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Critique de Eden #1

par Auray le ven. 28 mai 2021 Staff

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En dessous du paradis, il y a l'enfer !

Écris l'histoire, dans ma mémoire, mais j'écris jamais la fin (Grégory Lemarchal)

Je me rappelle d'avoir eu des discussions endiablées avec mon meilleur ami en sortant de mon libraire préféré. Déjà, sur qui serait le premier à lire le nouveau tome du manga d'Hiroki Endo ? Benjamin a voulu plus d'une fois me le prendre des mains, parfois, il a réussi, et puis d'autres, j'ai dû réagir plus vite à force. On essayait souvent de deviner ce qui allait se passer dans ces pages. Une chose est sûre, c'est que l'on n'a jamais réussi à découvrir quoi que ce soit. On avait bien vu ensemble Neon Genesis Evangelion d'Hideaki Anno, ou encore, Ghost in the Shell de Masamune Shirow. Lui était fan d'Appleseed, moi, d'Akira de Katsuhiro Otomo que j'avais emprunté de nombreuses fois à la bibliothèque municipale, complètement enchanté. En fait, on n'avait jamais lu quelque chose comme Éden ! C'était vraiment un nouvel élan à l'époque, tout en reprenant les codes des meilleurs récits qui faisaient partie de notre quotidien. C'est ce que l'on va essayer de démontrer dans notre nouveau dossier.

Un nouveau format

Panini Manga a repris ce qui se fait de mieux en ce moment dans sa maison d'édition. C'est-à-dire que l'on a le droit au format double que l'on a pu voir sur un autre titre indispensable, 20th Century Boys de Naoki Urasawa. Même la phrase en surbrillance « le chef-d'oeuvre de » a été reprise sur la couverture, et j'apprécie beaucoup son effet, en plus de prévenir assurément le lecteur. Au final, les dix-huit tomes du format original vont tenir en neuf tomes, toujours à seize euros l'un. Mais, le plus important, c'est que vous n'aurez pas à attendre entre chaque parution comme à l'époque, en France. J'avoue que malgré ma passion, c'est ce qui m'a perdu à l'époque l'attente de plusieurs années. J'avais été naturellement vers des œuvres complètes qui manquaient à mes connaissances, mais sans pour autant oublier l'oeuvre et les souvenirs des premiers instants.

On remarque un autre point important, le tout est dans le sens de lecture japonaise, et non française, comme c'était précédemment. C'est là où l'on prend un coup de vieux, car, heureusement, cela se fait de moins en moins, sauf pour quelques gros auteurs comme Naoki Urasawa, ou, Jiro Taniguchi, qui s'adapte plus à l'international. Toute la traduction a été revue pour le coup. Certainement de la même façon que 20th Century Boys.

Enfin, un magnifique dessin va apparaître sur les dos des mangas lorsque tous vos volumes seront réunis avec la phrase en anglais : « It's an Endless World ! ». Apparemment, ça va être la tête du robot Cherubim et ses longs câbles. Son rôle est important dans l'histoire, et surtout, comme vous allez le lire, il représente à lui seul ce que peut faire de mieux ou de pire l'Homme. Bref, c'est pertinent !

Les bonus

On aura toujours un marque-page reprenant la sublime couverture qui très travaillée. En plus de la fameuse introduction remettant l'oeuvre dans son contexte de parution de l'époque, on aura les mots de l'auteur repris pour l'occasion des sorties, et surtout, son interview. Malheureusement, celle-ci est assez courte, ne faisant que deux pages. J'espère que l'on en aura une autre à la fin de la série tant c'est passionnant !

Il faut aussi parler de la page-titre et du sommaire, en couleurs s'il vous plaît, comme les quatre premières pages du récit. La double page réussit vraiment à nous faire quitter notre monde pour cet ailleurs. Il donne directement le ton.

PREMIÈRE PARTIE : une famille singulière

La première grosse partie de ce tome un est une belle introduction de la vie nouvelle d'Elijah Ballard et Hannah Mayall. Je ne sais même pas par quoi commencer tellement il y a que de bonnes choses.

Déjà, le personnage qui s'occupe de ces enfants rescapés, tiens. Il est handicapé, homosexuel et surement athée. Lane représentante tant de tolérance que ça m'en donnerait les larmes aux yeux. Il faut noter ses discours aussi : la vie lui a fait mal, ses rêves ont été brisés, mais il ne le fait pas ressentir aux autres, au contraire ! Il crée à sa manière une vraie terre promise, où l'agriculture est possible, dans ce décor de cadavres minéraux et de bâtiments désaffectés.

