Une fuite vers l’inconnu enchâssée de mystère
1. Un exode forcé dans un monde assoiffé
En 2043, l’eau est devenue un trésor rare, transformant Paris en un désert urbain où la violence guette à chaque coin de rue. Lupi, une jeune danseuse de ballet prodige sur le point d’intégrer l’Opéra, voit ses rêves s’effriter quand sa mère, Lilith, décide de fuir vers le Mexique, pays d’origine de son père disparu. Accompagnée de Frida, une amie enceinte de la famille, Lupi entame ce voyage périlleux, laissant derrière elle une vie en péril. À leur arrivée, l’hacienda familiale, perdue dans la jungle du Yucatán, se révèle une ruine envahie de papillons aux couleurs chatoyantes. Mais ce refuge idyllique cache des ombres : qui sont ces hommes qui les surveillent ? Qu’est-il arrivé au père de Lupi ? Et ce garçon mystérieux croisé dans les ruines ? Ce premier tome pose les bases d’une quête survivaliste teintée de fantastique, où la survie rime avec secrets de famille.
2. Un scénario qui installe l’ambiance, porté par des dessins immersifs
Le scénario de Charlotte Girard et Jean-Marie Omont, duo habitué des aventures initiatiques comme dans La Balade de Yaya, mise sur une introduction méthodique qui plante le décor et les enjeux avec finesse. Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la façon dont ils intègrent l’écologie comme un fil rouge naturel, sans en faire un sermon : la rareté de l’eau n’est pas qu’un fond dystopique, elle imprègne chaque décision, du départ précipité de Paris à la quête quotidienne d’eau dans la jungle mexicaine. Les mystères distillés – autour du père et de l’hacienda – créent une tension subtile qui donne envie de tourner les pages, même si le rythme reste mesuré pour mieux immerger dans cet univers hybride entre réalité crue et touches oniriques.
Côté dessin, Clémence Collignon livre un travail remarquable, avec des palettes de verts luxuriants pour la jungle et de bleus profonds pour les nuits parisiennes, qui capturent une atmosphère poétique et oppressante à la fois. Les planches respirent la tendresse dans les moments de danse de Lupi, mais certains cadrages en gros plans ou proportions fugaces rompent parfois le flux narratif, optant pour un style classique qui privilégie l’émotion sur le dynamisme effréné.
3. Mon avis : une promesse verte et mystérieuse qui appelle la suite
L’Hacienda aux papillons T1 est un opener solide pour une série jeunesse, qui séduit par son mélange de survie écologique et de quête personnelle, sans jamais forcer le trait. Lupi, entre crise d’ado et débrouillardise instinctive, incarne une héroïne attachante, même si les secondaires flirtent parfois avec le cliché. L’ambiance mexicaine, avec ses papillons enchanteurs et sa jungle enveloppante, offre un dépaysement bienvenu qui contraste avec le Paris en déliquescence. C’est un peu lent par moments, et on ressort avec plus de questions que de réponses, mais c’est précisément ce qui rend ce tome intrigant. Une lecture qui invite à réfléchir sur nos propres exodes intérieurs, tout en attendant avec curiosité ce que la suite révélera.
En bref
Un premier tome introductif et poétique sur la survie et les racines, avec des dessins évocateurs qui compensent un rythme posé, idéal pour les ados en quête d’aventure verte.









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