INTERVIEW : MARCO CHECCHETTO (Comic Con Paris 2016)


Pendant la Comic Con Paris, qui s’est déroulé du 21/10 au 23/10, nous avons eu le plaisir de rencontrer Marco Checchetto, un des dessinateurs en vogue chez Marvel. Il s’est fait remarquer ses dernières années pour son travail sur Punisher (2011), Avengers World (2013-2015) et plus récemment sur Star Wars (Les ruines de l’empire 2015 - Obi-Wan et Anakin 2016). Il vient de terminer en août son premier “creator owned” au côté de Stefano Vietto qui s’intitule Life Zero. Lors de cette interview nous avons pu parlé de son métier, son expérience sur Star Wars et de sa première série en tant que scénariste et dessinateur.

 

CS : Bonjour Marco, pouvez-vous vous présenter pour nos internautes ?

MC : Bonjour à tous les lecteurs de Comics Sanctuary, je suis Marco Checchetto, un dessinateur de comics qui travaille principalement pour Marvel et qui a récemment réussi à créer son propre comic-book qui s’intitule “Life Zero”. Je suis heureux d’être ici en France, invité de Panini Comics et de commencer cette interview.

 

CS : En tant qu’artiste, pouvez-vous expliquer simplement comment vous travaillez vos dessins ?

MC : Oui, la méthodologie est la suivante. Je reçois le script des différents scénaristes avec qui je collabore pour Marvel. Et je lis habituellement le script en entier avant de commencer à travailler. Une fois lu, je décompose le script de cinq pages en cinq pages pour dégager un layout. Je commence à dessiner ce dernier qui servira jusqu’aux dessins définitifs. J’envoie ce layout à mes éditeurs chez Marvel ainsi qu’aux scénaristes et, après une approbation, je continue le travail en passant au crayon et à l’encre. Une fois cette étape terminée, la colorisation est faite ensuite sur les planches et je valide.

 

CS : Il me semble que vous travaillez vos dessins sur ordinateur.

MC : Oui, avant je travaillais de manière analogique, c’est à dire avec crayon, encre et papier, mais maintenant ça fait quelques années que je suis passé totalement au digital. Cela te permet d’être plus rapide; de faire des modifications de dernières secondes, et aussi de pouvoir produire plus de planches. Mais ça ne change rien au travail qui reste le même. La méthodologie est identique.

 

paris-comic-con-checchetto-57bd71110b27e.jpg

L’affiche du festival est d’ailleurs réalisée par Marco Checchetto.

 

CS : Par exemple, combien de temps mettez-vous pour faire une couverture ?

MC : Écoute, demain je pars, je rentre chez moi, j’arrive à la maison et j’ai une soirée plus une journée pour faire trois couvertures de Daredevil. (Rires) Avec la couleur comprise!

Cela varie, des fois tu as une semaine et des fois tu as quelques heures.

 

CS : Mais c’est vous qui colorisez ?

MC : Oui, les couvertures sont toujours colorisées par moi, toujours.

 

CS : Ca doit être difficile de tenir le rythme de production pour Marvel.

MC : Oui, c’est difficile. Pour réussir à être un dessinateur sur une série régulière, il est nécessaire d’être rapide et professionnel. Un échec de livraison signifie interrompre ton run et demander à d’autres artistes de finir tes issues. C’est une chose qui ne me plait jamais de faire. C’est pourquoi dans les moments les plus difficiles, je travaille aussi la nuit pour réussir à garder le contrôle de mon oeuvre.

 

journey-to-star-wars-the-force-awakens-shattered-empire-comics-volume-1-tpb-hardcover-cartonnee-240637.jpgCS : Il me semble que c’est déjà arrivé sur “Shattered Empire” de partager le dessin avec un autre dessinateur, non ?