Par son biais, on remarque aussi une vraie critique de la politique internationale face à un virus qui a décimé quinze pour cent de la population. Forcément, il a une résonance particulière à nos oreilles aujourd'hui. Les noms ont beau changer, ils représentent notre monde et surtout, ses contradictions. Il faut s'arrêter un instant ici et écrire qu'Éden arrive à mettre en avant cette spécificité de façon magistrale.

Il faut lire l'histoire des parents du petit par exemple. Tout est là. Linda n'est pas vraiment amoureuse de Chris, pourtant ils auront un enfant, Elijah. Ils vont tout faire à leurs manières pour le protéger d'un environnement qui change constamment. Les deux ne sont pas des êtres sans vices, mais chacun va s'exprimer à leurs manières, à un moment, leur tendresse envers cet enfant.

DEUXIÈME PARTIE : une guerre plus que réaliste

La seconde partie fait un bond dans le temps où le petit a bien grandi. Il essaie tant bien que mal à survivre dans ce monde abandonné par la population.Sa rencontre avec les hommes du Colonel Nazarbaïev Khan va franchement changer son quotidien solitaire...et donc, au semblant de paix qu'il avait aperçu auparavant.

Au départ, ils vont se méfier des uns et des autres, c'est obligé dans ce monde postapocalyptique. Puis, ensemble, ils vont sauver par la force des évènements, quelques victimes de guerre. Deux femmes ayant subi le viol des soldats. Franchement, j'ai eu la gorge serrée lorsque ces deux-là parlent de ce qu'elles ont subi. Les dialogues semblent si réalistes que ça en est déstabilisant. Retenez leurs noms, s'il vous plaît... Cachua et Helena.

On retiendra également que Kenji, guerrier indomptable, est pas mal non plus dans son genre. Seul japonais du groupe, il est peut-être l'un des plus mystérieux et sanguinaire. On en saura plus sur lui dans le second tome. Sophia le cyborg, a son histoire aussi qui est partiellement dévoilée lors de votre lecture. Elle reste tendre, et en même temps, elle a aussi une brutalité en elle qui se traduit par une vraie auto-destruction. Enfin, le Colonel n'est pas en reste. Son expérience de la guerre va sauver plus d'une fois ce groupe... Mais jusqu'à quand ?

Un dessin puissant

Un mot sur le trait d'Hiroki Endo. Ce qui est incroyable, c'est ce mélange de propre et de sale. On est avec un dessin très clair la page d'auparavant, pour arriver à la suivante sur un événement très sanglant et brutal, mais toujours d'une façon très limpide. Du coup, le scénario en sort grandi.

Bien sûr, les paysages ont aussi toute son importance, et son style fait que jamais, il y en a trop. Juste ce qu'il faut pour nous choquer dans le décor, que ça soit par un cadavre creux d'un enfant au loin, ou une structure au sol. L'auteur est sans pitié avec le lecteur, comme le monde qui nous entoure au final. Les récents évènements d'aujourd'hui en sont la preuve avec la reprise du conflit Israélo-Palestinien.

Un mot sur le côté mecha du titre. Il faut quand même mettre en valeur le travail sur les véhicules terrestres ou aéroportés, les robots, les diverses armes, ou les décors comme les laboratoires ou les instruments informatiques. Le tout est très détaillé, toujours dans un domaine très réaliste. L'oeuvre n'a pas à rougir face aux maîtres du genre.

On retiendra ça !

Eden mérite son sous-titre de « chef-d'oeuvre » par les Éditions Panini Manga. À la fois doux et brutal par ses dialogues philosophiques ou ses cases plus centrées sur l'action, vous aurez également plus d'une fois la larme à l'oeil... ou alors, vous détournerez les yeux ! Mais, il y a aussi beaucoup d'amour pour l'Homme, malgré ses énormes travers, on y parle de tolérance et de résilience aussi. Il faudrait vraiment penser à mettre ce titre dans une boîte temporelle pour les générations à venir, qu'ils se souviennent de nos erreurs, afin de ne plus jamais les répéter.

En bref

« Si le savoir est un péché... Alors, c'est la volonté de vivre elle-même qui en est un ! »

10
Positif

Les personnages sont vraiment travaillés

Les décors sont sublimes dans son genre

Le vécu des différents protagonistes au service du scénario

Un rendu réaliste de notre race

De la tolérance, de l'amour, de l'amitié...

La violence de la guerre, ses victimes, ses armes...

Negatif

Pour lecteurs avertis

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