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Critique de La Terre verte

par MassLunar le mar. 18 août 2026 Staff

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There will be blood on Greenland

La Terre Verte est l'un des plus percutants romans graphiques parus en 2025. Le talentueux scénariste Alain Ayrolles , connu pour son sens du vers et de la réplique, ainsi que le non-moins talentueux dessinateur Hervé Tanquerelle signent une bd historique et shakespearienne à l'allure d'une danse macabre cruelle, tragique , grinçante sur les terres vertes du Groenland. Un album remarquable en tout point qui prouve une nouvelle fois toute la maestria d'un Alain Ayrolles en très grande forme !

Alain Ayrolles fait peut-être partie des rares scénaristes et conteur d'histoires dont on reconnait la plume. Qui d'autre que le papa de De capes et de crocs, de Garulfo, du magistral album Les Indes Fourbes aurait pu signer cette tragédie shakespearienne, cruel, parfois drôle, sur un roi qui a renié sa mort et poursuit son impitoyable chemin de la vanité ? Ce roi, c'est Richard III. Dans l'Histoire , il meurt durant la bataille de Bosworth, l'une des dernières batailles de la guerre des Deux-Roses. Dans la bd de Alain Ayrolles et Hervé Tanquerelle, l'Histoire est légèrement mais siginficativement tordue pour nous présenter un Richard III qui s'est fait passer pour mort durant la bataille. Endossant le rôle d'un sinistre mercenaire, il accompagne un missionnaire chrétien venu raffermir la foi sur la terre verte du Groenland... 

Richard y voit alors l'opportunité de rebâtir un royaume et lentement mais surement tel un poison lent, il abat son ombre et ses manipulations sur un continent déjà périlleux. 

Avec son sens du vers et du verbe, Alain Ayrolles se glisse dans la lignée d'un digne Shakespeare qui avait déjà façonné lors de sa fameuse pièce Richard III, l'image d'un roi tyrannique, une image d'ailleurs sujet à discorde chez certains historiens déterminés à réhabiliter Richard III.  D'ailleurs, bien que la fourberie se dessinerait presque sur son visage, Alain Ayrolles entretient l'ambiguité sur ce personnage. Est -il aussi fourbe et impitoyable qu'il en a l'air ? Est -il un mort -vivant qui se raccroche à la vie au risque d'entrainer autrui dans une véritable danse macabre ? Dans un premier temps, les auteurs jouent avec ce Richard III, ce bossu boiteux dont l'apparence ne le rend pas moins redoutable !

Hervé Tanquerelle donne une belle apparence de vautour à ce Richard III au physique émacié, vouté mais aussi fort. Le dessinateur possède déjà une expérience certaine avec le Groeland puisqu'il avait signé en 2017 Groenland Vertigo, un album d'auto-fiction où le dessinateur raconte en filigrane son périple au Groenland sous la forme d'un hommage burlesque à Tintin. Hervé Tanquerelle retrouve donc cette terre promise dans une fiction plus âpre et austère. Nous sommes dans une terre désolé, glaciale, où la terre dure refuse la culture et où la cohabitation avec les autochtones est loin d'être cordiale. Ce Groenland du XVème, le dessinateur l'illustre avec rigueur afin de donner du poids à ce paysage à la fois difficile mais aussi spectaculaire et beau où vient s'entrecroiser la culture inuit, viking et chrétien dans une véritable danse macabre... 

Le dessinateur aiguise aussi bien ces personnages aux visages durcis que la dureté du paysage, le tout parfaitement relevé grâce aux couleurs d'Isabelle Merlet et de Jérôme Alvarez qui offrent des planches éblouissantes où les teintes bleues-blanches des fjords côtoient les intérieurs enivrés et la fureur écarlate des massacres.

Certaines planches sont d'ailleurs très mémorables dans leur dureté comme le massacre impitoyable des morses sous les yeux pleins de larmes des inuits, ce qui rappelle inévitablement la propension du colon au massacre, difficile de ne pas penser aux bisons. Mais la bd a la bonne idée de pas franchir de portes trop ouvertes. L'intrigue demeure centré sur Richard III et sa terrible influence qui se fit des règles, qui se fie de l'entente et dont l'obsession est de rebâtir un royaume où il sera à nouveau craint et respecté. Autour de lui, attiré comme un aimant maudit, gravitent des personnages mémorables que ce soit la figure un peu classique du prêtre dogmatique, des deux dirigeants riches et peu scrupuleux du villages, de la guerrière , du vieux sage charpentier... Telle une danse macabre, encore une fois, ces personnages gravitent autour de l'ombre  de Richard III qui fond sur eux comme un corbeau. La 1ere de couverture est plutôt significative.

Il y a du There will be blood , un peu de Aguirre, la colère de dieu et surtout toute la dimension tragique d'un antihéros shakespearien dont la vanité et l'ambition sont sans limites. Mais le Groenland demeure un adversaire de taille, même face à un trompe-la-mort comme Richard III.

En bref

L'un des plus importants romans graphiques de 2025, La terre verte est une bd historique, tragique , cruel, un peu drôle aussi, une danse macabre géniale concocté par deux talents aiguisés qui nous donnent leur vision d'un Richard III hanté par sa vanité et son ambition, quitte à la déversé sur une terre pas si verte que ça !

10
Positif

Un plaisir que de retrouver la verve d'Alain Ayrolles qui propose un nouveau portrait d'antihéros après Les Indes Fourbes et L'Ombre des Lumières.

Une plongée immersive dans un Groenland à la croisée des chemins

Une fiction tragique possède par une certaine aura shakespearienne

Un fabuleux travail de colorisation

Negatif

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