Critique de Vies d'ensemble - Au-delà des mots - #6
par Tampopo24 le mer. 9 sept. 2026 Staff
Être sans étiquette
Ma petite série chouchou atypique, sur les amitiés et relations inclassables, est de retour pour mon plus grand plaisir !
Après un tome 5 qui avait été un petit coup de poing dans le ventre tant les propos reçus par Arita et Takeda avaient été durs, j'avais quelques craintes pour eux, mais c'était sans compter la délicatesse et l'amour de Fumiyo Hayashi pour ses personnages. Elle nous a écrit ici un très grand tome.
La grande question qui le traverse est : quelle relation ont Arita et Takeda ? pourquoi vivent-ils ensemble ? sont-ils en couple ? Beaucoup de lecteurs, pas moi, se la sont aussi posée car c'est totalement atypique de ne pas mettre une étiquette sur un duo de personnages. Eh bien, la mangaka le fait pourtant !
Dans ce tome, nous suivons Arita. Arita qui retrouve ses anciens camarades de classe. Arita qui va au temple pour le nouvel an avec Ryu et sa fille. Arita qui se rappelle les discussions qu'il a subies sur sa vie. Arita qui va tenter à son tour d'en parler avec Takeda pour le vivre mieux. Je comprends sa détresse car la société est rude avec les gens différents, même ceux qui ne sortent pas du lot en apparence et se fondent dedans. Mais certains mots, certaines paroles blessent inconsciemment, nous poussent à réfléchir à des choses auxquelles on ne veut pas réfléchir ou force notre regard à prendre l'angle que les autres souhaitent mais qui n'est pas le nôtre. Sauf qu'Arita va résister.
Cela se passe tout en douceur, marque de fabrique de l'autrice. Les choses à dire sont dites. Il y a même une petite scène choc. Mais au final, l'autrice prend extrêmement soin de ses héros et ose proposer des colocs sans étiquette. Qu'est-ce que ça fait du bien ! J'aime l'idée qu'on puisse habiter avec quelqu'un juste parce qu'on se sent bien avec lui, sans qu'il soit question du moindre désir ou sentiment romantique. Après tout, c'est ce que deviennent certains couples à la longue, des gens qui apprécient la présence l'un de l'autre, qui aiment passer du temps ensemble, partager des choses, sans qu'il y ait forcément de sexe ou les mêmes sentiments amoureux du début. Il était temps d'en parler.
Alors oui, ça choque car cela change. On n'en a pas l'habitude. Mais écrit avec une tellement simplicité, une telle évidence, pourquoi résister, pourquoi attendre autre chose. Juste les voir ensemble, dans leur quotidien, ensembles ou séparés, s'épanouir et être heureux, cela me va très bien. C'est dans la banalité d'un verre être amis au resto, d'une balade pour discuter un peu, d'un moment avec sa famille de coeur qu'on peut éprouver le plus de sérénité. Parfois cela suffit. '' Tout va bien '', comme le dit le héros avec un grand sourire après tout cela et on lui souhaite.
En bref
Pas besoin de case ou d'étiquette pour être heureux. Au contraire, c'est parfois (souvent ?) une contrainte qui pèse sur tout un chacun et dans notre société moderne, il est temps d'oser s'en défaire et d'affirmer sa singularité, son droit au bonheur, même si celui-ci n'est pas celui de la norme générale. Détonner, ce n'est pas aller mal, ce n'est pas être différent, cela n'oblige pas à entrer dans la norme. Il est tant qu'on comprenne qu'on n'a pas à juger les autres à l'aune de nous-même, que chacun est libre. Quelle bouffée d'air frais !








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