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Critique de The Rocketeer - Cargo of Doom

par Ben-Wawe le jeu. 11 sept. 2025 Staff

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Une formidable et trépidante aventure pulp, qui poursuit et étend avec intelligence et fun une oeuvre de base marquante

Delcourt propose en cette rentrée 2025 La cargaison maudite, belle réédition française avec de jolis bonus d'une saga déjà diffusée il y a quelques années sous un titre proche, et suite VO tardive mais intense d'une œuvre courte mais ô combien marquante des comics américains : Rocketeer.
Celui-ci est Cliff Secord, jeune pilote de spectacle aérien, amoureux de la pin-up Betty au caractère bien trempé, qui découvre en 1938 un jet-pack caché par deux gangsters en fuite. Il le montre au vieil ingénieur Peevy, qui lui créé un casque pour manoeuvrer en plein ciel et le contrôler. Cela entraîne bien des péripéties pour le jeune homme, qui stoppe un complot Nazi en Amérique et devient un héros dans sa bonne ville de Los Angeles, entre deux crises de jalousie et d'embrassades avec Betty.
C'est en 1982 que le personnage est créé par l'auteur complet Dave Stevens, qui débute sa carrière artistique comme assistant de Russ Manning sur les comic-strips de Tarzan puis devient story-boarder sur des séries animées comme Super Friends. Il collabore graphiquement au clip de Thriller et intervient également dans Les Aventuriers de l'Arche Perdue. Il lance Rockeeter en back-up d'une série comics indépendante, et le personnage gagne en popularité rapidement.
Des difficultés avec les éditeurs indépendants gênent l'épanouissement du personnage, mais Dave Stevens livre un récit fondateur et quelques épisodes postérieurs. L'auteur décède hélas en 2008, en ayant cependant eu la chance de voir le film adapté de son œuvre en 1991 par les Studios Disney. A noter qu'une série animée est lancée en 2018 sur Disney Junior sur une arrière-petite-fille de Cliff, mais n'a duré qu'une saison.
En parallèle, deux anthologies ont été publiées en 2011 et 2012 par l'éditeur VO IDW, puis deux mini-séries : un crossover avec The Spirit (en 2013), et La cargaison maudite (en 2012), dont les auteurs Mark Waid et Chris Samnee (connus pour leurs Daredevil, Captain America, Black Widow ensemble, entre autres) en font un incontournable.

Mais de quoi parle Rocketeer : La cargaison maudite ?
En 1940, Cliff a des difficultés avec l'administration aérienne, quand il venge l'honneur de Sally, nièce adolescente de Peevy et amoureuse du pilote, lorsque celle-ci fait l'objet d'avances et d'attouchements de la part d'un responsable. Cela enclenche une cacophonie avec Peevy mais aussi la jalousie de Betty, tandis qu'un mystérieux cargo approche de Los Angeles pour filer vers New York.
A son bord, le mystérieux Maître (dont l'identité est suggérée, afin de créer un lien avec le véritable créateur du jet-pack, révélée indirectement en comics et rendue différente dans le film) apprend la présence de Rocketeer à proximité et veut voler son jet-pack afin de le dupliquer pour en équiper sa cargaison. Il arrive en effet de la mystérieuse Skull Island, avec des créatures dans les cales – des monstres et dinosaures, que son employeur veut libérer sur New York et que le Maître aimerait donc voir voler !
Cliff Secord se retrouve lié à tout ceci, et son sens de la justice le mène à combattre pour le bien et les innocents... même en virevoltant dans les cieux de Los Angeles face à un T-Rex et autres créatures oubliées !

On le comprend, les auteurs assument complètement la veine pulp du personnage... et c'est ça qui est bon, car ils maîtrisent également les codes des meilleurs comics contemporains !
Le pulp est un genre littéraire né dans les années 1920 en Amérique, qui désigne initialement des magazines au papier de basse qualité, basé sur des fibres de bois (woodpulp, d'où le nom dérivé). Le pulp atteint son apogée dans les années 1930, avec des propositions pleines de crimes violents, de sauvagerie, de situations macabres, de monstres, de héros bondissants et de femmes sexys.

Dave Stevens s'en est pleinement inspiré pour son récit de base, et Mark Waid suit sa voie en embrassant pleinement l'aventure débridée et les idées folles du genre.
Ainsi, chacun des quatre épisodes de la mini-série est trépidant, bondissant, extrêmement dynamique et rythmé. Il se passe toujours quelque chose, il y a toujours de l'action ou de la romance, et les personnages sont constamment en mouvement, ce qui est extrêmement agréable et prenant.
Surtout, Mark Waid abandonne les Nazis de l'oeuvre originale pour une menace différente, exotique mais ô combien liée à l'ambiance de l'époque. L'on confronte ainsi Rocketeer à des créatures de Skull Island, la fameuse île de King Kong, le fantastique film de 1933 qui a tant marqué son époque, et c'est fort excitant de voir une telle rencontre !

C'est ainsi tout simplement cool et fun, avec en outre un adversaire, le Maître, dont le nom est révélé aux deux tiers et qui voue une haine farouche envers le créateur du jet-pack. Une rapide enquête permet de confirmer l'hommage à Doc Savage, le fameux héros de pulp dont Dave Stevens avait fait l'inventeur fortement suggéré du dispositif (alors que le film avait choisi Howard Hughes).
Mark Waid assume ainsi l'hommage, respecte l'oeuvre originale, mais il la poursuit dans la veine commencée, et dans l'orientation de la déclaration d'amour aux années 30. Et ce, sans oublier la romance intense avec Betty, l'évolution de Sally, et les actes d'héroïsme de Cliff !

D'autant que Chris Samnee est un partenaire idéal pour un tel projet, et ses planches sont autant superbes que dynamiques.
L'extraordinaire dessinateur apporte son style rond, certes classique mais ô combien fluide et efficace à ce scénario trépidant. Certes, sa Betty n'est pas aussi sexy que celle de Dave Stevens, mais il créé une ambiance idéale pour le pulp, et livre un affrontement épique entre Rocketeer et les dinosaures.
Il a aussi une approche plus aérienne, plus puissante et presque plus cinématographique des combats aériens, ce qui lui permet d'offrir un excellent complément graphique à une œuvre de base fort respectée, fort valorisée et finalement fort aimée par des auteurs en phase et en feu ici.

En bref

Mark Waid et Chris Samnee réussissent le défi de donner une suite digne, respectueuse, d'un charme pulp indéniable, d'un dynamisme total, mais également originale et trépidante d'une œuvre marquante. Plus qu'un hommage classique, c'est bien une saga à part, autonome et intelligemment liée au Rocketeer initial. Et c'est tout simplement bien, prenant, cool, fun... et à dévorer, sans modération !

9
Positif

Une saga comics aux codes modernes maîtrisés, qui assume sa veine pulp et incarne une suite autonome et idéale à l'oeuvre initiale.

De bien bonnes idées de rencontres et de références, funs et bien utilisées.

Une ambiance graphique formidable et hautement dynamique.

Negatif

De belles références et de belles apparitions, mais une légère envie d'en avoir encore plus, d'amener Rocketeer encore plus loin.

Un graphisme formidable, qui gagne en dynamisme et en ambiance... mais la Betty sexy de Dave Stevens manque quand même.

L'envie d'en avoir plus par ces auteurs, tout simplement !

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