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Critique de Cemetery beach

par Ben-Wawe le dim. 12 sept. 2021 Staff

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Course contre la mort dans une colonie terrienne secrète et dégénérée

Dans une pièce sombre, un homme nu est enchaîné à une table d'interrogatoire. Un soldat vient le questionner, pour comprendre la raison de sa présence ici – mais il ne pourra pas en parler à ses chefs. Le prisonnier Michael Blackburn se libère, et veut alors s'échapper... de ce monde, qui n'est pas le sien.

Michael Blackburn vient de la Terre, et est arrivé sur une exoplanète habitable où une colonie humaine est installée depuis... 1930, par des industriels et savants dérangés.
Les Terriens ont découvert leurs installations secrètes récemment, un siècle plus tard, et Michael Blackburn est envoyé comme éclaireur – mais il doit s'enfuir, maintenant.
Notamment avec Grace Moody, prisonnière comme lui et vouée à un destin ignoble. Celle-ci comprend que Michael vient bien du Vieux Pays, et va le guider dans ce monde déviant, à la technologie steampunk si dangereuse. Avec un départ depuis le cœur de la colonie, Grandcastel, jusqu'aux dangers du Second State, les déments du Tambour, la fraîcheur glaciale du Manteau puis la Plage Cimetière, où le vaisseau de Michael demeure.

Ces quelques mots confirment l'évidence : Cemetery Beach est une terrible course-poursuite, dense, dynamique, nerveuse, brutale... mais sans offrir vraiment plus, hélas.

Urban Comics propose ici 7 numéros d'une mini-série terminée en 2019, qui offre une lecture agréable.
Warren Ellis livre un scénario direct, orienté complètement sur l'action. Il propose plus « un moment » qu'une véritable histoire, ce qui en soi fonctionne bien pour cette course constante de Michael et Grace.
Il n'y a guère de temps à perdre pour eux, et le lecteur est pleinement immergé à leurs côtés à chaque instant de leur course pour échapper aux fous qui veulent les retenir. Le sentiment d'urgence est bien retranscrit, grâce à des rebondissements très rythmés et diversifiés. Les différents quartiers de la colonie, véritables niveaux de jeux-vidéos, sont remplis d'horreurs troublantes, ce qui permet de faire passer aisément ces nombreux épisodes.
Michael et Grace sont eux-mêmes bien écrits, avec des caractérisations classiques mais efficaces. Idem pour les « méchants », le Président Barrow et le Chef de Bateau, qui courent après les fuyards pour les empêcher de révéler à la Terre ce qu'il se passe ici. Ils sont rendus mauvais par leur environnement, et incarnent bien leurs rôles de menaces agressives et démentes.

Mais... mais tout cela sonne un peu creux, dès que la fin arrive.
Oui, Warren Ellis propose un récit nerveux et dynamique, mais il n'offre finalement que cela. Le scénariste lance de très nombreuses pistes et idées pour définir cette colonie déviante, mais cela reste finalement que des principes à peine évoqués. On comprend bien le cœur des changements, des troubles locaux, mais l'ensemble ne fait que caresser un grand potentiel pour cet autre monde.
Quid de cette technologie steampunk ? Quid du détail des vies locales ? Quid du fonctionnement social avec ces transformations de vie, sur un autre monde ?
Le lecteur est en droit d'attendre plus et mieux de Warren Ellis, qui ici redevient « simple » scénariste d'action, dans une veine proche de son pourtant plus construit The Authority. Avec donc un manque de ses atmosphères souvent léchées et ses mondes bien travaillés.

Le scénario de Cemetery Beach est donc frustrant, mais l'ensemble est cependant très agréable, car cela permet à un Jason Howard très en forme de livrer une prestation intense.
Le dessinateur de Trees, déjà avec Warren Ellis, ou The Astounding Wolf-Man avec Robert Kirkman bénéficie d'un style sec, nerveux, parfois un peu « sale », qui fonctionne idéalement pour cette colonie si dangereuse.
Jason Howard est définitivement le point positif de Cemetery Beach, et il fait feu de tout bois pour un spectacle visuellement formidable et entraînant.

En bref

Une course-poursuite nerveuse et très réussie, avec des personnages classiques et bien animés, pour un déluge d'action, de bons mots et d'idées troublantes. Dommage, cependant, que ces 7 épisodes ne proposent rien de plus, et se révèlent frustrants à force de caresser quantité de bons concepts, hélas jamais développés. Un bon « moment de vie » des personnages, mais pas une grande histoire.

6
Positif

Une course contre la mort très intense et dynamique.

Le graphisme nerveux et brutal de Jason Howard, parfaitement adapté ici.

Quantité de concepts déviants pour caractériser la colonie.

Negatif

« Juste » une course-poursuite sèche et brutale.

La frustration de concepts à peine croisés, et qui méritent plus de traitement.

Un bon « moment » des personnages, mais une histoire assez anodine finalement.

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