DOCTEUR STRANGE : Les Grands Moments - Histoires Étranges de Peter B. Gillis

Dans ce deuxième chapitre consacré au Docteur Strange, Photonik s'intéresse à un période peu connue du personnage: celle du scénariste Peter B. Gillis.

Peter B. Gillis est loin d'être le scénariste le plus populaire de l'histoire des comics (sans compter qu'il semble avoir disparu des radars depuis un moment maintenant), c'est rien de le dire ; dommage parce qu'il est loin d'être manchot, comme le prouve son passage sur divers titres (Strikeforce Morituri, peut-être son titre de gloire le plus fameux, mais aussi le bizarroïde Shatter, tentative précoce et inaboutie de "comics digital", pour sa conception ; il a aussi écrit The Micronauts : The New Voyages, un peu avant, et même du Captain America) dont quelques-uns consacrés à Docteur Strange.
En effet, s'il n'est finalement resté que trois ans (grosso modo) sur le personnage, ce qui n'est déjà pas si mal, il aura l'opportunité d'écrire pas moins de trois titres différents consacrés à Stephen Strange et ses tribulations.

Il aura même auparavant approché le personnage de près en écrivant les aventures des Défenseurs (ou plus exactement à l'époque, The New Defenders), groupe ou anti-groupe de héros fondé par le Doc en personne. Il co-écrit le titre avec l'un des scénaristes historiques du titre, Jean-Marc DeMatteis, un de ceux (avec Steve Gerber) qui auront le plus profondément impacté le titre, puis assure le job seul. On peut lire de tout sur ce run ; pour certains, c'est une des meilleurs périodes du titre, pour d'autres, une calamité sans nom. A l'époque, les Défenseurs "canal historique" (Namor, Hulk, le Surfer, et le Doc, donc) ont déserté les pages de la série ; le groupe est composé de seconds couteaux et de trois membres fondateurs des X-Men (le Fauve, Iceberg et Angel), dernier argument commercial du titre. Lorsque ceux-ci sont réquisitionnés par Jim Shooter pour fonder X-Factor, le titre qui se vendait déjà mal est condamné, et Gillis offre aux personnages restants un final à la Doom Patrol première manière (en gros : tout le monde y passe, en affrontant Dragon-Lune, ancienne membre du groupe devenue folle, dans un récit qui annonce le futur Onslaught à bien des égards).
Le titre est devenu si peu important aux yeux de Marvel que cet épisode final est en fait un vulgaire tie-in de Secret Wars II, le caprice de Jim Shooter. Le Beyonder, omnipotent mais surtout omniprésent à l'époque, joue donc son rôle dans cette épitaphe...

Gillis n'a pas de chance, car il est "transféré" sur un autre titre en perte de vitesse, à savoir Doctor Strange vol. 2. Il prend pourtant la relève de Roger Stern, auteur d'un des runs les plus révérés sur le personnage ; mais les années 70 sont loin, et le Maître des Arts Mystiques Docteur Strange est peut-être moins adapté aux très matérialistes années 80...
Gillis ne démérite pourtant pas, et comme il l'a déjà fait sur New Defenders, il introduit des nouveaux concepts à tour de bras. Un gage de générosité, même si Gillis ne pond pas toujours des personnages inoubliables (qui se souvient de The Interloper ou de Manslaughter des Nouveaux Défenseurs ?). Ainsi, aux dernières heures du titre dont il a la charge, Gillis (qui pense avoir le temps de dérouler un récit au long cours) entame une histoire où le titre de Sorcier Suprême est disputé à Strange par un sorcier extra-terrestre particulièrement coriace, Urthona (dont le nom est une référence à William Blake). A l'occasion de cette saga, Gillis invente Rintrah, sorte de Minotaure extra-dimensionnel et futur disciple de Strange, Enitharmon (une autre référence à Blake) le Tisserand, mage et premier Maître de Rintrah, qui répare le manteau de lévitation endommagé de Strange, et utilise aussi Topaze, une sorcière / empathe apparue dans les pages de Werewolf by Night, le titre mettant en scène Jack Russell, le loup-garou de Marvel...sans oublier Sara Wolfe et Imei Chang, le "love interest" de Wong.
Un casting de personnages secondaires varié et savoureux ; c'est indéniablement l'un des atouts du passage de Gillis, qui n'a pas fini de nous surprendre en la matière.

A l'occasion de Doctor Strange vol. 2 81, Gillis précipite un peu les événements, car le titre s'arrête là ; Urthona est vaincu par Strange. Laissant son adversaire proprement sidéré, Strange commet l'irréparable en détruisant tous ses talismans tombés aux mains d'Urthona, afin de sauver ses amis et de battre son rival. L'univers, Strange le réalise bien vite, va de nouveau être à la merci des nombreux adversaires du Docteur (et de son Maître, feu l'Ancien), puisqu'ils ne sont plus tenus à l'écart par les enchantements des talismans perdus...

