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Critique de Sans Voix

par juju le dim. 21 sept. 2025 Staff

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Un silence qui parle au cœur

1. Une fable muette aux accents fantastiques

Dans Sans voix, publié chez Glénat, on plonge dans l’étrange ville de Mokmok, sur l’île de Muon, où le silence règne en maître. Les habitants, des créatures anthropomorphes mi-humaines mi-animales, ont renoncé à la parole après des vagues de violence attribuées aux mots. Leur bouche, réduite à un simple trou, ne sert plus qu’à se nourrir, et la communication se fait par écrans interposés, pour des échanges plus réfléchis. Au cœur de cette société, Awaré, un livreur de repas à vélo, est une anomalie : il parle encore, refusant de perdre sa voix. Lors d’une livraison mouvementée, il percute Reby, une musicienne qui rêve de retrouver sa voix pour chanter comme sa mère défunte. Leur rencontre déclenche une quête inattendue, mêlée d’amitié et de mystère, où ils croisent Moroi, une ancienne amie de Reby. Ensemble, ils vont explorer l’origine de cette perte de voix, avec une touche de fantastique qui pointe vers des vérités troublantes. Une histoire qui questionne la communication et ses dérives !

2. Un scénario audacieux et un visuel qui en jette

Le scénario d’Alessandro Atzei et Manuele Morlacco, tous deux musiciens, frappe par son originalité. L’idée d’un monde où la parole est bannie pour éviter la haine est fascinante et pousse à réfléchir sur notre propre usage des mots, surtout à l’ère des réseaux sociaux. Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la subtilité avec laquelle les auteurs abordent l’amitié et l’entraide. La relation entre Awaré, Reby et Moroi évolue avec douceur, et leurs efforts pour se reconnecter malgré le silence sont touchants. Le twist fantastique en fin d’album, bien que surprenant, apporte une dimension intrigante, même s’il aurait mérité d’être davantage creusé pour pleinement convaincre. On sent que les auteurs ont voulu poser des questions profondes sans alourdir le récit, et ce dosage fonctionne pour un public ado.

Visuellement, Lidia Bolognini livre un travail remarquable, avec un style hybride entre BD européenne et manga. Les personnages, avec leurs grands yeux expressifs et leurs traits animaliers (panda roux, oiseau, etc.), sont d’une vivacité qui capte immédiatement l’attention. Les décors de Mokmok, notamment la boutique de fleurs ou les vues en plongée, sont d’une richesse visuelle impressionnante, avec des couleurs vibrantes qui donnent du relief à cet univers silencieux. Le dynamisme des planches, surtout lors des courses à vélo d’Awaré, ajoute une énergie communicative.

3. Mon avis : une BD qui intrigue, mais laisse un peu sur sa faim

Sans voix est une BD qui séduit par son concept audacieux et son esthétique soignée, mais qui ne va pas toujours au bout de ses ambitions. L’idée d’un monde sans parole est captivante et pousse à réfléchir sur la communication, l’amitié et les conséquences de nos mots. Les personnages sont attachants, et l’histoire, bien que simple, porte une belle sensibilité, notamment à travers le rêve de Reby de chanter à nouveau. Cependant, le potentiel des personnages animaliers aurait pu être mieux exploité pour enrichir la métaphore, et la résolution fantastique arrive un peu abruptement, laissant quelques questions en suspens. Cela dit, pour une lecture ado ou adulte en quête d’une fable originale, Sans voix offre une expérience visuellement séduisante et intellectuellement stimulante. Une œuvre qui ne crie pas, mais murmure des idées intéressantes.

En bref

Une fable graphique intrigante sur la communication et l’amitié, portée par un style visuel éclatant, mais qui aurait gagné à approfondir son univers.

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Evry (91)
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