Peut-être que tous les démons sont notre propre création...
Né en 1486, Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim était un érudit aux multiples activités. Ainsi il fut aussi bien astrologue, alchimiste et avocat que médecin, philosophe, juriste et soldat. Pas nécessairement dans cet ordre et la liste n'est pas exhaustive. Cornelius Agrippa, comme il était également connu, était aussi un occultiste, adepte d'un courant appelé "magie naturelle" (n'en demandez pas plus, je ne suis pas familier de ces concepts, même après avoir lu Le Grand Livre de la Magie d'Alan Moore).
Agrippa était aussi professeur et parmi ses élèves, il y a eu un certain Jean Wier, médecin et écrivain qui s'est opposé toute sa vie à la folie anti-sorcières et aux nombreux procès qui ont marqué la terrible période de l'Inquisition. Comme l'explique le scénariste écossais Robbie Morrison (Judge Dredd, Nikolai Dante, Doctor Who...), c'est en lisant un ouvrage sur le mythe du loup-garou qu'il a croisé pour la première fois les noms d'Agrippa et de Wier et c'est en se renseignant sur eux qu'il s'est mis à les imaginer comme des "Holmes et Watson de la Renaissance".
Deux érudits qui mènent une enquête impliquant l'Inquisition au XVIème siècle, cela a bien évidemment amené des comparaisons avec Le Nom de la Rose d'Umberto Eco mais Hérétique sait trouver son identité au-delà de ces références. La structure est aussi classique qu'efficace, avec une mort au visuel marquant dès les premières pages, la présentation des protagonistes par une scène de rencontre qui réserve quelques notes de légèreté avant l'apparition des antagonistes qui va bien plomber l'atmosphère. Robbie Morrison déroule alors une enquête mystérieuse menée par un trio (l'intrépide fille d'Agrippa va s'y ajouter) qui va vite se révéler intéressant grâce à leur dynamique et à leurs caractères bien trempés.
L'excellent travail de Charlie "The Walking Dead" Adlard, qui avait déjà collaboré avec Robbie Morrison sur le drame de guerre La Mort Blanche, est aussi pour beaucoup dans la très bonne impression d'ensemble. On le savait déjà à l'aise sur l'aspect horrifique, ce qu'il démontre à nouveau avec la description des horreurs de l'Inquisition. Sur Hérétique, Adlard signe une reconstitution historique soignée, aussi bien au niveau des costumes que des décors, avec une ambiance pesante appuyée comme il se doit par les contrastes saisissants entre ombres et lumières. Et il n'y a pas que du N&B puisque la couleur rouge est habilement utilisée lors des passages les plus violents.
La manière dont le récit est présenté, par l'astuce des journaux retrouvés, insinue qu'il pourrait connaître une suite car il y a encore des choses à raconter sur la relation entre le maître et le disciple. Et j'avoue que je ne serais pas contre l'idée de retrouver les Agrippa et Jean Wier pour une autre enquête...
...et peut-être qu'au final, il n'y a que nous...
En bref
La postface de Robbie Morrison et deux pages de recherches graphiques de Charles Adlard complètent la lecture.









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