Une très bonne saga, sans compter que Gillis est épaulé par le plutôt doué Chris Warner (lui aussi plutôt méconnu du public).
C'est le même tandem artistique qui est sollicité pour la énième tentative de relance du personnage. En désespoir de cause, Marvel réactive le concept des Strange Tales de la grande époque, en "splittant" le titre en deux parties, l'une étant consacrée à Cloak and Dagger, la Cape et l'Epée, des justiciers urbains vaguement mystiques dont les apparitions ne sont pas sans annoncer un peu l'ambiance typique d'un titre comme Spawn, quelques années plus tard ; c'est Bill Mantlo qui a la charge de cette "moitié de titre".
L'autre moitié de la revue est consacré au Doc Strange, donc. Pour l'occasion, le Doc retrouve le rythme particulier de ces récits de 10 à 12 pages, comme à la grande époque de Steve Ditko. Ce rythme induit un type de narration particulier, plus dense d'une certaine manière (car du coup on a droit à un cliffhanger toutes les dix pages, en gros). Tout ça confère une sorte de vitalité particulière aux scripts de Gillis, qui opte pour un récit au long cours (une option qui semble avoir sa préférence).
Les 19 épisodes de Strange Tales vol. 2 par Gillis raconte en effet une seule et même histoire (à l'exclusion du dernier, un peu déconnecté du reste). Et pas n'importe quelle histoire, l'une des plus ambitieuses de toute l'histoire du personnage : Doc Strange y vit en quelque sorte l'équivalent du voyage vers le côté obscur des Jedi (et le chemin inverse, par la suite).

Gillis, s'il est au début toujours épaulé par Warner, fera ensuite équipe avec d'autres artistes, dont Richard Case (qui travaillera par la suite sur les inoubliables Doom Patrol de Grant Morrison), pour un rendu délicieusement rétro tendance "deuxième moitié des années 80", pour ceux qui voient le topo. Un rendu dont j'avoue être friand, sans que ce ne soit que la nostalgie qui parle...
Le run de Gillis est en quelque sorte scindé en deux, le numéro 7 (un crossover avec la Cape et l'Epée : une bonne idée d'ailleurs que de "marier" les deux titres pensionnaires de la même revue...) jouant le rôle de transition entre les deux parties. Si la première des deux est clairement la plus faible, ces épisodes introductifs restent intéressants. Ils servent surtout à mettre en place le ressort du run tout entier : Strange, déboussolé, doit faire face aux conséquences de ses derniers choix, en l'occurrence la destruction de ses talismans. Le Sorcier Suprême comprend que c'est son attachement à ses amis qui l'a poussé à cet acte désastreux ; d'où son questionnement : est-il trop humain pour exercer la lourde tâche de protecteur mystique de sa dimension ?
Gillis a la main un peu lourde sur le côté "soapisant" de cette entame (Clea réapparaît brièvement ; Strange et elle sont séparés à cause de leurs responsabilités respectives...), mais il a le mérite d'énoncer une vérité profonde sur la nature de Strange dès le début : ce n'est certainement pas un excès d'humanité qui causera la perte de Strange, c'est précisément pour son humanité que l'Ancien l'a choisi. Mais le Docteur mettra tout le temps du run de Gillis à intégrer cette donnée...

Niveaux antagonistes, on attend du lourd mais il faudra patienter un peu : le retour des Grands Anciens est annoncé, mais durant les six premiers chapitres, on ne voit pas venir grand chose, à l'exclusion de quelques démons mineurs (dont Khat, un démon chat comme son nom l'indique, créé par Gillis sur la précédente mouture du titre, ou Erlik Khan, une création un peu Alan Davis dans l'esprit), annonciateurs d'adversaires bien plus puissants.
Gillis a cependant le mérite de renouer avec la veine un peu globe-trotter du personnage (une composante essentielle), et le fait voyager jusqu'à Kamar-Taj, fief de son vieux Maître l'Ancien. Il y rencontre d'ailleurs les "esprits" des Nouveaus Défenseurs défunts, qui viennent lui filer un coup de main.

Au cours de la première phase de cette saga, Strange décide de contrer l'invasion imminente qui menace son monde. Il choisit d'ailleurs de se faire passer pour mort, usant d'un puissant sortilège à cette fin. Il découvre cependant avec horreur qu'il aura besoin de recourir à la Magie Noire pour compenser sa puissance perdue. Son âme est "teintée" en conséquence ; il est pris dans un cercle vicieux : plus il utilise la Magie Noire, plus il se coupe de la Lumière, plus il est faible, plus il a besoin d'user de Magie Noire...
Dans la grande tradition du titre, Strange disserte sur la vieille question de la fin et des moyens.
Il finit par ne même plus être digne de porter l'une des rares amulettes encore en sa possession, l'Oeil d'Agamotto.

