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Critique de Nowhere Men #1

par Jack! le sam. 13 juin 2015 Staff

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Il est rare qu'un comic-book moderne me tombe entre les pattes sans que je sache de quoi il s'agit. C'est donc avec une certaine fébrilité que j'ai découvert le premier recueil massif de Nowhere Men, fruit du travail toujours impeccable des éditions Delcourt.
A l'intérieur, de jolis dessins, expressifs et colorés, dans la veine des jeunes artistes qui ont fait leurs classes chez Robert Kirkman (Invincible, Brit, etc.). Quant au scénario, il est signé par Eric Stephenson, plus connu pour son travail exemplaire en tant que rédacteur en chef d'Image Comics mais dont on dit qu'il digère tout aussi bien ce qu'il édite que ce qu'il lit. Verdict ?

Nowhere Men démarre sur la base d'un ''Et si...'' (célèbre postulat des récits de Science-Fiction) où la science aurait supplanté le Rock'N Roll à l’orée des années 60. A la place de la Beatle-mania, la jeunesse s'est rassemblée autour de World Corp., une corporation fondée par quatre stars de la science : le sage Emerson Strange, le consciencieux Dade Ellis, l'ambitieux Simon Grimshaw et le déjanté Thomas Walker (les ''pendants'' de Ringo Star, Paul McCartney, George Harrison et John Lennon). Quelques années plus tard, le rêve s'est brisé. Le dernier projet en date de World Corp., aujourd'hui dirigé par son unique membre, Emerson Strange, menace de s'écraser sur Terre. Mais il y a pire, les membres à l'intérieur du mystérieux satellite souffrent de mutations venues de "nulle part".

Globalement, on pourrait presque voir, en Nowhere Men, l'ambition de Stephenson de faire son Watchmen à lui (comprendre une œuvre complexe dans la forme et pointue dans la narration s'étalant sur plusieurs époques). La seule différence, c'est que l'auteur s'inspire de la culture bariolée des années 60 (années où apparaissent les ''Quatre Fantastique'' et les Beatles auxquels la série ne manque pas de faire référence) et de la phénoménale British Invasion* qui marque l'avènement de la contre-culture (de l'acceptation du différent comme son égal en somme) pour se démarquer de l'esprit "terre-à-terre" de l'œuvre maitresse. La seule exception dans Watchmen était le surhomme Docteur Manhattan dont la célèbre renaissance atomique est ici réinterprétée par Nate Bellegarde sur les membres de l'équipage. L'artiste s'amuse à remodeler les corps, préparant, presque chirurgicalement, les nouveaux monstres de la science (non sans rappeler le célèbre quatuor de Stan Lee et Jack Kirby) aux menaces à venir.

En bon élève de Moore, Stephenson agrémente ainsi son récit de "suppléments. Ils font même partie intégrante de l'intrigue, introduisant de nouveaux personnages au détour d'une interview, des odjets importants (Nigel) par le biais de pubs ou en s'étendant sur la rupture entre les quatre génies à l'occasion de plusieurs chapitres d'un livre fictif sur la création de World Corp. Rien n'est laissé au hasard.
En de rares occasions, ces suppléments s’avèrent légèrement intrusif et cassent la fluidité du récit. C'est le cas par exemple des deux derniers chapitres où on se demande presque si Stephenson ne multiplie pas les fac-similés pour laisser le temps à l'artiste de boucler dans les temps. Rien de trop grave cependant. Ce surplus confère à l'histoire une richesse supplémentaire, démontrant le souci de l'auteur d'offrir un univers abouti et cohérent qui différencie Nowhere Men des autres titres. Une différence justifiée par Delcourt (ou Image) dans la compilation de la série sous la forme d'un objet imposant, le distinguant du reste de la production par la même occasion.

Bref, Nowhere Men est une œuvre accomplie. C'est le but que s'était fixé l'auteur en regardant vers l'œuvre de Moore mais les similitudes s’arrêtent là. Ce n'est d'ailleurs pas la seule chose qui s’arrête là, malheureusement, car les Nowhere Men n'iront nulle part pour le moment. En état de choc depuis les attentats de Boston, l'artiste Nate Bellegarde n'a plus produit une seule page de la série dont le 7ème numéro est toujours attendu depuis janvier 2014. Difficile de conseiller ce premier volume à un néophyte.
Il n’empêche que Nowhere Men est une bouffée de fraicheur, une histoire riche, imaginative et singulière, ironiquement saturée de pubs fictives à une époque où la tendance est à la promotion abusive. Les inconditionnels des productions Image Comics, en manque du nouveau Manhattan Projects ou du dernier Black Science, devraient facilement y trouver leur compte. En espérant que le succès (mérité) soit au rendez-vous et que Delcourt nous présente très bientôt They're Not Like Us** du même auteur.

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*L'Invasion British se fera aussi dans le milieu des comics avec l'arrivée sur le marché américain d'auteurs comme Alan Moore (encore lui), Grant Morrison ou encore Warren Ellis.

** Il s'agit apparemment de l'hommage d'Eric Stephenson aux X-Men. Là- encore, l'auteur s'amuserait sur la forme en évitant, cette fois-ci, toutes formes de parasitages intermédiaires, la couverture faisant office de première page. Cette mini-série en 6 numéros est illustrée par Simon Gane.

En bref

Nowhere Men est une œuvre accomplie. C'est le but que s'était fixé l'auteur en regardant vers l'œuvre de Moore. C'est est une bouffée de fraicheur, une histoire riche, imaginative et singulière, ironiquement saturée de pubs fictives à une époque où la tendance est à la promotion abusive. Les inconditionnels des productions Image Comics, en manque du nouveau Manhattan Projects ou du dernier Black Science, devraient facilement y trouver leur compte. En espérant que le succès (mérité) soit au rendez-vous et que Delcourt nous présente très bientôt They're Not Like Us** du même auteur.

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