Critique de Cauchon... ou l'homme qui tua Jeanne d'Arc
par ginevra le mer. 15 juil. 2026 Staff
Une intéressante vision, plus nuancée que d'habitude, du juge de Jeanne d'Arc
Avec un tel nom et ayant été le juge principal de Jeanne d'Arc, l'évêque Cauchon est connu d'une majorité de gens grâce aux cours d'Histoire de l'école. Le jeu de mots évident entre Cauchon et cochon y est pour beaucoup.
Paul Claudel avait lui-même sacrifié à cette facilité dans l'écriture du livret de l'oratorio "Jeanne au bûcher" sur une musique d'Arthur Honegger. Jeanne doit y être jugée par les animaux, mais les grands fauves se récusent. C'est alors qu'un personnage crie "Moi! Moi! Moi! Moi! Je me propose pour juger Jeanne d'Arc." On lui demande son nom et il répond "Ego nominor Porcus. Je m'appelle cochon." Les assesseurs sont les moutons et le greffier l'âne. À découvrir pour les curieux sur youtube où il y a plusieurs versions.
Les auteurs ont eux aussi jouer sur ce rapprochement, mais d'une façon plus subtile en faisant de l'évêque un propriétaire de porcherie n'hésitant pas à saigner le cochon lui-même. Avec une première page ambigüe où l'on voit une superbe tête de cochon avec une bulle "…mon maître…". La réalité se révèle dès la page 2.
Il y a eu beaucoup d'écrits sur Jeanne d'Arc, des films et même des opéras ou oratorios. Certains très sobres reprenant ce qui a été retenu de par les historiens, d'autres plus surprenants faisant de Jeanne d'Arc une personne intersexe plus masculine que féminine. Il y a aussi la vision iconoclaste de F'Murrr dans "Jehanne au pied du mur" où on croise des extraterrestres, Attila, un archange…
Comme l'évoque David Glomot dans le très intéressant dossier final, chacun a sa propre vision de Jeanne d'Arc, mais il n'y a qu'un seul Cauchon, figure unique du salaud. Jusqu'à quel point était-il obligé de jouer ce rôle pour "dédouaner" les anglais? Les auteurs de l'album ont choisi de l'humaniser en montrant ses doutes, son évolution au cours du procès. Xavier Dorison et Louis-David Delahaye en ont fait un personnage flou et surtout très mal entourée avec sa sœur malveillante et le comte de Warwick montant le bûcher avant la fin du procès.
Les dessins de Joël Parnotte sont splendides avec des personnages expressifs et de beaux paysages. Son Moyen-Âge est crédible autant dans les tenues des gens que dans les vues de Rouen. La colorisation est très réussie avec une belle lumière en extérieur ou la noirceur du cachot quand il le faut.
L'objet livre est lui aussi beau avec ses dorures sur fond sombre, à part peut-être le dos où le nom de Cauchon s'effaçait sur l'exemplaire que j'ai lu grâce à ma bibliothèque.
Un livre qui marquera l'année pour la majorité du lectorat mais auquel j'ai eu du mal à entrer car j'ai lu, vu et entendu trop de choses sur Jeanne d'Arc.
En bref
Un livre intéressant par l'image plus nuancée que de coutume de l'évêque Cauchon, juge principal de Jeanne d'Arc. Le dossier final historique est passionnant. Les graphismes sont réussis. Un album à découvrir si ce n'est déjà fait.
Positif
vision différente de l'habitude du personnage principal
dessins superbes
colorisation réussie
dossier final passionnant









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