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Critique de Je n'ai rien oublié

par Le Doc le ven. 3 avril 2015 Staff

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Un recueil, quatre contes, quatres atmosphères différentes...

Rouge Sang : Un jour, un troupeau d'oies tombe du ciel et se fracasse sur le toit d'une maison. La famille qui y habite, un couple et ses trois enfants, découvre alors un spectacle morbide : sous l'effet de l'impact, leur toit s'est teinté du rouge le plus sanguinolant qu'ils aient jamais vu. Le père décide de jeter les cadavres d'oies à la poubelle, alors que ses fils préfèrent leur donner une sépulture. Ils ne faudraient quand même pas qu'elles reviennent se venger de cet affront sous la forme de zombies...
"Rouge Sang" respire le récit semi-autobiographique (même si je me trompe peut-être, ne connaissant évidemment pas le background familial de Ryan Andrews). Mais il y a une telle véracité qui se dégage de ces rapports familiaux, de cette représentation de la figure paternelle, de cette amusante discussion entre frangins suivie d'une virée nocturne qui représente pour eux une véritable transgression des ordres de leur père.
Dans cet album, on trouve très peu de couleurs. L'auteur cisèle de très belles pages grâce au noir et blanc, et il rajoute ici bien entendu du rouge...beaucoup de rouge...pour accentuer l'horreur du début aux yeux des enfants, avant que cette couleur ne prenne une connotation plus symbolique dans les dernières pages.

Je n'ai rien oublié : Un petit garçon accablé de tristesse après la mort de son père se réfugie dans la forêt qui borde sa maison et se perd. Apeuré, il découvre que d'étranges créatures y vivent et ne sortent qu'à la nuit tombée...
"Je n'ai rien oublié" est une histoire sans paroles. Exercice difficile, puisqu'il exige de faire passer l'émotion sans passer par les mots, de contrôler la narration pour retenir l'attention du lecteur et le sensibiliser à cette proposition. Choses que Ryan Andrews réussit joliment ici. Une douce mélancolie se dégage de ce récit, une tristesse palpable, et l'alchimie entre l'élément dramatique et la touche fantastique apportée par la surréaliste vision des ces monstres vivant dans la forêt est subtilement dosée.
C'est très beau...et c'est le conte que j'ai préféré dans cet album.

Le Tunnel : Un homme découvre par hasard un tunnel dans sa salle de bains. Poussé par sa curiosité, il s'y engouffre...
Dans cette troisième historiette aux dessins un peu moins maîtrisés que les deux précédentes (il s'agit peut-être d'un travail antérieur), Ryan Andrews s'amuse à développer une patine très "Quatrième Dimension", chute à l'avenant. Le muet est encore de rigueur (le scénario ne se prêtant d'ailleurs pas particulièrement aux dialogues), l'artiste se concentrant plus ici sur l'ambiance horrifique de cette progression dans un tunnel qui va se révéler de plus en plus curieuse...

Sarah et la petite graine : Sarah et Aaron ont toujours voulu avoir beaucoup d'enfants. Mais la nature a joué un sale tour à Sarah...elle est stérile.
Pourtant, de nombreuses années plus tard, alors qu'ils sont devenus bien vieux, Sarah tombe enceinte. Elle donne naissance...à une graine.
De ce pitch un petit peu incongru, Ryan Andrews accouche (oui, je n'ai pas pu m'en empêcher) d'un conte très touchant et plein de poésie.
Ces deux petits vieux débordent d'amour l'un pour l'autre et les réactions d'Aaron face à ce qui arrive à sa femme, de l'amusement à l'étonnement en passant par l'agacement, sont assez croustillantes.
Pas besoin d'explication rationnelle, il ne peut pas y en avoir de toute façon...et la magie opère.

Ces quatre histoires courtes sont d'abord parues sur la toile ("Rouge Sang" et "Sarah et la petite graine" ont même reçues une nomination pour un Eisner Award) avant d'être compilées sur papier. Première incursions de l'auteur dans l'art séquentiel, elles permettent de se faire une belle idée de l'univers de Ryan Andrews, également illustrateur de couvertures de livres et designer dans l'animation, avant le graphic novel sur lequel il travaille actuellement.
Un auteur à suivre en ce qui me concerne...

