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Critique de Dorohedoro

par Strange Circus le lun. 6 oct. 2014

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Dorohedoro c'est une sorte de Pot-pourri où se mélange des genres et des styles pour la plupart aux antipodes les uns des autres et qui font qu'on est, sans aucun doute, en face d'un manga à la personnalité très forte, avec une auteure qui débite 10000 idées par tome, mais avec suffisamment de maîtrise pour rendre l'ensemble des plus harmonieux (et c'était pas gagné). En lisant certains tomes, je me serai cru entièrement plongé dans la plupart de mes films préférés, et c'est sans doute pour ça que je kiff tant ce manga, c'est celui dont le traitement visuel se rapproche le plus de l'idée que je me fais de l'horreur, de la folie, de la schizophrénie, de l'étouffement et de la claustrophobie, c'est simple sur certaines planches j'avais le souffle coupé, happé par cette folie visuelle qui caractérise l'oeuvre. Alors même si certains films sont sortis quelques années après Dorohedoro, comment ne pas penser à ces couloirs irréels, immenses qui semblent vouloir avaler et déchiqueter les personnages que l'on peut voir dans Strange Cirus de Sono Sion ? http://image.noelshack.com/fichiers/2014/33/1408210465-vlcsnap-2014-08-16-19h33m15s13.png http://image.noelshack.com/fichiers/2014/33/1408210468-vlcsnap-2014-08-16-19h33m34s206.png Toujours sur le même film, comment ne pas penser à cette ambiance sonore assourdissante et ce sur-découpage hystérique qui semble aussi bien engloutir Caîman que cette romancière énigmatique https://www.youtube.com/watch?v=s1CXQT5g1PE&feature=youtu.be (spoil quand même). Si il y a un film sur lequel Dorohedoro se rapproche le plus c'est sans doute Ichi the Killer dans son approche de la violence (pas lu le manga). C'est plus ou moins le même délire, certains personnages (une belle galerie de barges) sont de gros sadiques qui trouvent leur assouvissements dans la douleur et le chaos (Shin et Noi), c'est extrême, violent, ultra gore, et surtout très drôle! en fait quand j'ai vu une certaine page du manga, je me suis tout de suite revu cette scène du film http://odysseeducinema.fr/galerie/Ichi%20the%20killer/IchiTheKiller2.jpg . Un peu la flemme de détailler les autres, mais il y a aussi du perfect Blue et du Crazy Thunder Road et surtout une confrontation bas fond du monde (Hole) et ville utopique (ou presque) qui rappel la dualité entre Zalem et Kuzutetsu dans Gunnm avec des décors se rapprochant d'avantage du style de Tsutomu Nihei dans Blame. Ce qui est fort, et je le disais au début, c'est que malgré tous les genres que l'auteure met en scène, il y a une limpidité dans le déroulement du récit qui est à marquer d'une pierre blanche. Sans déconner, c'est plutôt difficile de définir quel genre caractérise Dorohedoro, c'est une gigantesque aventure, dans un monde underground, saupoudré de Science fiction, d'éléments cyberpunk, d'une très grosse touche d'horreur et d'humour, de recette gastronomique (si si), d'un traitement psychologique hors norme, en montant le tout comme une véritable enquête, rondement menée où l'auteure va distiller des éléments, des indices sous différentes formes sur l'ensemble des 15 tomes, suffisamment pour ne pas trop en dévoiler et laisser le lecteur résoudre le mystère qui plane autour de cet univers en même temps que les personnages, il m'est arrivé par exemple plusieurs fois, de relire certains passages des précédents tomes qui comportaient d'importants éléments que j'avais zappé la première fois! On a donc deux premiers tomes qui pour moi, peuvent en rebuter plus d'un puisqu'ils nous plongent directement dans cet univers atypique aux codes et événements uniques en leur genre, qui peuvent sembler au premier abord disposés en bric à brac, sans cohérence, ni lien narratif. Mais alors ce serait une erreur monumentale de s’arrêter à ce genre de ressenti, puisque on s'aperçois très vite que ce gros bordel forme un tout ultra cohérent qui définit tout l'univers ultra riche mit en place par l'auteure, toute cette étrangeté devient fascination, et j'ai été complètement absorbé par cette ville de hole et du monde des mages, peut-être mon univers préféré, tous supports confondus. Et pourtant, aussi géniale que parfaitement timbré, Kyu Hayashida parsème son film de moments plus calmes, plus posés, plus intimistes, beaucoup plus drôle, qui font que ces bargos qui te découpent un corps en deux avec un marteau ou t'arrache le ventre avec un coup de pied deviennent super attachants, ce qui fait que même les plus ignobles d'entres eux (ultra charismatiques au passage) arrivent à nous faire ressentir de l'empathie, impossible de prendre le partis pris d'un des deux camps (mages et humains), chaque personnage cache quelque chose, un petit truc, parfois trois fois rien hein (voir la relation juste énorme entre En et Kikurage qui résume parfaitement ce que je veux dire) et c'est peu être la plus grand force de l'oeuvre, cette harmonie entre douleur, larme, chaos, sadisme et moments intimistes, drôles, naïfs et émouvants. Dorohedoro c'est ça, 1000000 sentiments qui te parcourent l'esprit et ne te quitte jamais durant 15 tomes!!! Juste un dernier mot sur le caractère visuel de l'oeuvre, qui pour moi, se rapproche énormément du traitement visuel d'auteur comme Shinya Tsukamoto (Tetsuo), il y a une dimension organique et métallique (très présente dans Maken X) qui est au cœur de l'oeuvre, les corps s'entrechoquent, fusionnent, se transforment, se font engloutir par les décors, les bâtiments, gigantesques http://www.mangareader.net/dorohedoro/6/63 , semblent parfois ne faire qu'uns avec les personnages, il y a un distorsion des corps, du temps et de l'espace vraiment fascinante, et quand je vois l'espèce de chose dans le tome 15, je suis sûr que ce caractère organique va prendre encore plus d'ampleur par la suite. Voilà, Dorohedoro c'est le plus beau manga du monde, les tomes 10 et la fin du 11 sont à ce titres de pur moments où toutes les émotions accumulés jusqu'alors, explosent dans un bain de larmes qui te font définitivement dire que t'es en face du manga le plus incroyable qui soit.

En bref

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