Et quand les bougies danseront au firmament, dans leur feu proférons le serment du serpent !
La Lune et le Serpent : Le Grand Livre de la Magie est ce qu'on peut appeler une oeuvre de longue haleine. Son sujet prend naissance dans l'intérêt partagé par ses deux auteurs sur des sujets comme la magie et le mysticisme, qui ont notamment contribué à la fondation du Moon and Serpent Grand Egyptian Theatre of Marvels, un groupe d'occultistes et d'artistes dans plusieurs domaines (magie, musique, écriture), au milieu des années 90. Les membres de ce théâtre particulier ont donné de nombreuses représentations, que l'on peut également écouter (en V.O. bien évidemment) sur divers supports audios et numériques.
Au début des années 2000, Alan Moore et son ami et mentor Steve Moore (aucun lien de parenté), vétéran de 2000AD, ont commencé à travailler sur ce qu'ils appelaient un "grimoire des sciences occultes pratique et accessible". Leur but était de détailler les théories et réflexions sur la magie développées pendant des années par leur "petite secte" à travers des essais, des strips de bande dessinée et des récits en prose. Un travail riche et dense que Steve Moore n'a jamais pu voir abouti car il est décédé en 2014, soit dix ans avant la publication du livre par Top Shelf Productions et Knockabout Comics. Kevin O'Neill, à qui l'on doit les dessins de la savoureuse bande dessinée à suivre sur Alexandre d'Abonuteichos, le créateur de Glycon (dieu patron/canular adopté par Alan Moore), nous a aussi hélas quittés avant que le bouquin puisse être publié.
Au-delà de toute considération sur son contenu, La Lune et le Serpent : Le Grand Livre de la Magie est un volume absolument superbe. Chaque segment possède une identité graphique qui lui est propre (comme un code couleur par exemple) et l'équilibre est réussi entre les parties bandes dessinées, les essais et le feuilleton à suivre. Aux dessins, illustrations et peintures, il y a les collaborateurs habituels d'Alan Moore, Kevin O'Neill, Rick Veitch, John Coulthart (le designer du grimoire), Steve Parkhouse, Melinda Gebbie et Ben Wickey, des styles très différents qui apportent chacun une sensibilité unique à cette exploration de l'univers magique du Theatre of Marvels.
Pour ce qui est de l'expérience de lecture, j'avoue qu'elle s'est révélée un peu plus partagée. Ma préférence va aux pages de bandes dessinées, des origines de la magie sous les crayons de Steve Parkhouse (j'aime le fait que la magie originelle vienne de l'art rupestre des premiers hommes) aux petites biographies des grands enchanteurs, qu'ils soient réels ou mythiques, en passant par le strip sur Alexandre l'oracle de Glycon, que les Moore et O'Neill ont pensé comme un hommage à de vieilles revues de BD britanniques comme Radio Fun, avec moults gags anachroniques.
Malgré quelques longueurs, j'ai aussi apprécié le feuilleton à suivre Celle qui vit dans l'abîme, sur l'initiation à la magie de l'Âme, alias Adeline Carr, muse d'un peintre qui va s'ouvrir à d'autres plans de l'existence au fil d'un parcours mouvementé qui va bouleverser son existence et sa façon de percevoir la vie et ce qui l'entoure. Intrigant, sensuel, un peu pesant aussi parfois quand il s'empêtre dans des explications un peu trop démonstratives, ce récit en six chapitres permet de suivre une protagoniste intéressante (même si pas toujours la plus sympathique) dans une époque qui ne l'est pas moins.
Et puis il y a aussi les pages dont la lecture fut un peu plus laborieuse, un peu plus difficiles à terminer tant les concepts évoqués me sont passés au dessus de la tête même s'ils sont marqués de temps en temps par une ironie pas désagréable. Mais les (très) longues démonstrations sur la kabbale, sur le tarot, sur les activités magiques à accomplir pour s'occuper les jours de pluie m'ont arraché plus de bâillements qu'autre chose. La conclusion, qui revient en partie sur les circonstances de la création du Moon and Serpent Grand Egyptian Theatre of Marvels, possède des éléments biographiques qui ont réveillé mon intérêt, Alan Moore amenant une certaine émotion dans ses souvenirs du décès de son vieil ami Steve Moore.
En bref
Un dernier mot pour l'excellente qualité de l'adaptation des éditions Delcourt sur cet ouvrage massif...et particulièrement l'impressionnant boulot abattu par Laurent Queyssi et Maxime Le Dain à la traduction !








Laissez un commentaire
Commentaires (0)