MC : Oui c’est vrai, mais pour celui-là ce n’était pas de ma faute. (Rires) Malheureusement, le fait est que cette série, “Shattered Empire”, était la première série officielle après le “Retour du Jedi”. Par conséquence, LucasFilms avait des temps de validation très long. Et cela a inévitablement mangé le temps que j’avais à disposition pour dessiner. Alors pour réussir à faire sortir le comic-book à temps avant le film (Le réveil de la force) j’ai du faire appel à d’autres dessinateurs pour compléter les issues. Mais j’ai été très en colère. (Rires)

 

CS : Ils se sont quand même bien débrouillés. (Rires)

MC : Oui ça va, [leurs dessins] sont beaux aussi. (Rires)

 

CS : Alors justement, pouvez-vous nous raconter un peu votre expérience sur Star Wars qui a du être extraordinaire ?

MC : Oui, il faut savoir que je vis dans une petite province, dans un petit village près de Venise. Et penser qu’un petit garçon qui a grandi, et pas qu’un peu (Rires) … qu’un garçon de la province de Venise pourrait ajouter une petite contribution dans la saga qu’est Star Wars, c’est incroyable. Et quand ils m’ont appelé, la première émotion, que j’ai ressenti, était de la pure terreur. Aussi parce que, comme je l’ai dit avant, la première série officielle juste après le “Retour du Jedi”, c’était une responsabilité énorme. Une fois la terreur passée, ça a été merveilleux et j’ai été très heureux de le faire.

 

CS : Et quelle a été votre plus grosse difficulté sur ce travail ?

MC : Alors, ma plus grosse difficulté a été Harrison Ford.

Il faut savoir qu’ Harrison Ford est mon acteur préféré, Indiana Jones est pour moi le meilleur film depuis toujours. Mais dessiner Harrison Ford est vraiment compliqué, il a un visage très particulier, il n’est pas symétrique. Alors, le dessiner à droite est différent de le dessiner sur son profil gauche. Il est vraiment particulier. Ca été beaucoup plus facile de dessiner Mark Hamill que Harrison Ford.

 

star-wars-7-star-wars-7-spot-star-wars-7.jpg

Harrison Ford… Plus compliqué à dessiner qu’il n’y paraît

 

CS : Vous préfèrez dessiner des hommes ou des femmes ?

MC : Je préfère dessiner des hommes mais je dessine tout, j’ai besoin de tout dessiner.

 
star-wars-obi-wan-and-anakin-comics-volume-1-tpb-hardcover-cartonnee-262225.jpg

CS : Vous avez la totale liberté de création sur Star Wars ?

Non, il a fallu être scrupuleux car Star Wars c’est un phénomène énorme, c’est suivi dans le monde entier. Changer à minima ne serait-ce qu’un casque ou un uniforme : ça signifie créer des problèmes dans tout l’univers.MC : Non, non, liberté, ce n’est pas le bon mot. (Rires)

 

CS : Des problèmes de cohérences n’est-ce pas ?

MC :Oui, par exemple, une fois ils m’ont appelé pour me dire que la sangle du casque n’était pas faite comme ça. Ils sont vraiment très attentif. La malchance c’est que je suis un dessinateur très précis et détaillé, alors pour eux, c’était facile de voir si ça n’était pas conforme.


CS : Mais sur “Obi-Wan et Anakin”, vous avez quand même pu inventer un monde. voir si ça n’était pas conforme.

MC : Oui, ça a été beaucoup plus facile de travailler sur Obi-Wan parce qu’il n’y avait rien de Star Wars à part les deux Jedis. Pour ça, oui, j’ai eu beaucoup plus de liberté.

CS : Et avec les scénaristes, comment cela s’est passé ? Avec lequel ça a été le plus facile de travailler, Charles Soule ou Greg Rucka ?

MC : Avec Charles. Greg je l’adore, il est fantastique mais il est très précis, il décrit énormément les ambiances et toutes les choses qui surviennent dans l’histoire. Charles, lui est très bon et laisse plus de liberté.

 

CS : Maintenant parlons de votre première série “creator owned” Life Zero.

MC : Oh fantastique !

