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Critique de Kennedy(s)

par MassLunar le lun. 25 mai 2026 Staff

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Chroniques d'un clan américain

A l'instar de La Bombe, les éditions Glénat et leur collection "1000 pages" signe une nouvelle page d'histoire dense et très documentée avec Kennedy(s), une plongée passionnante au cœur de l'un clans politiques les plus célèbres de l'histoire des Etats-Unis. Un roman graphique colossal signé Philippe Pelaez et Bernard Khattou. 

Même les personnes qui ne connaissent rien à la politique américaine ont entendu parler de ce nom devenu légendaire, Kennedy. Un assassinat a gravé ce nom dans la légende, a gravé irrémédiablement ce nom dans l'Histoire. Le 22 novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy a été assassiné à Dallas durant le cortège présidentiel sous les yeux de son épouse Jackie. Cet assassinat a gravé le nom de ce président, a alimenté les thèses complotistes. A ce jour, la vérité n'a jamais été clarifié. Tout au plus, un nom, Lee Harvey Oswald, l'assassin "officiel" du 35e président mais les zones d'ombres demeurent…

Le dessinateur Bernard Khattou et le scénariste Philippe Pelaez ne prétendent pas donner leur réponse et leur vérité à l'assassinat de John Kennedy. Il y a toute une farandole d'essais et d'écrits journalistiques autour de l'assassinat de JFK sans compter le fameux film d'Oliver Stone. Non, pour ce roman graphique, les auteurs se sont concentrés sur les origines familiales de ce président maudit ou plutôt de ce clan maudit. Cette bd est une plongée passionnante dans les racines d'un clan guidé surtout par l'ambition dévorante d'un père Joseph Kennedy qui ne reculait devant rien pour amener son nom et sa famille vers le sommet. 

En trois parties, ce roman graphique se concentre d'abord sur la figure du père Joseph Kennedy, ses origines irlandaises qu'il a toujours voulu taire  et son ambition démesurée et peu scrupuleuse, mais aussi sa détermination , la seconde partie se contre sur les enfants, plus précisément, Joe et John. Alors que le premier semble partager les mauvais cotés de son père, le second d'une santé fragile s'illustre en héros de guerre et se démarque du clan . La troisième partie est pleinement centré sur l'assassinat de John Kennedy à travers une discussion entre un journaliste et un ancien membre de la commission d'enquête chargé de cet assassinat.

Porté par le noir et blanc réaliste de Bernard Khattou, ce roman graphique tient à la fois de la bd documentaire mais aussi d'une forme de récit intimiste qui nous plonge dans les recoins pas forcément reluisants du clan Kennedy. Car si John Kennedy représentait une forme de lumière, que son assassinat lui a donné une sorte d'aura presque héroique, une figure de martyr grâce notamment à son épouse Jacky, son père était quelque de plus complexe, plus sombre, ambitieux et dénué de remords. Il y a du "There will be blood " dans la figure de ce Joseph Kennedy qui est pratiquement le personnage central de ce roman graphique que nous retrouvons au début et à la fin de l'album.

Les auteurs se concentrent donc sur la famille et sur l'ambition démesurée du père dont l'ambition a pu jouer un rôle dans l'assassinat du fils , dans une forme presque tragique que n'aurait pas désavoué une tragédie grecque. Ce roman graphique décrypte l'ascension de cet homme, une ascenscion qui avait déja commencé avec le père de Joseph Kennedy, Patrick Joseph, et qui s'est poursuivie sans garde-fou. Joesph Kennedy était un assoiffé de pouvoir touche-à-tout, que ce soit dans l'industrie du cinema, l'exportation de l'alcool et la politique. Il fut ambassadeur des Etats-Unis en Angleterre où son parcours politique s'acheva dans la controverse puisque l'homme ne cachait pas son antisémitisme , sa fascination pour Hitler et le régime nazi...

Dans son ambition et la volonté de propulser sa famille au sommet, Joseph Kennedy était prêt à tout, même à sacrifier sa fille Rose-Mary dont il considérait le handicap mental comme une tâche sur la réputation. Oui, Joseph Kennedy apparait comme un être déterminé et odieux, complexé par ces racines irlandaises mais on ne peut pas lui masquer son sens des affaires et sa détermination. Il incarne d'une certain manière ce fameux "rêve américain" qui pour le coup s'est muré en cauchemar. On appréciera à juste titre la citation d'Oscar Wilde "Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières". 

D'une certaine manière, les auteurs donnent leur version de la vérité sur l'assassinat de Kennedy, non pas d'une point de vue purement logistique mais plutôt d'un point de vue tragique et fatale avec cet ombre démesurée du père qui a fait bruler les ailes de son clan. Pourtant, c'est John Kennedy qui a finit par faire de l'ombre à son père.