En bref

Un recueil, quatre contes, quatres atmosphères différentes... Rouge Sang : Un jour, un troupeau d'oies tombe du ciel et se fracasse sur le toit d'une maison. La famille qui y habite, un couple et ses trois enfants, découvre alors un spectacle morbide : sous l'effet de l'impact, leur toit s'est teinté du rouge le plus sanguinolant qu'ils aient jamais vu. Le père décide de jeter les cadavres d'oies à la poubelle, alors que ses fils préfèrent leur donner une sépulture. Ils ne faudraient quand même pas qu'elles reviennent se venger de cet affront sous la forme de zombies... "Rouge Sang" respire le récit semi-autobiographique (même si je me trompe peut-être, ne connaissant évidemment pas le background familial de Ryan Andrews). Mais il y a une telle véracité qui se dégage de ces rapports familiaux, de cette représentation de la figure paternelle, de cette amusante discussion entre frangins suivie d'une virée nocturne qui représente pour eux une véritable transgression des ordres de leur père. Dans cet album, on trouve très peu de couleurs. L'auteur cisèle de très belles pages grâce au noir et blanc, et il rajoute ici bien entendu du rouge...beaucoup de rouge...pour accentuer l'horreur du début aux yeux des enfants, avant que cette couleur ne prenne une connotation plus symbolique dans les dernières pages. Je n'ai rien oublié : Un petit garçon accablé de tristesse après la mort de son père se réfugie dans la forêt qui borde sa maison et se perd. Apeuré, il découvre que d'étranges créatures y vivent et ne sortent qu'à la nuit tombée... "Je n'ai rien oublié" est une histoire sans paroles. Exercice difficile, puisqu'il exige de faire passer l'émotion sans passer par les mots, de contrôler la narration pour retenir l'attention du lecteur et le sensibiliser à cette proposition. Choses que Ryan Andrews réussit joliment ici. Une douce mélancolie se dégage de ce récit, une tristesse palpable, et l'alchimie entre l'élément dramatique et la touche fantastique apportée par la surréaliste vision des ces monstres vivant dans la forêt est subtilement dosée. C'est très beau...et c'est le conte que j'ai préféré dans cet album. Le Tunnel : Un homme découvre par hasard un tunnel dans sa salle de bains. Poussé par sa curiosité, il s'y engouffre... Dans cette troisième historiette aux dessins un peu moins maîtrisés que les deux précédentes (il s'agit peut-être d'un travail antérieur), Ryan Andrews s'amuse à développer une patine très "Quatrième Dimension", chute à l'avenant. Le muet est encore de rigueur (le scénario ne se prêtant d'ailleurs pas particulièrement aux dialogues), l'artiste se concentrant plus ici sur l'ambiance horrifique de cette progression dans un tunnel qui va se révéler de plus en plus curieuse... Sarah et la petite graine : Sarah et Aaron ont toujours voulu avoir beaucoup d'enfants. Mais la nature a joué un sale tour à Sarah...elle est stérile. Pourtant, de nombreuses années plus tard, alors qu'ils sont devenus bien vieux, Sarah tombe enceinte. Elle donne naissance...à une graine. De ce pitch un petit peu incongru, Ryan Andrews accouche (oui, je n'ai pas pu m'en empêcher) d'un conte très touchant et plein de poésie. Ces deux petits vieux débordent d'amour l'un pour l'autre et les réactions d'Aaron face à ce qui arrive à sa femme, de l'amusement à l'étonnement en passant par l'agacement, sont assez croustillantes. Pas besoin d'explication rationnelle, il ne peut pas y en avoir de toute façon...et la magie opère. Ces quatre histoires courtes sont d'abord parues sur la toile ("Rouge Sang" et "Sarah et la petite graine" ont même reçues une nomination pour un Eisner Award) avant d'être compilées sur papier. Première incursions de l'auteur dans l'art séquentiel, elles permettent de se faire une belle idée de l'univers de Ryan Andrews, également illustrateur de couvertures de livres et designer dans l'animation, avant le graphic novel sur lequel il travaille actuellement. Un auteur à suivre en ce qui me concerne...

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