Interview Matt Fraction

Lors de la Comic Con Paris, nous avons pu rencontrer, grâce à Comixology et Glénat Comics, Matt Fraction, le scénariste de Sex Criminals pour une interview que nous vous proposons ci-dessous.

INTERVIEW DE MATT FRACTION


 

CS : Bonjour Matt fraction, pouvez-vous vous présenter rapidement pour le site ?

Salut. Mon nom est Matt Fraction. Je suis scénariste de comics tels que Sex Criminals et Hawkeye.

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CS : Sex Criminals est un gros succès.

Oui, bizarrement.

CS : A votre avis, est-ce dû à son sujet si particulier… le sexe ?

Bien sûr, je le pense. Je pense que de nombreuses personnes adorent le sexe. Et il y a aussi un peu de technique et c’est drôle, ce qui doit aider. Ce n’est pas érotique ni lubrique ni provoquant ou ce n’est pas fait pour l’être en tout cas. Mais je pense que tout le monde s’identifie à cette première fois gênante et à quel point c’est amusant. Le sexe est clairement l’argument de vente ici.

CS : J’ai l’impression que les personnages vous ressemblent beaucoup à vous et votre compagne, Kelly Sue Deconnick.

Je peux le comprendre.

CS : Est-ce vrai ?

Non, non. Ils s’inspirent de deux amis de Chip [Zdarsky] qui habitent Toronto. Si vous me voyez à côté d’eux… On se ressemble presque autant vous et moi que le gars sur qui John est basé. Pareille pour la fille. C’est de la pure coïncidence.


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La ressemblance reste frappante

CS : Est-ce logique pour un scénariste de comics de faire la bascule dans le milieu de la production cinéma/télévision suite à la création de votre société Milkfed Criminal Mastermind ?

Logique ? Je ne sais pas…

CS : Est-ce au moins une bonne initiative ?
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C’est génial et je le recommande à tout le monde. C’est vraiment nouveau pour moi. Je suis toujours dans l’apprentissage mais c’est un véritable plaisir jusqu’ici.

CS : Où en êtes-vous avec vos projets ?

J’ai écrit le scénario de deux épisodes ‘’pilotes’’. On devrait commencer à travailler dessus bientôt. Et puis après, probablement cet hiver, je commencerais à travailler sur l’adaptation de Sex Criminals. Voilà.

CS : Est-ce qu’il y a un projet dont vous attendez plus que les autres ?

Non. Chacun d’eux est très différents et amusant à sa façon.

CS : En écrivant vos comics aujourd’hui, le but est-il d’être adapté par la suite ?

Absolument pas. Les comics sont ma priorité. Un comic-book se doit seulement d’être un bon comic. S’il est fait pour être adapté en l’état, image par image, il se lira terriblement et sera ennuyeux et affreux. J’essaie de faire des comics qui se lisent comme des comics, ce qui suivra en aval est un bonus.

Mais je pense que Sex Criminals en tant que série télévisée sera très différente de la bande-dessinée, car pour qu’elle fonctionne à la télévision, elle se doit d’être différente. Je ne suis pas un grand admirateur de l’école Sin City qui adapte littéralement le comic à l’écran, image par image. Je veux trouver un moyen de faire une adaptation qui reprend l’essence de Sex Criminals sans pour autant en copier chaque page. Comme une réinvention !


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Peu de chance de voir une adaptation plan par plan

J’ai vraiment beaucoup de chance. L’univers me donne cette opportunité de me tirer moi-même dans le pied, vous comprenez ? Mon nom est sur le produit, j’en ai le contrôle, je suis le producteur exécutif et je décide. Si c’est bon, j’ai réussi, mais si ça foire, c’est de ma faute et seulement la mienne. Je prends les décisions, je fais les compromis et tout le bon et/ou le mauvais me retomberont dessus.

Je suppose que c’est légèrement terrifiant quand je le dis ainsi.

CS : Pourquoi ?

C’est terrifiant ! Le milieu de la télévision coûte cher. Si j’échoue… Je n’aurai jamais échoué en tombant de si haut. Je suis excité à l’idée de merder sur une échelle de plusieurs millions de dollars plutôt que quelques centaines seulement.

Ça peut être un gros succès comme un échec cuisant.

On verra. Si ce n’est pas une série que Chip et moi voulons regarder alors j’ai merdé. C’est tout ce qui m’importe. Si nous l‘aimons, c’est tout ce qui compte. Nous sommes l’audience principale, comme pour le comic. Le reste, c’est du bonus.

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CS : Hawkeye fut une approche neuve d’une propriété Marvel Comics. Êtes-vous fier de ce que vous avez fait ?

[Réflexion] Il y a des moments dont je suis fier. J’ai adoré travailler avec David [Aja] et Annie [Wu] et toutes les autres personnes qui ont collaboré sur cette série. Mais je ne sais pas quoi en penser outre ce point. Je ne sais pas comment m’auto-congratuler. Je pense que certaines scènes fonctionnent, d’autres non ; je pense que David était brillant ; que Annie a fait quelque chose d’épatant ; vous comprenez ? Ce passage était bien, etc. Mais je ne peux pas évaluer la série passé ce niveau.

