant une saveur encore plus glauque au bouquin. Mais dois-je vraiment décrire le trait du maître ici ?

Comme toujours, il est fidèle à lui-même, les découpes très inspirées par la BD américaine donnent à l'ensemble une lecture fluide bien que non-linéaire tout en étant abordable par n'importe quel lecteur, même les moins intrigués par le rétro. On est sur un dessin et une pagination facile d'accès, soignés, les images allant droit à l'essentiel, bourrées pourtant de petits détails, rien à voir avec du gros plan à chaque case et du 3 cases par planches, le tout infographié à outrance, non (!), là c'est du vrai dessin, du beau dessin, certe un peu vieillot, mais pourtant possédant un caractère et une pâte reconnaissable entre mille.

Le rendu final est un condensé de rebondissements, une intrigue facile à suivre et pourtant surprenante, entraînant le lecteur dans une aventure violente, parfois étouffante dans son ambiance, mais surtout prenante malgré la simplicité de l'avancement des aventures.

Encore une fois, je ne parle pas ici d'un chef-d'œuvre, mais d'une œuvre qui m'a laissé un plaisir de lecture comme je n'en ai plus beaucoup depuis longtemps. Certains passages sont vraiment violent, d'autres très léger, ce qui donne un équilibre au tout ne permettant pas l'ennuie durant l'intrigue. Très inspiré par Fantomas, on y retrouve aussi cette expérience quasi malsaine qui faisait de ce dernier un personnage charismatique, Alabaster lui ressemblant énormément, aussi bien physiquement que dans sa personnalité.

Le travail effectué sur l'ensemble montre un grand savoir faire, on voit au premier coup d'œil que Tezuka n'en est plus à son premier essai, le rendu est fluide, peut-être un peu trop de temps à autre, l'esprit du contexte historique (bon à l'époque c'était le présent mais aujourd'hui... c'était il y a longtemps quand-même...) donne avec le recul le frisson du dépaysement, c'est un voyage dans le passé. Le fait de suivre un tueur en série manipulateur et pervers rend l'atmosphère encore plus sinistre, bien qu'il ne soit pas le seul personnage principal (j'en ai presque trop dis), cette plongée dans sa petite tête de détraqué pas comme les autres dénote de l'imagination de son auteur (ok, c'est vrai qu'on voit ça partout maintenant, mais il faut remettre dans le contexte j'ai dis !). 

La fin également laisse un peu sur le cul, malgré le fait que l'on sente que l'auteur essaie de vite terminer son histoire (les actions des 15 dernières pages sont vite expédiées ; "un suppôt et dodo !"), la chute et relativement inattendue, loin de ce que l'on s'attend à lire tout au long du pavé et pourtant, totalement logique au vue du ton, de l'atmosphère et du genre employés. Je n'en dirai, une fois encore, pas plus ici pour le pas gâcher ni le plaisir, ni le suspense, étant tout cas, il s'agit d'un bon petit plaisir qui se lit vite et bien malgré son côté rocambolesque.

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En bref

À lire si vous cherchez un thriller sombre et sans détour. Un petit livre très prenant auquel on peut, tout de même, reprocher sa rapidité de narration.

8
Positif

Tezuka

Suspense

Abordable

Negatif

Rapidité de la naration

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