 

life-zero-comics-volume-1-tpb-hardcover-cartonnee-268906.jpg

 

CS : Vous avez créé ce comic-book avec un ami, il me semble, Stefano Vietti, c’est ça ?

MC : Oui, Stefano Vietti est un scénariste de chez Bonelli, Sergio Bonelli Editore [importante maison d’édition Italienne de bandes dessinées]. Nous sommes de grands amis et nous avons imaginé cette série à partir de 2007. Et nous l’avons fait grandir ensemble ces dernières années car mon travail chez Marvel m’a pris beaucoup de temps, ce qui est normal puisque c’est mon principal éditeur. Et lui de son côté travaille chez Bonelli, c’est pourquoi il nous as fallu tout ce temps pour le voir enfin physiquement dans les librairies. Voilà, l’histoire, nous l’avons écrite ensemble, quelques fois nous n’étions pas d’accord, mais le principal c’est qu’il soit sorti et nous en sommes très contents.

 

CS : Je l’ai lu la veille et je me suis rendu compte que finalement ce n’est pas une vraiment une histoire de “Zombies”.

MC : (Rires) Oui voilà exactement ce que nous voulions. En Italie c’est sorti en trois issues. Et la révélation, qu’en fait ce n’est pas une histoire de “Zombies”, n’est dévoilée que dans la dernière issue. C’est pour ça que beaucoup de personnes ont écrit : “ok c’est bien, mais c’est encore un comic-book sur les Zombies”, en réalité ça ne l’était pas. Ce n’est pas une oeuvre sur les “Zombies” et c’est une des belles choses du livre je pense.

 

CS : C’est vrai que c’est une belle surprise car en le lisant j’ai eu peur d’être déçu par le côté “Zombie”. Il faut dire qu’il y’a eu tellement d’histoires ces dernières années sur ce thème.

MC : Oui, c’est vrai, en revanche c’est plus un hommage à John Carpenter qui est l’un de mes réalisateurs préférés, et à ses films comme “The thing” ou “Escape from New York”. Au final, les zombies n’ont rien à voir là dedans.

 

© 2016 Marco Checchetto – Stefano Vietti

 

CS : C’est une histoire très dur.

MC : Oui, très très dur.

 

CS : Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler nos lecteurs mais la fin est surprenante. J’ai trouvé que le personnage principal “Derek Shako” ressemble beaucoup au Punisher, aussi bien physiquement que sa personnalité. Est-ce que vous vous êtes inspirés de votre travail passé avec Greg Rucka sur le Punisher pour créer ce personnage ?

MC : Non, en réalité, ça me déplaisait de perdre le personnage. En fait, quand Greg et moi avons fait le Punisher, nous en avons créé une nouvelle version avec la bande sur l’oeil ainsi que la barbe.

 

CS : Qui ressemble à Snake de Metal Gear.

MC : Oui c’est ça, c’est un hommage à Metal Gear Solid qui est mon jeu préféré. Et j’étais très fier de ce personnage parce-que j’adore dessiner Metal Gear. Je dessinais les couvertures du Playstation Magazine et notamment celles de Metal Gear. Alors quand s’est terminé le Punisher, ça m’a vraiment déçu de ne plus pouvoir le dessiner. Et Derek au début, dans les ébauches, était sans barbe. C’était juste un homme avec une coupe de cheveux courte, blanche, mais sans barbe. Je l’ai ajouté peu avant de commencer à dessiner l’histoire car je voulais reprendre ce personnage que j’avais utilisé sur le Punisher. Et pour ce qui est de sa personnalité, oui c’est aussi un militaire.

 

CS : Pour qui la famille est très importante.

MC : Oui exactement.

 

CS : Bon il a fait quelques conneries dans sa vie aussi… (Rires) Vous avez déjà pensé à la suite ?

MC : Oui, nous en parlerons dans une semaine au “Lucca Comics” [Festival international de comics, du cinéma d’animation et du jeux vidéo]. Nous en parlerons Stefano, moi et Panini pour voir si il y’a la possibilité de faire une suite. Tout le monde veut, mais moi... c’est juste que je n’ai pas de temps pour le dessiner. (Rires) J’y arriverai, ou du moins j’essaierais (Rires)

 

CS : Et comment a été l’accueil en Italie ?

