Une aventure trépidante autour d'une héroïne bondissante, dans une île fantastique autant dangereuse qu'excitante, pour un récit de rentrée fun, rafraîchissant et réjouissant !
HiComics propose pour cette rentrée 2025 le récit Bermude de John Layman et Nick Bradshaw, dans le cadre de sa forte collaboration avec la maison d'édition VO IDW (foyer des Tortues Ninja, la grande franchise comics de l'éditeur français).
Bermude est ainsi une mini-série en quatre épisodes, lancée en 2021 mais déjà annoncée en 2019. Le long délai de réalisation vient peut-être des occupations régulières du dessinateur Nick Bradshaw, connu pour ses Wolverine & The X-Men, Spidey, Danger Girl mais aussi quelques one-shots sur de grands monstres et nombreuses couvertures variantes. Le scénariste John Layman, créateur du formidable Tony Chu, détective cannibale, a aussi diversifié sa carrière entre plusieurs éditeurs, avec des passages sur Gambit, Marvel Zombies ou Batman.
Tous deux se sont liés pour former un récit commun, et l'introduction du scénariste confirme qu'il a souhaité profiter autant que possible de l'immense talent du dessinateur pour la narration dynamique et les formidables détails de ses cases très remplies. John Layman a ainsi été calé toutes les idées qui lui venaient en une intrigue, en un seul endroit qui sonne comme un Pays Imaginaire emballant mais terrifiant. Avec en son cœur une héroïne calquée sur les cousines qui accompagnaient un Nick Bradshaw enfant sur les plages de l'été, car les deux auteurs sont bien co-créateurs de l'ensemble.
Et cela donne un récit formidable, entraînant, dynamique et réjouissant, intégré dans un volume fort agréable en main, et rempli de nombreux bonus pertinents qui prolongent agréablement la lecture. Je retiens notamment la carte de cet autre monde, des histoires courtes et des explications bienvenues sur les designs.
Mais en soi, de quoi parle Bermude ?
Bobby, adolescent timide et solitaire, partage un vol privé avec sa petite sœur Andi, sous la protection d'un agent de sécurité payé par leur père, riche inventeur qui travaille sur un portail quantique sur l'Océan Atlantique. Ils sont cependant happés par une tempête mystérieuse, avec des nuages violets, et... leur avion s'écrase sur une île – dans le Triangle des Bermudes !
Très vite, tout tourne à la catastrophe : les enfants sont seuls, la petite Andi est enlevée par des créatures mi-hommes, mi-poissons terrifiantes que l'on appelle les Trits. Bobby est lui sauvé par une jeune fille rousse, dynamique, revêche et efficace. Elle s'appelle Bermude, et elle lui explique qu'ils sont sur Trangle – cette île terrible et terrifiante, où le danger rôde partout !
Avec Kammo, son lézard géant / moyen de transport, Bermude ramène Bobby à sa maison dans les arbres, qui concurrence pleinement celle de Robinson Crusoé. Ils y retrouvent Doc, un vieil homme mystérieux et lié à l'une des factions de l'île... car oui, Trangle est habité, et chaque zone a ses menaces et son équilibre !
Bobby veut retrouver sa sœur, à qui un sacrifice est promis par des Trits qui veulent ouvrir un portail pour changer de monde. Et Bermude, qui ne cesse de l'appeler « gamin » (alors qu'ils ont le même âge) et de lui donner des noms d'oiseau en disant ne pas s'inquiéter pour lui, court à sa suite pour le sauver et l'aider. Avec ainsi une découverte de la Forêt des Araignées, de la Jungle des Pteros (des créatures qui ont accueilli Bermude lors de son origine mystérieuse), de Pirateville (et sa guerre fratricide) et de la Baie des Soldats (avec le passé de Doc qui se rappelle à lui).
Et tout ça pour tenter de sauver la petite Andi, alors que les mondes pourraient se rapprocher...
On le comprend, Bermude est une œuvre qui mise sur un mot et un principe que les auteurs assument et atteignent avec passion et talent : le fun !
John Layman et Nick Bradshaw s'amusent énormément à glisser quantité de principes, concepts et références dans leur récit intense et court (quatre épisodes, c'est un bon format de mini-série indépendante mais ils envoient du bois en peu de pages). Ils se fixent pour cela sur des éléments simples mais pas simplistes, des idées qui ne sont pas des clichées mais des archétypes aisément compréhensibles et reconnaissables.
La bonne recette pour ne perdre personne, et se concentrer sur l'esprit du récit, son rythme et les émotions que l'on souhaite donner aux lecteurs.
En soi, le fun de Bermude ne vient pas en effet de chacun des principes présentés. Bobby est l'incarnation évidente des « yeux du lecteur », l'héroïne est la jeune fille sauvage ultra douée et héroïque dans un monde hostile, Trangle est une version plus agressive et désordonnée du Pays Imaginaire de Peter Pan, et les Trits assument le look du Cauchemar d'Innsmouth de H.P. Lovecraft.
