10
Critique de Golgoth, Le Dernier Empereur #1
par Jack! le lun. 14 déc. 2015 Staff
Hail (aïe ?) Golgoth !
C’est avec un plaisir non-dissimulé que nous découvrons ces jours-ci Golgoth, le Dernier Empereur, la (petite) arlésienne de Mark Waid et Barry Kitson qui a connu un parcours pour le moins tumultueux.
De fait, la série fut auto-publiée au début des années 2000 à travers l’éphémère Gorilla (matériel traduit par le défunt Semic en France), avant d’atterrir en 2003 chez DC Comics, le temps d’une mini-série en 8 numéros. Il faudra finalement patienter une dizaine d'années avant que les deux auteurs ne se retrouvent sous le label digital Thrillbent, réveillant l’intérêt du milieu pour une œuvre particulière sur le C.V. des deux auteurs.
Pour la petite histoire, Golgoth (sorte de Fatalis en moins ringard) est l’empereur auto-proclamé de la planète Terre - vaste toile de fond des turpitudes de l'Empire - que le lecteur découvre à travers les yeux de différents proches/collaborateurs/victimes (parfois les trois à la fois, c’est dire s'il ne faut pas le chatouiller). Chaque épisode développe un nouveau point d'entrée pour le lecteur, soit à travers les yeux d'un de ses alliés, tout aussi cruel que son maître, ou à travers ceux de ses rivaux/subalternes qui finissent un peu tous de la même manière (c'est-à-dire atomisés après avoir mis en exergue l’intransigeance du despote).
Vous l'aurez compris, la série s’intéresse aux petites guerres intestines qui rongent le pouvoir de Golgoth, parfois trop occupé à protéger son innocente fille pour surveiller ce qui se passe derrière son dos. Si on devait résumer grossièrement la saga, ce serait avec les termes "Soap Opera de la vilainie" qui entraînent leur lot de désillusions, de compromis, de corrompus et de trahisons ; rien qui ne dépayse les lecteurs de "Irrécupérable".
Et pour cause, cette ‘‘arlésienne’’ se situe à un juste tournant non seulement dans la carrière de Mark Waid (inaugurant sa première incursion dans l’indépendantisme avant qu’il ne soit sacré rédacteur en chef de Boom ! Studios) mais aussi en termes d’époque, la fin des années 90 marquant le début de l'âge post-moderniste porté par un Warren Ellis très inspiré (sa production Stormwatch/Authority marquera durablement l'industrie).
Waid emprunte d'ailleurs certaines marottes au scénariste britannique comme la pro-activité des surhommes ; la moralité ambiguë (et c'est pas peu dire) ; le développement sociétal dû à la technologie de pointe, voire de science-fiction ; et le contrôle de l'information ; des thèmes qu'il allie à son habituelle écriture sans temps-mort et à une caractérisation fouillée.
En somme, le titre fait la bascule entre les expérimentations post-Wildstorm et la réflexion sans-contrainte qu'entreprit ensuite Mark Waid à travers ses productions indépendantes, « Irrécupérable » et « Insufferable » en tête, sous le couvert d'un narrateur graphique hors-pair : Barry Kitson.
Golgoth, le Dernier Empereur est l'un des projets le plus abouti de Mark Waid et Barry Kitson. Il est le témoin de la maturation artistique des deux compères sur presque quinze ans et bénéficie d'ailleurs grandement de cet apport du temps. Car malgré quelques impondérables (notamment au niveau de l'encrage ou d'intrigues résolues un peu abruptement), le récit ne cesse de gagner en intensité, tellement que le lecteur n'a d'autre choix que de prendre parti pour le détestable dictateur. Avec un tel niveau d'exigence, on se plaît à rêver l'avenir de l'Empire.
Et on n’aura pas à rêver bien longtemps puisque Delcourt a eu la bonne idée de rendre officielle la sortie d'un second tome pour l'année 2016 en conclusion d'une jolie galerie de bonus en tout genre (Golgoth 2 reprendra le travail dit moderne des deux auteurs publié sous Thrillbent à partir de 2011).
Que vive Golgoth !
En bref
Que vive Golgoth !
10
Qu'avez-vous pensé de cette critique ? 0 0









Laissez un commentaire
Commentaires (0)