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Critique de Soul Liquid Chambers #1

par MassLunar le mar. 31 août 2021 Staff

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Comptines, zombies et âmes soeurs

Les éditions Noeve Grafx promettent un certain éclectisme dans leur sélection. Avec la comédie Arrête de me chauffer Nagatoro ! , le délicat et frénétique manga sur la danse de salon Welcome to the Ballroom, voici un autre titre un peu à part Soul Liquid Chambers , un espèce de délire horrifique post-apo et " cyber-goth"...

Ce manga est dessiné et scénarisé par un certain Nozomu Tamaki à qui nous devons quelques séries adultes dont un titre appelé Dance in the vampire Bund (commercialisation stoppée en France chez Delcourt/Tonkam). Un féru de style goth et déjanté à priori...

Soul Liquid Chambers est un espèce de délire avec tout ce que cela signifie de bon et de mauvais. C'est à dire que Soul Liquid Chambers peut autant être un univers post-apo à peu près stylé avec un flot de références au cinéma d'horreur, d'exploitation qu'un espèce de pot-pourri mal fichu avec un scénario qui part beaucoup trop dans tout les sens pour arriver à convaincre.

Nous sommes sur une série en trois volumes et autant dire que c'est laborieux. Il faut vraiment adhérer au vacarme de ce premier tome pour avoir envie de lire la suite. En même temps, pour trois volumes, ce n'est pas cela qui ruine le porte-monnaie.

Il y a un peu de tout dans ce manga pour qui aime le genre horrifique. Nous avons une ouverture à La colline des yeux avec une scène de viol face à un groupe de mutants bulbeux suivie aussitôt d'une grosse vague zombie qui engloutit tout sur son passage. Le néant post-apo avec ces paysages de cendres côtoie une héroïne tour à tour candide tour à tour féroce qui passe d'une douce nymphe à une guerrière bad-ass armée façon Planète Terreur. A coté de cela, nous avons la présentation d'une société qui oscille entre le chacun pour soi du désert de la mort à la grosse cité dont le pouvoir est concentré aux mains des élites et autres banquiers peu scrupuleux qui écrase la pauvre plèbe grâce à une milice inhumaine. Entre-temps, nous avons droit à un petit passage dans une usine a priori vide mais qui réserve son lot de surprises zombiesques...

On ne sait pas vraiment où donner de la tête face à ce premier volume qui multiplie pas mal de petits éléments dans un style plutôt bordélique et déjanté. Il faut considérer ce premier volume comme la promesse d'une série B façon manga qui multiplie quelques références outrancières entre SF curieuse avec échange d'âmes et univers post-apo radical pour le seul bon plaisir de lectrices et lecteurs friands de ce style d'univers. Un genre que Nozomu Tamaki s'approprie parfaitement. Un dessin organique, cruel ( ce n'est clairement pas un seinen à mettre entre toutes les mains) , le mangaka nous présente un petit festival de bruit et de fureur en associant étroitement le malaise de ce monde avec des séquences d'actions bruts qui n'aura pas déplu à un certain Robert Rodriguez à travers son héroïne qui utilise diverses prothèses pour se battre. Les monstres sont bien dessinés et détaillés avec des zombies repoussant comme il faut. On notera la partie des catacombes assez éprouvantes avec sa galerie d'humains rabaissés à vivre dans les soubassements d'une ville qui les écrase. Le mangaka alterne plusieurs couches et environnements de ce monde post-apo qui le rendent suffisamment immersif et varié pour accrocher son lecteur même si, à cause de ça, nous avons un côté un peu décousu, un peu speed...