Dans la deuxième partie du livre, les auteurs se concentrent sur l'histoire de JFK, sur sa santé fragile, son actes de guerre , John Kennedy s'est illustré par sa bravoure pendant la guerre du pacifique , sa volonté de gagner la confiance des afros-américains mais aussi ses affres: ses multiples conquêtes, son anticommunisme (illustré par la fameuse crise de Cuba qu'il a tout de même désamorcer)... Dans ce roman graphique, John Kennedy apparait presque comme une figure de héros , de chevalier de la table ronde qui a réussi à déjouer la mort plusieurs fois. En effet, c'était un homme d'une santé si fragile qu'il a failli mourir trois fois avant que cette balle ne l'atteigne. D'une certaine manière, il était lucide quand à sa condition et son enrôlement dans l'armée lui a appris ce qu'était la guerre. Sans taire ses défauts, les auteurs dévoilent un John Kennedy plus lumineux et sensible que son père dont le destin funeste a gravé sa légende , grâce à Jackye, sa fidèle épouse.

La troisième partie est la plus conventionnelle de cet album, elle retrace toute l'imbroglio de l'enquête autour de l'assassinat. C'est un véritable enchainement de noeuds de cerveau qui fait apparaitre quantités de noms, de contradictions et d'incohérences. Au final, la dernière commission d'enquête avait conclu à la thèse du complot en soulignant que Lee Harvey Oswald n'était pas seul ! 

Avec Kennedy's, il faut saluer l'impressionnant travail de recherche de Philippe Pelaez. Scénariste très prolifique, Philippe Pelaez a décrypté l'histoire des Kennedy à travers un important travail de documentation comme en témoigne la bibliographie en fin d'ouvrage. On devine le travail de fourmi qui a du métamorphoser le scénariste en journaliste de L'affaire Pelican ! C'est la bd-docu de la bibliographie de Phillippe Pelaez, scénariste qui nous avait plutôt habitué à la comédie et au thriller. Même si la narration est un peu froide et indirect car les parties débutent par une discussion entre deux personnes, les auteurs parviennent à nous immerger facilement dans le clan Kennedy.

Cette immersion graphique est bien évidemment due au style de Bernard Khattou qui a signé un travail de longue haleine pour mettre en forme cette chronique familiale et politique. Son noir et blanc détaillé, le style réaliste des personnages donnent une dimension authentique à cette plongée réaliste tout en gardant le sens de la tragédie ( les cases sur la solitude du père, le passage poignant de la lobotomie...). Il y a un peu de Daniel Clowes dans le dessin de Bernard Khattou qui instille du roman noir dans cette épopée fleuve... Son travail est remarquable.

Bien évidemment, de par son ampleur, Kennedy(s) n'est pas un roman graphique à dévorer d'une traite. C'est une chronique de 600 pages au prix de 38 euros. Un titre pas facile à aborder dont le ton parfois austère et formel, notamment au niveaux des dialogues explicatifs comme la troisième partie; peut rebuter certain lecteurs. La dimension enquête fait perdre un peu d'émotion à cette bd qui se lit surtout comme un ample documentaire. La partie consacrée à Joseph Kennedy est de loin plus interessante car moins connu de même que cette dimension tragique autour du père dont l'ambition dévorante a fini par justement dévorer son héritage d'une certaine. A noter que le roman graphique s'arrête à l'assassinat de Kennedy. Même si Kennedy(s) est écrit au pluriel, le clan est avant tout abordé à travers le portait de certains personnages clés dans et autour de la famille. Cela est facilement compréhensible , l'œuvre est déjà très dense en elle-même mais on aurait peut-être aimé une petite partie consacré à Bob Kennedy, notamment, dont le destin fut aussi tragique que son ainé.

Saluons le travail de l'éditeur. Tout comme La Bombe, Glénat signe un roman graphique bien épais dans une solide édition relié porté aux couleurs du drapeau américain. Une édition efficace qui traduit bien cette vaste chronique !

En bref

Pour les amateurs d'Histoire politique, Kennedy(s) est la nouvelle "bombe" de la collection Mille feuilles de chez Glénat. Ce roman graphique dresse avec passion la destinée tragique de ce clan toujours aussi populaire dont l'assassinat de John a gravé la légende. Un titre puissant bien qu'un peu classique dans l'approche de certains parties qui dresse avant tout le portrait d'un rêve américain rattrapé par ses péchés.

8
Positif

Une chronique très documentée qui témoigne de l'important travail de Philippe Pelaez et de Bernard Khattou

Un noir et blanc immersif qui donne une dimension de roman noir à cette épopéé fleuve et réaliste

Passionnant, plus spécialement pour la partie consacré au moins connue Joseph Kennedy.

Negatif

La troisième partie consacrée à l'enquête plus classique au final

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