Le numéro 7 marque une pause dans la quête de Strange, sans en être vraiment une non plus. La Cape et l'Epée, menacés, sont à la recherche de Strange, qu'ils croient vivant. Celui-ci séjourne au royaume des morts avec les Nouveaux Défenseurs (finalement très actifs même décédés), et comprend très vite que c'est son vieil ennemi Cauchemar (modèle "négatif" du Sandman de Neil Gaiman) qui menacent la Cape et l'Epée. Cauchemar, sorte de Grand Ancien lui-même, a senti la déchéance de son vieil adversaire et en profite pour attaquer. Il est défait par une ruse de Strange...
Un chouette épisode, qui fait l'effort de renouer avec les paysages "psyché" typiques du travail de Ditko.

Une fois Cauchemar écarté, Strange a tout le loisir de constater à quel point il est désormais mal embarqué. Il est réticent à l'idée de devenir un Magicien Noir, mais il sent bien qu'il a déjà depuis longtemps franchi le Rubicon. Il découvre de plus, un comble, un journal secret de l'Ancien où ce dernier se révèle méfiant à l'endroit de Strange (une ruse déjà assez courante à l'époque, mais totalement passé dans les us et coutumes depuis...). Bref, il est au plus bas.
Gillis entame dès lors (le numéro huit) un impeccable et implacable crescendo qui verra Strange franchir toutes les limites pour triompher du péril qui couve. Il commence par réhabiliter un très vieil adversaire du Doc, Kaluu (revu récemment dans les Mighty Avengers), qui fut le compagnon puis le rival de l'Ancien, des siècles auparavant. Kaluu se propose de faire de Strange son disciple dans la maîtrise de la Magie Noire ; désespéré, Strange accepte.

La caractérisation de Kaluu, ni tout à fait un vilain ni encore un héros, est une des grandes réussites de Gillis sur le titre. Très charismatique et "bad-ass", le personnage fait même regretter sa relative discrétion depuis lors. Il joue de plus, dans la grande tapisserie imaginée par Gillis (qui emprunte beaucoup au fameux parcours archétypal du héros décrit par un Campbell, par exemple), le rôle du mentor du héros, mais avec un décalage "moral" intéressant.
Les deux compères commencent par affronter un démon africain à l'occasion d'un diptyque qui fait clairement la démonstration de la brusque montée des enjeux. Un diptyque éminemment politique d'ailleurs, car il est probable que de manière assez gonflée (voire subversive), Gillis y fasse référence au "charity-business" dirigé vers le continent africain à l'époque... Bien vu.
Cet affrontement coûte un oeil à Stephen Strange, qui se met à porter un bandeau très Nick Fury, et ce jusqu'à la fin du Gambit de Faust, où il recouvre son intégrité. Ce rebondissement a pu être raillé par certains critiques acerbes du net, qui n'y voient qu'un signe extérieur trop voyant de la patine "grim n' gritty" supposément forcée du travail de Gillis. Une double erreur : on peut très bien lire le run de Gillis comme sa tentative d'écarter, précisément, le personnage de cette possible orientation (et c'est une grille de lecture qui marche bien). Et surtout, c'est nier la dimension symbolique de cette blessure, pourtant soulignée par Strange lui-même dans les dialogues (un comble) : c'est évidemment à Odin et au prix de son accession à la connaissance que renvoie ce revers. Voilà encore de quoi appuyer la dimension initiatique du récit, décidément très poussée.

Les chapitres suivants voient Strange et Kaluu, déchaînés, mettre au pas et recruter une véritable armée de créatures surnaturelles en Angleterre (peut-être le Peuple Blanc cher à Arthur Machen ? Ici on les nomme simplement "Esprits de la Terre"...). Strange, de plus en plus corrompu quoique désormais convaincu de la nécessité de ses actes, commet l'irréparable en dépouillant son amie Victoria Bentley, une alliée mystique, de ses pouvoirs et de son patrimoine.