Ce côté décousu provient en premier lieu d'un scénario  qui nous entraîne dans un délire d'âmes interchangeables un peu lourdingue. Ce manga est très bavard et accumule diverses explications qui freinent notre envie d'adhérer à cet univers. Par exemple, le mangaka fait plusieurs personnages sur une même case, soit, et pour les différencier, il change le type de police et le style de la bulle afin qu'on sache si c'est un corps où une âme qui parle. Ce qui devient laborieux, c'est quand vous avez plusieurs protagonistes sur une même planche avec deux âmes et deux corps qui parlent , cela donne une lecture un peu indigeste. Tout à fait précise, cela dit, mais qui s'avère parfois lourdingue. Je dois avouer avoir soupirer en cours de lecture car on doit non seulement se farder un univers post-apo réussi mais totalement foutoir avec en plus un flot de dialogues continus qui oscille entre vulgarité, explications scientifiques et voix-off... 

En clair, il faut s'accrocher à un style un peu indigeste dans ce premier tome. Encore une fois, c'est le gros défaut de certaines mini-séries qui doivent concentrer un lot d'infos sur leur volume. Nous avons l'impression d'une valise beaucoup trop pleine dans laquelle on tente de rentrer encore quelques affaires...

Le style est lourd mais ce titre s'avère bien délirant, la baston contre les zombies dans l'usine est plutôt réussie avec un bon jeu d'ombres et de castagnes fun et organiques. Voir notre héroïne transpercer toute une rangée de zombies grâce à un bon "coup" de pied est assez jubilatoire sans compter l'utilisation judicieuse des tronçonneuses. Un bon délire façon cinéma d'exploitation. 

Par contre, j'en viens à un élément que j'ai trouvé un peu dérangeant dans ce titre, c'est justement l'héroïne. Dans ce premier tome, nous relevons une espèce de comptine qui revient comme un leitmotiv qui commence par " De quoi sont faites les petites filles ? ".  Il faut savoir que l'héroïne est une petite fille même si, plus tard, l'auteur mentionne ses 18 ans. Nous avons donc une gamine un peu trop sexuée qui oscille entre la figure candide et la figure sauvage. Il faut reconnaître que c'est parfois assez malaisant parce que l'auteur n'hésite pas à glisser un peu de " fanservice" notamment à travers le regard que porte le guide sur cette fille et le dessin du mangaka qui n'hésite pas à accumuler certains plans. Je pense que c'est aussi voulu de la part du mangaka de faire un espèce d'effet chaperon rouge déguisé en loup. L'innocence qui peut basculer en sauvagerie brut. C'est une bonne idée de départ, il faut l'admettre, d'autant plus dans un monde en proie à la sauvagerie. Le panneau routier d'avertissement que nous voyons sur la première case est très significatif quand au sort des petites filles. 

Le mangaka joue avec un personnage féminin qui se veut irrévérencieux mais qui dans le même temps, à cause du fanservice autour , rend aussi ce personnage un peu tendancieux. Je ne vais pas parler direct de pédopornographie mais le traitement de cette héroïne soulève des questions  et accentue autant la perversité ambiante du titre que son ton iconoclaste. On rentre dans un terrain boueux et on se pose des questions quand à l'orientation du mangaka. Vous êtes prévenu. D'ailleurs, la première de couverture (très réussie avec ce côté flashy) donne le ton sans problèmes.

En bref

Difficile d'être convaincu par ce Soul Liquid Chambers dont le style jubilatoire de post-apo cruel et syphonné est entamé par une intrigue un peu bordélique et surtout la vision parfois malaisante de son héroïne. A coté de cela, Soul liquid chambers détonne un petit peu par sa férocité et quelques éclats d'actions qui peuvent renvoyer à du bon ciné d'exploitation façon Grindhouse. A réserver surtout aux amateurs de ce genre.

5
Positif

Un univers déjanté et cruel dans lequel se côtoie aussi bien La colline a des yeux, les films de zombies que les productions Grindhouse.

Un pot "pourrie" d'horreurs rendue intense par des environnements angoissants telles que les catacombes

Une héroine badass....

Negatif

Une intrigue bavarde à la limite du lourdingue

...mais une héroïne dont le traitement vicieux est assez malaisant.

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