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Critique de Le Premier Meurtre

par Jack! le mar. 6 sept. 2016 Staff

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Après « L'étrange vie de Nobody Owens » volume 1 & 2, l'éditeur Delcourt poursuit l'adaptation des travaux de l'artiste Philip Craig Russell sur le sol français avec une réédition de « Le Premier Meurtre » (paru auparavant sous le titre « Les Mystères du Meurtre » chez Semic).

Toujours très inspiré par l'œuvre de son ami Neil Gaiman - œuvre dont il a tiré de nombreuses adaptations dont les Nobody Owens (2013) cités ci-dessus mais aussi « Sandman : les chasseurs de rêve » et « Coraline » (2008) - l'artiste réinterprète en image le récit « Murder Mysteries » (1996) à partir de deux versions : l'originale, une Nouvelle publiée dans le recueil « Miroirs et Fumée », et l'adaptation radiophonique diffusée en 2000 sur les ondes.

Après le Verbe, « Le Premier Meurtre » raconte l'enquête de Raguel, l'ange de la vengeance et nouveau né, chargé par Dieu de découvrir qui est responsable d'avoir versé le premier sang au Paradis. Ce récit générique est enchâssé dans une seconde histoire, celle d'un jeune anglais mal à l'aise qui, bloqué à Los Angels (''la ville où même les Anges chutent''), se voit raconter le premier meurtre par un Raguel vieillissant.

Artiste et narrateur soucieux, P. Craig Russell fait avancer le récit dans une forme de virginité stylistique, autant lorsqu'il applique les règles élémentaires du polar (séances d'interrogatoires ; apparition d'un coupable idéale, soupçonné par le lecteur du fait de son destin biblique ; regroupement final autour de l'enquêteur, à l'instar des récits policiers d'Agatha Christie, etc.) que lorsqu'il déploie les symboles de la création. Le lecteur suit alors l'enquête de Raguel tout en assistant à la naissance de l'univers, à la création des sentiments, à celle de l'ordre et du chaos et même de l'injustice qui se jouent en arrière fond. Cette naissance informe, pour ceux qui ont lu le livre, le dernier meurtre.

Chez Gaiman, on est dans l'essence d'une histoire ; une essence qui donne naissance à toutes les autres histoires (c'est une des marottes de l'auteur britannique que l'on retrouve notamment chez les fratricides Caïn & Abel dans « Sandman » par exemple). Cette ''virginité essentielle'', pour réutiliser deux termes utilisés plus tôt, P. Craig Russell lui rend sa juste mesure dans une adaptation appliquée, réfléchie, avec son style graphique limpide et charmeur, majestueux et sans fioriture, flatté par la palette éclatante de son partenaire régulier, le coloriste Lovern Kindzierski (dont on regrettera qu'il ne soit pas cité sur la couverture).

Et pour se rendre compte de cette maestria graphique, Delcourt propose avec cette réédition un document supplémentaire (presque 1/3 de l'ouvrage !) où l'artiste P. Craig Russell revient sur la conception de « Le Premier Meurtre ». Je dis souvent que l'éditeur français Urban Comics se démarque de ses pairs en proposant sur le marché des objets de luxe, soigné, de référence, sans avoir à passer par la case réédition à tout bout de champ (un peu comme le fut le Watchmen de Delcourt à une certaine époque). « Le Premier Meurtre » de Delcourt est clairement de ceux-là.

À lire ou relire ou racheter absolument.

En bref

Après « L'étrange vie de Nobody Owens » volume 1 & 2, l'éditeur Delcourt poursuit l'adaptation des travaux de l'artiste Philip Craig Russell sur le sol français avec une réédition de « Le Premier Meurtre » (paru auparavant sous le titre « Les Mystères du Meurtre » chez Semic). Toujours très inspiré par l'œuvre de son ami Neil Gaiman - œuvre dont il a tiré de nombreuses adaptations dont les Nobody Owens (2013) cités ci-dessus mais aussi « Sandman : les chasseurs de rêve » et « Coraline » (2008) - l'artiste réinterprète en image le récit « Murder Mysteries » (1996) à partir de deux versions : l'originale, une Nouvelle publiée dans le recueil « Miroirs et Fumée », et l'adaptation radiophonique diffusée en 2000 sur les ondes. Après le Verbe, « Le Premier Meurtre » raconte l'enquête de Raguel, l'ange de la vengeance et nouveau né, chargé par Dieu de découvrir qui est responsable d'avoir versé le premier sang au Paradis. Ce récit générique est enchâssé dans une seconde histoire, celle d'un jeune anglais mal à l'aise qui, bloqué à Los Angels (''la ville où même les Anges chutent''), se voit raconter le premier meurtre par un Raguel vieillissant. Artiste et narrateur soucieux, P. Craig Russell fait avancer le récit dans une forme de virginité stylistique, autant lorsqu'il applique les règles élémentaires du polar (séances d'interrogatoires ; apparition d'un coupable idéale, soupçonné par le lecteur du fait de son destin biblique ; regroupement final autour de l'enquêteur, à l'instar des récits policiers d'Agatha Christie, etc.) que lorsqu'il déploie les symboles de la création. Le lecteur suit alors l'enquête de Raguel tout en assistant à la naissance de l'univers, à la création des sentiments, à celle de l'ordre et du chaos et même de l'injustice qui se jouent en arrière fond. Cette naissance informe, pour ceux qui ont lu le livre, le dernier meurtre. Chez Gaiman, on est dans l'essence d'une histoire ; une essence qui donne naissance à toutes les autres histoires (c'est une des marottes de l'auteur britannique que l'on retrouve notamment chez les fratricides Caïn & Abel dans « Sandman » par exemple). Cette ''virginité essentielle'', pour réutiliser deux termes utilisés plus tôt, P. Craig Russell lui rend sa juste mesure dans une adaptation appliquée, réfléchie, avec son style graphique limpide et charmeur, majestueux et sans fioriture, flatté par la palette éclatante de son partenaire régulier, le coloriste Lovern Kindzierski (dont on regrettera qu'il ne soit pas cité sur la couverture). Et pour se rendre compte de cette maestria graphique, Delcourt propose avec cette réédition un document supplémentaire (presque 1/3 de l'ouvrage !) où l'artiste P. Craig Russell revient sur la conception de « Le Premier Meurtre ». Je dis souvent que l'éditeur français Urban Comics se démarque de ses pairs en proposant sur le marché des objets de luxe, soigné, de référence, sans avoir à passer par la case réédition à tout bout de champ (un peu comme le fut le Watchmen de Delcourt à une certaine époque). « Le Premier Meurtre » de Delcourt est clairement de ceux-là. À lire ou relire ou racheter absolument.

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