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Critique de Daredevil - Redemption

par bulgroz le sam. 7 mai 2016 Staff

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Parue à l'origine en 2005, Daredevil Redemption, est un one shot qui rompt habilement avec l'univers "classique" de l'avocat-justicier.
2005, c'est également l'année durant laquelle l'excellent travail de Bendis sur Daredevil touche à sa fin.
Redemption prend le parti très intelligent de n'empiéter d'aucune manière sur la série de Bendis, tant au niveau de l'histoire (une enquête judiciaire dans la plus pure tradition polar) qu'un niveau de sa localisation géographique, puisque l'action se déroule non pas à Hell's Kitchen mais dans l'Alabama.
Les deux œuvres sont donc très différentes l'une de l'autre, David Hine, au scénario, n'a évidemment aucunement l'intention de rivaliser avec Brian M. Bendis, bien au contraire, il nous propose une histoire complémentaire et indépendante. Un parti pris intelligent et plutôt habile.

L'intrigue, inspirée d'un fait réel, se situe donc dans une petite ville d'Alabama. La préface nous rappelle avec justesse à quel point l'industrie cinématographique et littéraire aime à voir le Sud des États-Unis aux prises avec des histoires criminelles, où le sordide le dispute au glauque. En ce sens, la superbe première saison de la série TV True Detective en est un parfait exemple.
C'est ce genre d'ambiance que l'on retrouvera dans Daredevil Redemption.

Matt Murdock est ce qu'on peut appeler un New-Yorkais "pure souche". Né dans le quartier de Hell's Kitchen qu'il n'a quasiment jamais quitté, il se retrouve ici propulsé dans le Sud profond du pays.
Autant dire que la si la "grosse pomme", traditionnellement démocrate, bénéficie d'une réputation d'ouverture et de tolérance grâce aux vagues migratoires qui, depuis presque quatre siècles ont façonné une ville cosmopolite et progressiste, l'Alabama, c'est tout le contraire : un état rural très conservateur, dans lequel une partie de la population n'a toujours pas digéré le fait que les afro-américains aient acquis le droit de vote en 1965. La constitution de l'État stipule, encore aujourd'hui que « des établissements scolaires distincts doivent être fournis pour les enfants blancs et les enfants noirs, et aucun enfant de l'une de ces deux races ne doit être autorisé à aller dans un établissement réservé à l'autre », si ce point n'est heureusement plus appliqué, les députés – majoritairement blancs évidemment - ont dû "oublier" d'abroger cette loi.
Daredevil Redemption est plus qu'une simple histoire policière, c'est aussi la confrontation de deux Amérique, et autant vous le dire tout de suite, les Alabamiens en prennent plein la tronche : « On parle de l'Alabama, pas de New-York. Ils appliquent la peine de mort là-bas » (Daredevil Redemption).
On peut parfois trouver la description de l'Alabama un peu forcée, les habitants sont présentés ainsi : catholiques fanatiques, fachos, consanguins, pédophiles… Alors que Murdock, lui, semble le seul être fréquentable. Évidemment, il vient de la ville, il va civiliser deux ou trois bouseux.
Une vision un peu méprisante tout de même...

En guise d'accompagnement musical, on évitera le très connu « Sweet Home Alabama », du très à droite groupe Lynyrd Skynyrd, mais plutôt les deux morceaux de Neil Young en réaction desquels « Sweet Home » a été composé : « Southern Man » et « Alabama », deux chansons dénonçant le racisme dans cet état.

Matt Murdock se rend donc dans l'Alabama afin de défendre un jeune homme accusé du meurtre d'un petit garçon, meurtre que la population et la police locale lient aux activités "satanistes" de l'accusé, qui, il est vrai, aime écouter du métal avec ses potes dans une église abandonnée. Tout le monde fait ça, nan ? En Alabama, autant dire que c'est du suicide. Une scène est particulièrement frappante : à l'intérieur d'une église, les paroissiens réalisent un autodafé sous les vociférations du curé, présentant les comics comme « des œuvres de Satan », de la part de ce type de personnage j'imagine que nous devons tous prendre ça comme un compliment. Soyons satanistes, lisons des BD !
Le procès à donc l'air plutôt mal engagé, toutes les preuves concordent apparemment, et elles sont évidemment à charge. La scène du procès est très bien amenée, elle occupe une bonne partie du comic, amateurs.trices de séries judiciaires, foncez !

Côté dessin, on retrouve Michael Gaydos qui avait fait un excellent travail avec Bendis sur Alias (Jessica Jones). Son dessin tout en contrastes convient particulièrement bien à Daredevil Redemption, la composition des planches et la disposition un peu old-school des cases (tailles très régulières, des gaufriers de trois cases par deux) contribuent à faire de l'histoire un récit linaire (à lire d'une traite !). Les planches disposent de marges très épaisses : un premier cadre blanc, puis un second, noir, ce qui donne un effet très "massif" aux pages, on choisirait la même maquette pour un faire-part de décès… Ce qui correspond tout à fait avec l'ambiance de l’œuvre.

Un comic-book que les auteurs auraient pu choisir de titrer « Matt Murdock Redemption » tant Daredevil est absent du récit. En effet, ici pas de castagne, pas d'acrobaties, pas d'usage intensif de super-pouvoirs, il s'agit d'une série essentiellement basée sur le côté diurne et judiciaire du héros. Ce qui en fait, comme je le disais plus haut, un récit tout à fait indépendant et complémentaire des autres, celui de Bendis notamment.

Il me reste encore une interrogation après la lecture, celle de la peine de mort. Le scénariste, David Hine, est britannique, il critique la peine capitale lorsqu'elle implique le fait pour l'accusé d'être branché sur secteur, mais semble la trouver plus "supportable" lorsque la mort est donnée par injection… Un double discours ambigu qui, personnellement me dérange. Il me faudrait une seconde lecture.

En bref

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