CS : Maintenant nous voyons plus l’homme que le super-héros.

C’était le sujet de la série. Je voulais raconter l’histoire de cet homme banal qui était dans l’équipe des Vengeurs et pourquoi il y était. Mais tout le mérite revient à David [Aja] et Annie [Wu].

CS : Vous avez rompu abruptement avec Marvel, que s’est-il passé ?

Il ne s’est rien passé. Je voulais juste faire d’autres choses et il n’y avait rien qui m’intéressait chez Marvel. Rien qui ne soit disponible. J’ai beaucoup d’amis qui travaillent là-bas et je lis encore beaucoup de leurs comics.

J’ai eu beaucoup de chance dans ma carrière de ne pas avoir besoin d’accepter des projets dont je ne voulais pas, plutôt que de devoir travailler sur un dont je n’avais que faire, surtout maintenant que tout se passe bien sur les séries que je crée avec mes amis. C’était logique de poursuivre dans ce sens pendant un temps.

A l’exception de Casanova, j’ai été exclusif chez Marvel Comics pendant six ans. C’est bon de changer d’air. Je n’aurai pas pu faire Sex Criminals chez Marvel. Thor n’est pas le bon endroit pour parler de sperme magique. J’ai hâte de voir comment vous allez traduire cette phrase [ndlr : comme ça !].

C’était juste le bon moment pour partir raconter d’autres genres d’histoires en dehors de la sphère mainstream consacrée aux super-héros américains.

Mais c’est aussi cruel parce que je suis maintenant assez détaché pour dire que je n’anticipe pas ce qui vient après. J’ai retrouvé ma souplesse d’auteur. C’est l’inconvénient de travailler dans ce milieu ; vous savez tout ce qui va arriver, vous prenez moins de plaisir. En tant que scénariste, il n’y a plus de surprise. Maintenant je marche à l’aveuglette. C’est excitant !

CS : A une certaine époque, Marvel avait mis en place un processus permettant aux scénaristes aguerris de chaperonner les jeunes auteurs. Ce fut le cas pour vous avec Ed Brubaker, puis ce fut votre tour d’aider Rick Remender et Kieron Gillen à trouver leur marque. Est-ce que ça vous manque de collaborer avec d’autres scénaristes ?

Il y a un mot que j’ai appris et que je prononce mal, c’est ‘’osmos’’ ? ‘’Osmose’’ ? Voilà, c’est ça. J’ai cette relation avec mes dessinateurs. C’est génial d’avoir ce genre de rapport. Je n’apprécie pas de jouer seul, j’adore avoir des collaborateurs. Je travaille avec certains des meilleurs, ce qui me rend heureux, tout simplement. Je travaillerais probablement avec un autre scénariste un jour, c’est certain.

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Des collaborations qui semblent avoir marquées

CS : Vous n’avez pas encore travaillé avec votre compagne, Kelly Sue Deconnick.

Pas encore. Mais avec nos projets télévisés, ça va venir.

CS : Vous êtes venus à la Paris Comic Con avec Comixology, que pensez-vous des comics digitaux ?

C’est génial. Toute personne ayant un smartphone possède sa boutique de bande-dessinées dans sa poche. En Amérique, le milieu des comics est vraiment différent. Il n’y a pas si longtemps, il y avait moins de deux-milles boutiques de comics. C’est génial que tout le monde ait accès à leurs séries facilement.

C’était déjà vrai lorsque nous travaillions chez Marvel et aujourd’hui chez Image Comics mais, pour ma femme et moi, nos ventes digitales se sont envolées parce que les comics que l’on produit ne visent pas obligatoirement le public qui se rend en boutique chaque semaine. On explose les charts car c’est la seule façon qu’ont certains de lire nos trucs.

CS : Avez-vous une idée de ce que ça représente par rapport aux ventes de vos séries sur support papier ?

Je ne suis pas sûr de connaitre les chiffres. Mais je sais que nos ventes sont très hautes en comparaison de celles de nos connaissances. De manière générale, les séries que nous proposons attirent des lecteurs qui ne sont pas seulement les lecteurs de comics à la petite semaine ou au mois.

D’après mon expérience, ceux qui apprécient la série en digitale peuvent aussi acheter l’histoire sous forme de recueil aussi. C’est un peu comme d’aller voir un film au cinéma puis d’acheter le DVD ou sur iTunes, comme vous voulez, pour en disposer.

CS : Pourriez-vous travailler sur un projet directement destiné au marché de la bande-dessinée Franco-Belge ?

Vous savez, j’ai ce projet titré Adventure Man sur lequel je travaille avec [le dessinateur] Terry Dodson [ndlr : nous le savons] et qui s’inspire du format de la bande-dessinée européenne. Nous faisons 24 pages par numéro avant de les collecter sous la forme d’un album de 48 pages. Nous sommes mêmes en négociation pour avoir un objet physiquement plus grand.