C'est ainsi l'union, la fusion, l'addition de tous ces éléments entre eux qui font le sel du récit, mais aussi l'approche voulue par celui-ci. L'ensemble pourrait être sombre, oppressant, dur, voire même glauque ou gore, mais John Layman et Nick Bradshaw font le choix d'un récit très solaire, très dynamique, très positif en soi.
Les pirates sont drôles dans leurs allures et leurs tentatives de recrutement de Bermude, qui pourtant les tabasse salement. Les soldats échoués sont perdus dans leurs procédures militaires, mais l'on en sourit plutôt que l'on s'inquiète de ce qu'ils peuvent faire à Doc. Et si les Trits sont horribles et dangereux, la façon qu'a Bermude de foncer dans le tas sans hésiter, et avec de bons mots, est réjouissante, avec également la révélation du courage de Bobby à ses côtés.
C'est simple, rapide, prenant, entraînant, et cela donne le sourire, pour des émotions positives et enthousiastes.
L'ensemble bénéficie de la formidable prestation d'un Nick Bradshaw « en feu », comme on dit.
Le dessinateur est complètement impliqué et inspiré, en livrant des planches très belles, très dynamiques, très fluides, très rythmées et très détaillées.
Sa Bermude est adorable et épique, son Bobby est correct tout en étant bien dans son rôle, et c'est bien tout le bestiaire de Trangle qui bénéficie de son talent et de ses designs particulièrement inspirés et cools. Certes, les pirates et soldats sont ce qu'on attend d'eux, mais les autres peuples et étrangetés sont particulièrement bien formés et caractérisés, avec une narration ultra dynamique qui participe pleinement au rythme total et prenant.
Un dessin en osmose totale avec un scénario divertissant, qui vise une action drôle et cool, pour détendre, amuser, inspirer et faire rêver ; bref, du fun, comme promis.
En quatre épisodes, donc, Bermude propose une course-poursuite quasi constante, avec énormément d'idées, de concepts, d'éléments qui fonctionnent fort bien entre eux, car les premières pages évoquent très clairement le « joyeux bordel » de Trangle, une île dangereuse mais excitante qui permet tout et son contraire, en accueillant des naufragés de tout bord dans une zone bien connue de la culture populaire.
Les deux auteurs s'emparent ici évidemment de la légende du Triangle des Bermudes, qui a débuté par un article d'un journal américain en 1950 pour évoquer des disparitions inquiétantes, et qui s'est amplifiée en 1952 quand l'on a révélé le destin inconnu d'une escadrille de cinq chasseurs-bombardiers en décembre 1945 dans cette zone de l'Océan Atlantique. Des recherches font alors remonter d'autres événements troublants, comme la disparition de l'USS Cyclops en 1918, et un article de 1974 estime que 190 navires et 80 avions auraient disparu ici.
Le mystère demeure sur la réalité de ces disparitions, leur localisation précise et les raisons, mais le Triangle des Bermudes a désormais intégré la culture populaire comme source d'événements secrets et d'origines diverses, extraterrestres ou mystiques. Et Bermude s'ajoute avec fierté et réussite à la liste des œuvres qui traitent de ce mystère, avec désormais l'envie de découvrir les origines de l'héroïne et de voir les autres parties de l'île que l'on découvre sur la carte en bonus !
En bref
Enorme coup de cœur pour Bermude, récit simple mais pas simpliste, dynamique mais pas précipité, rempli de références massives mais pas lourdes, composé de personnages forgés sur des archétypes bienvenus mais pas des clichés. C'est intense, c'est prenant, c'est un « joyeux bordel » dans un Pays Imaginaire dangereux et agressif, avec une héroïne revêche et cool, et une envie folle de retourner dans une œuvre aussi fun et entraînante après avoir parcouru cette histoire et ces beaux bonus. Ça donne envie d'y revenir et ça donne surtout le sourire !
Positif
Une convergence totale entre scénariste et dessinateur pour un récit dynamique, entraînant, enthousiasmant autour de personnages bien croqués et menés.
Une ambiance fun et prenante qui donne le sourire.
Un festival de références et une énorme générosité, par les auteurs mais aussi l'édition dotée de nombreux bonus bienvenus.
Negatif
Nick Bradshaw dessine extrêmement bien et avec une énorme générosité de détails, mais les pieds de ses personnages peuvent paraître bizarres.
L'envie, après lecture, d'avoir vite la suite...
… et aucune annonce de suite depuis 2021 en VO, ce qui ne gâche pas la lecture mais demeure dommage vu la proposition si excitante et réjouissante que l'on a ici.









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