MC : Comme je le disais, nous l’avons sortis en trois issues, et pour les deux premières, nous nous sommes pris quelques critiques parce que tout le monde pensait que ce serait une histoire de zombies comme Walking Dead ou bien les films de Romero. Et finalement, Panini m’a dit il y’a quelques jours que ce fut l’un des best sellers de 2016 et pour ça, nous sommes très contents.

 

© 2016 Marco Checchetto – Stefano Vietti

 

CS : Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs la différence en Italie entre les comics et les fumettis (bandes dessinées) ?

MC : La différence est seulement conceptuelle. Les comics sont clairement le format américain, et, en Italie, il n’y a pas beaucoup de production type de bandes dessinés. La grande maison d’édition Italienne est la “Sergio Bonelli editore”. C’est pourquoi, en Italie, on parle soit de comics, soit de Bonelli. Ensuite, il y a aussi les BDs et les mangas, mais au final nous ne faisons pas la distinction, pour nous, ce sont tous des fumettis.

 

CS : Quel super pouvoir aimeriez-vous avoir ? Et ne me dites pas celui de pouvoir dessiner vite comme Flash ! (Rires)

MC : Alors je vais vous dire ce que j’ai déjà dit hier. Le pouvoir de l’Ours. Celui de pouvoir dormir six mois. (Rires) Sans interruption.

 

CS : Avez-vous le temps de lire des comics, ou bien vous n’avez plus de vie ?

MC : Oui, alors, à part ne pas avoir de vie qui est toujours vrai, je lis beaucoup de comics parce que je pense que si tu veux bien faire ce travail tu dois d’abord aimer ce travail. Un dessinateur qui ne lit pas de comics n’a pas beaucoup d’avenir devant lui. C’est essentiel.

 

CS : Et que lisez-vous en ce moment ?

MC : Je lis tous les Marvel, je lis Walking Dead vu que j’ai fait une quasi histoire de zombie. Je lis tout ce qui est bien dessiné, en fait je lis un peu de tout.

 

CS : En ce moment vous travaillez sur Gamora, non ?

MC : Oui je travaille sur Gamora, écrit par Nicole Perlman qui est la réalisatrice des films des Gardiens de la Galaxie et de Captain Marvel. C’est une belle histoire qui explore le passé de Gamora. Elle est belle car elle est dans mes cordes, dans le sens ou il n’y a pas Rocket ni Groot, mais il y a Gamora qui est très violente. Il y aura beaucoup de sang.

 

CS : Vous aimez le sang apparemment ?

MC : Oui j’aime beaucoup le sang, je ne le bois pas mais… (rires)

 

CS : Pour conclure, avez-vous un message à adresser à nos lecteurs ? Avez-vous aimé Paris ?

MC : Oui, Paris, j’y suis déjà venu plus d’une fois, j’aime beaucoup la ville. J’aime beaucoup la nourriture parisienne même si l’italienne est meilleure (rires). J’ai été très content de venir ici et je vous remercie pour l’hospitalité.

 

Encore merci à Marco Checchetto pour cette intéressante interview et à Panini comics de nous avoir permis de le rencontrer.

 

Interview réalisée et traduite par Meudah.



Articles en relation
LECTURE EN LIGNE : STAR WARS 4 (Panini comics)

LECTURE EN LIGNE : STAR WARS 4 (Panini comics)

mer. 29 nov. 2017
Découvrez les premières pages du nou...
Concours Star Wars

Concours Star Wars

mar. 29 déc. 2015
Gagnez l'intégrale des épisodes I &a...
LECTURE EN LIGNE : STAR WARS 1 (Panini comics)

LECTURE EN LIGNE : STAR WARS 1 (Panini comics)

jeu. 8 oct. 2015
Découvrez les premières pages de la ...
Commentaires (0)