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Critique de Celle que je suis #1

par P'tit Citron le sam. 12 janv. 2019 Staff

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Plus qu'une bonne fiction : un récit engagé et travaillé

En ce début d'année 2019, les Editions Akata reviennent avec un titre dont elles ont le secret : Celle que je suis. Scénarisée par l'expérimenté Morihashi Bingo et illustrée par Koko Suwaru, cette série terminée en deux volumes aborde le difficile sujet de la transidentité, du point de vue confus de son protagoniste inéduqué...

Nous avons donc affaire à un récit fictionnel, sans but éducatif. Tokyo, années quatre-vingt, on suit Yûji Manase, un étudiant discret qui semble cacher de lourds secrets. En effet, depuis tout petit, il se sent mal dans son corps. Et ça ne fait qu'empirer, tandis que ses formes s'affirment et que son corps se renforce... Ce qu'il souhaite, c'est être une femme, et en avoir l'apparence, selon les codes sociaux bien entendu. Il souhaiterait se vêtir de robes et se maquiller, sans ressentir le poids des regards...

Les auteurs ne se perdent pas en tergiversations. L'histoire ne fait que deux tomes après tout... Le mal-être de Manase nous est donc immédiatement exposé, au moins implicitement. Même si l'on ne mettra pas tout de suite de mots sur ce mal-être, on sait de quoi il s'agit... Le récit va donc se concentrer sur l'évolution de Manase, son acceptation de soi et sa transition. Dans cette société conservatrice et très codifiée du Japon des années quatre-vingt, dans laquelle il est impossible de se raccrocher à quoi que ce soit en matière de transidentité, le chemin sera long...

Malgré quelques raccourcis excusables, l'histoire est réfléchie et ficelée. Elle expose avec un certain éloignement les problématiques liées à la transidentité, accentuant l'atmosphère confuse qui entour le protagoniste, et évitant par la même occasion les éventuelles maladresses. - D'ailleurs, de mon point de vue de personne cisgenre éduquée sur la question, Celle que je suis semble connaître son sujet, et semble safe.
Ce que je reprocherais plutôt à la narration, c'est une certaine timidité. Il y a une recherche de la poésie, des métaphores et des jeux graphiques, mais je n'ai jamais trouvé cela  bouleversant. Il manque un je-ne-sais-quoi pour exploiter tout le potentiel du titre.

J'aime beaucoup, ceci dit, le traitement des différents personnages. Les auteurs ne se focalisent pas uniquement sur Manase, mais introduisent d'autres étudiants aux problématiques différentes, et les développent bien. Tout ça sans oublier le protagoniste principal, ni se précipiter malgré le petit nombre de chapitres.

Graphiquement, on reconnaît très facilement les codes du Boy's Love dont Koko Suwaru, l'illustratrice, a l'habitude. Le trait est élégant, les proportions sont maîtrisées, le découpage est agréable. Toutefois, c'est oubliable. Le style est assez classique et ne se démarque pas vraiment. En somme, c'est beau et travaillé, sans être transcendant.

Enfin, Akata propose, sans surprise, une jolie édition, travaillée et respectueuse de l’œuvre et de sa thématique.

En bref

'Celle que je suis' traite la transidentité avec sérieux, dans une fiction intéressante en tant que représentation, en tant qu’œuvre et en tant que divertissement. Ce n'est pas parfait ; la narration manque peut-être un peu de profondeur ou d'émotions, mais la volonté et les efforts sont là. Les auteurs semblent connaître leur sujet ; leur travail est maîtrisé dans l'ensemble. Bref, une bonne première partie pour une histoire dont il me tarde de lire la suite !

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