Strange et Kaluu comprennent que la Terre est perdue s'ils ne prennent pas les devants et n'attaquent directement la menace en plein coeur, en espérant qu'il existe un coeur à cette menace. Traversant les limites du temps et de l'espace, Strange (qui est obligé d'abandonner un Kaluu affaibli) se retrouve au coeur du repaire de ses adversaires, "là où l'espace gît en lambeaux". Il y retrouve son véritable ennemi, une vieille connaissance, Shuma-Gorath, son adversaire le plus puissant (cf. le premier post du thread). C'est même la première fois qu'il le rencontre "en personne". On mesure l'ampleur du duel concocté par Gillis...
Le scénariste a une bonne idée pour mettre sur un pied d'égalité le Doc et son surpuissant adversaire ; Strange se fond avec un sbire de Shuma-Gorath, un autre Seigneur du Chaos nommé Arioch. Voilà qui a le mérite de lever un lièvre intéressant : plutôt que chez Lovecraft ou Howard (comme Englehart), c'est vers Michael Moorcock, le père d'Elric, que Gillis va chercher l'inspiration. Arioch est un des maîtres du fameux nécromancien albinos ; il a de plus une apparence très "humaine" qui fait beaucoup penser à Elric lui-même.
La référence, au-delà du clin d'oeil ou du simple hommage, a le mérite de redoubler la force du sous-texte de toute la saga : le trouble de Strange devant son destin tragique, inévitable, et sa propension à devenir dangereux pour ses propres amis renvoient autant au célèbre Melnibonéen qu'à certains traits de John Constantine. Dommage que l'exécution de cette excellente idée pêche un peu : le fameux Arioch arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, et les détails de sa "fusion" avec Strange (désormais sacrément avide) sont flous...

Le numéro 14, le bien nommé "Apogee", est donc le théâtre d'un mano a tentacule d'anthologie entre les deux protagonistes, bien "larger than life" comme il faut. Gillis excelle autant dans les petites subtilités de caractérisation que dans le grand spectacle cosmique. Les répercussions de cet affrontement gargantuesque (à l'instar d'Odin ou Thor affrontant Surtur, Strange devient gigantesque, une véritable déité cosmique) iront jusqu'à se faire sentir sur d'autres titres : Englehart, fidèle au Doc, y fait référence dans ses épisodes des Fantastic Four de l'époque, où les FF croisaient le sorcier Belasco, témoin du duel.

Il faut bien deux épisode à Gillis pour faire retomber la pression et "redescendre" Strange, bien perché suite à ce trip cosmique. Ayant accédé à la divinité, Strange a vu son ego détruit. Kaluu (qui à l'occasion d'une excellent idée du scénariste s'était enfermé dans une illusion d'ascèse bouddhiste en attendant Strange...) se charge, avec Enitharmon et Rintrah, de rendre son humanité au Doc, lavé de la tache "teintant" son âme. Il n'est plus un Magicien Noir.
A cette occasion, Gillis fait un choix étonnant, dont il faut peser la portée. Il donne une maison natale à Stephen Strange, en plein Midwest américain. Référence au Magicien d'Oz à l'appui (doublée d'une référence au Alice au Pays des Merveilles ; Gillis a de la suite dans les idées, sans compter qu'il rend un hommage indirect à Englehart en procédant de la sorte), on comprend qu'on est au Kansas. Strange y est décrit comme un "être qui a compris qu'il n'était pas vraiment de là", et qui préférera bien vite la ville à la campagne. Ma parole, mais c'est de Clark Kent que l'on parle ?!!?
A bien y regarder, le parallèle est loin d'être idiot : même le lecteur le plus inattentif aura relevé la parenté entre les deux personnages, ne serait-ce qu'au niveau du costume et de ses couleurs, et de ses pouvoirs aussi, pour une partie tout du moins (le vol). Les deux personnages ont en commun la charge de la lutte contre l'impossible, selon la belle définition de Supes par Grant Morrison.
A bien des égards, cette histoire de Docteur Strange aurait pu être une aventure de l'Homme d'acier...

Les derniers chapitres du run de Gillis sur cette mouture de Strange Tales sont consacrés à un decrescendo assez délicat, où Strange se rachète auprès de ses amis (et notamment Victoria Bentley), restaurant la mémoire de Wong et Sara Wolfe, même si le reste du monde le croit toujours mort. Il règle aussi leur compte à quelques entités mineures, énièmes conséquences du choix de Strange face à Urthona.
Retour à la normale ? Pas tout à fait, Strange demeurant borgne à l'issue de son aventure, comme la marque indélébile de son expérience. C'est serein et apaisé que Strange aborde une nouvelle relance, toujours sous l'égide de Peter B. Gillis. Il écrira les quatre premiers numéros de Doctor Strange, Sorcerer Supreme, mettant notamment en scène le retour de Dormammu, avant de passer la main au tandem constitué par les époux Thomas, Roy et Dann.
Ceux-ci entament leur run de la plus belle des manières, avec le sensationnel Gambit de Faust. Mais ceci est une autre histoire, comme on dit...

 

Lire aussi :

- DOCTEUR STRANGE : Les Grands Moments - Partie 1

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