Terry a déjà fait Songes et Red Skin [pour le marché français] et il a adoré. Je suis moi-même un grand lecteur de bande-dessinées. Presque toute ma vie, j’ai dévoré les petites miettes des productions françaises qui paraissaient en Amérique. J’ai tellement de B.D. des Humanoïdes Associés que mes étagères plient.

Donc, on verra bien…

CS : Que pensez-vous de la version française de Sex Criminals ?

Pour des raisons que vous comprendrez d’ici peu, certaines réponses de l’interview ont été conservées en vidéo. De rien !

Et pour ceux qui ne peuvent voir la vidéo, en voici le descriptif :

Oh, c’est magnifique ! Je dois quand même avouer que la version Russe est ma préférée parce qu’ils ont été jusqu’à traduire les détails en arrière-fond. Quelqu’un s’est vraiment décarcassé pour traduire toutes les petites blagues de Chip. Désolé la France mais vous pouvez vous améliorer.

La chose que je déteste le plus, attendez une seconde… [Matt farfouille dans le deuxième volume de Sex Criminals] Vous signez avec des gens et vous ne pouvez pas tout contrôler. Je suis sûr que ce n’est pas de leur faute. [Il nous montre les bonus à la fin du recueil] Il y a beaucoup trop de Chip Zdarsky là-dedans ! Regardez-ça, il y a toute une page de Chip ! C’est quoi ce bord** pu**** !

Comment vous dites ‘’bullshit’’ en français ? Merde !

Achetez la version russe ! Non, ils m’ont amené ici et me trainent depuis un petit moment. S’il-vous-plait, acheter la version française !

 CS : Vous connaissez le portrait chinois ? On vous donne un thème et vous répondez ce qui vous vient à l’esprit. Par exemple, un animal ?

Un chien. Parce que ce sont les meilleurs.

Blackiruah : Je ne suis pas d’accord, je suis pour les chats. Un fi-

Non, un chien ! C’est mon interview pas la tienne. C’est le chien.

CS : Un film ?

La Dixième Victime avec Marcello Mastroianni et Ursula Andress. C’est l’histoire de deux assassins fabuleux qui tentent de s’entre-tuer dans les années 70. Et pourquoi pas ça: Baisers Volés, un film français. Voilà. Antoine Duhamel. François Truffaut.

CS : Vous venez de contenter tout le monde.

Oui, François Truffaut. [Bisou]. Alphaville de Jean-Luc Godard.

Mon Godard préféré c’est Bande à Part. C’est le plus facile. C’est un peu comme d’avouer qu’on aime le Top 100 des meilleures chansons mais j’aime le Top 100 des meilleures chansons.

CS : Une couleur ? 

Bleu.

CS : Une ville ?

Paris, bien entendu. C’est ce qui me vient à l’esprit. J’adore être ici.

CS : Un aliment ?

Des céréales. Je mange ceux qui sont sains. Si je ne pouvais manger que des céréales, je le ferais. Je me ferais un petit-dej’ à chaque repas et chaque repas aura des céréales dans un petit bol.

CS : Un mot ? 

Putain de merde ! C’est mon expression de base. Il y a beaucoup d’enfants ici mais ils ne parlent pas anglais heureusement. Je peux donc jurer autant que je veux.

CS : Un personnage ? 

Fantomas. Mais le Fantomas originale, pas celui avec le visage argenté.

CS : Pour finir, quel est votre Comic Book préféré ?

Et pour ceux qui ne peuvent toujours pas voir la vidéo (vous ne faites pas d’effort ^^), en voici le descriptif :

Sex Criminals. Disponible dès maintenant... Chez Glénat ! Sacrebleu !

CS : Pour finir, avez-vous quelque chose à dire au lectorat français ?

Oh, merci, merci, merci, merci, merci, merci beaucoup.


CS : Merci Matt Fraction !

Propos recueillis par Blackiruah et Jack !

Un grand merci à Comixology et Glénat comics d’avoir invité l’auteur et permis cet interview.

***
Matt Fraction était invité à la Comic Con Paris pour la promotion de sa série Sex Criminals disponible chez Glénat comics. Deux tomes sont parus à ce jour :
Un Bonnie & Clyde porté sur le sexe, mais pour la bonne cause !
Suzie a un secret. Pour elle, le sexe arrête le temps, littéralement. Jon a un problème. Il déteste sa vie, son travail et cette satanée malédiction qui le rend exactement comme Suzie. Tout devait les séparer, à part cette drôle de condition face au sexe, et pourtant... Pour la première fois dans leurs vies respectives de solitaires endurcis, ils se retrouvent... ensemble ! Et ensemble, ils vont utiliser leur don de « geler » le temps grâce au sexe pour faire ce que tout jeune couple normalement constitué ferait : dérober des banques, en commençant par celle où travaille Jon. Avec l’argent récolté, ils pourront peut-être sauver la bibliothèque de Suzie !Une fable drôle, cocasse et savoureuse qui flirte avec ce mauvais esprit que l’on aime tant dans les films Jackass mais qui sait aussi divertir en faisant réfléchir. En bref, si Quand Harry rencontre Sally et Ocean’s 11 avait un fils illégitime, ce serait Sex Criminals !

 

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