INTERVIEW : ERIK LARSEN [COMIC CON PARIS]

Découvrez l'interview du papa de Savage Dragon !

 

Erik Larsen  est un auteur de comics qui a connu bien des rôles dans l’industrie du comics. Après avoir dessiné de nombreuses oeuvres chez Marvel et DC durant sa carrière, il fut l’un des fondateurs d’Image comics, dans laquelle il a créé sa série “Savage Dragon” qu’il tient toujours depuis presque 30 ans ! Mais il ne travaille pas uniquement sur sa série puisqu’il vient tout juste de finir de collaborer avec Todd McFarlane sur la série Spawn.

Doté d’une carrière immensément riche, nous avons eu le privilège de rencontrer l’auteur grâce à la Comic Con Paris.

 

CS : Bonjour Erik Larsen, pouvez-vous vous présenter pour le réseau Sanctuary ?

Erik Larsen : D'accord. Mon nom est Erik Larsen et je produis des comic-books.

 

CS : “Savage Dragon” : c'est 217 numéros, presque 30 ans de vie et aucune fin en vue. Qu'est-ce que ça fait d'être le créateur d'une des plus longues séries du medium ?

EL : Je suis simplement très heureux d'y parvenir. C'est mon but depuis de nombreuses années, de juste pouvoir raconter [l'histoire de Savage Dragon] et d'avoir du succès avec. C'est très satisfaisant.

 

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La série fut publiée chez Delcourt sans grand succès, malheureusement...

 

CS : Pour le public français qui ne connaît pas vraiment Savage Dragon (sauf Jay Wicky [NB : Traducteur de la série publiée chez Delcourt]) comment résumeriez-vous la série ?

EL : C'est toujours une question très compliquée mais je pense qu'on peut dire que c'est comme si les comics de Marvel évoluaient au sein d'un monde réaliste. Les personnages vieillissent, le temps file et chaque décision affecte les évènements à venir.

En général, les comics sont bloqués dans le temps. Spider-Man ne vieillit pas, tout comme Superman. Je voulais prendre ces personnages et les affecter par le temps, leur donner une date de naissance, voir comment ils vieillissent, changent, établissent des relations amoureuses, donnent naissance à des enfants, progressent, et découvrir où ça nous mène.

 

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Sur Savage Dragon, les héros ont une réelle évolution.

 

CS : Après le départ de Paul Jenkins et Jonboy Meyer, vous avez commencé à travailler sur la série "Spawn" avec son créateur, Todd MacFarlane. On sait que votre collaboration ne s'est pas très bien déroulée...

EL : C'est... Vous savez, dans n'importe quelle relation de travail, il y a des règles à observer. A ce point de ma carrière, je ne joue pas très bien avec les autres. C'est difficile d'avoir la liberté complète que j'ai sur Savage Dragon et de devoir faire des compromis ou de voir ses idées chamboulées sur un autre titre. Finalement, on se dit, je peux faire ça tout seul, j'ai pas besoin de toi, laisse moi partir...

 

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Un run dont Delcourt publie tout juste son premier tome

 

CS : Mais vous vouliez en faire plus ?

EL : Si j'avais eu une meilleure relation de travail, je serais probablement resté sur Spawn un peu plus longtemps. Je voulais peupler ce monde de nouveaux personnages et de nouvelles créatures mais... Disons que les événements ne se déroulent pas toujours comme on l'espère.

 

CS : Pourriez-vous quand même nous parler des idées que vous aviez ?

EL : Pas vraiment. Généralement, les idées sont générées par l'histoire lorsqu'un détail prend de l'ampleur sur le papier. Tout ce qui importe c'est de s'impliquer dans le processus créatif en se disant que l'intrigue doit se diriger vers tel personnage majeur ou autre, mais la conception reste souvent très vague.

Tout ce que vous savez en tant qu'auteur, c'est que vous construisez l'histoire pour parvenir à quelque chose. Une fois que vous y êtes, vous travaillez vos croquis pour obtenir un visuel qui vous plaît. Vous feuilletez la série pour définir quel genre de personnage n'y a pas encore été présenté : « Je veux créer un personnage qui puisse remplir ce nouveau rôle... »

C'est souvent ainsi. Une idée précise ne naît pas toujours dans le cerveau de l'auteur. C'est un processus qui est parfois très trouble, vague. Les choses deviennent plus claires lorsqu'on s'en approche. C'est là qu'on se dit que 'tel événement doit se dérouler ainsi' et qu'on parvient à un équilibre lors de la création d'une personnage.

 

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Un run qui aurait pu devenir très riche...

 

CS : Lorsque vous travaillez sur Savage Dragon, à quel point planifiez-vous l'avenir de la série ?

EL : Très peu. Aujourd'hui, j'ai plus ou moins une idée de l'endroit où je veux emmener mes personnages mais c'est encore une fois très très vague. Je me dis « d'accord, Malcolm a des enfants maintenant, puis ils vont grandir et s'accaparer des rôles très différents » mais ça reste très nébuleux à ce stade. C'est le parcours des personnages, alors qu'ils grandissent et développent une personnalité, qui va m'aider à déterminer où ils vont et quel genre de personnes ils seront.

 

CS : Parfois, j'ai l'impression que la série Savage Dragon est bien plus rapide que ce qu'elle était à une époque. Par exemple, Dragon a attendu 100 numéros pour connaître son fils alors que Malcolm a déjà trois bébés...

EL : C'est vrai. Mais si on considère la série comme évoluant d'un mois à chaque publication, ce n'est pas si fou. Si on compare avec les autres comic-books, Savage Dragon semble avancer à la vitesse de la lumière. Cependant, chronologiquement, il s'agit d'un jeune héros qui a des enfants, certains commencent tôt, lui-aussi, on verra ce qui se passe.

Dans ma famille, ma propre sœur a eu des enfants alors qu'elle était très jeune. Aujourd'hui, ma petite sœur est déjà grand-mère. [Rire] Ça ne m'a jamais traversé l'esprit mais, vous savez, le temps passe, les gens avancent. Certaines personnes se marient à dix-neuf ans alors que d'autres attendent d'être plus vieux. Ma propre mère avait dix-neuf ans quand elle s'est mariée. Elle n'avait que 20 ans quand elle m'a eu et j'avais déjà un grand frère !

Donc, ça peut arriver !

 

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CS : Pouvez-vous nous parler un peu de The Ant ?

EL : Ant est un personnage créé par Mario Gully. La série a d'abord été publiée chez Arcana Studios puis chez Image Comics. Dans les comics d'Arcana, l'histoire s'intéressait à une petite fille et à la vie difficile qu'elle mène. Pour s'évader de son quotidien, elle écrit et dessine les aventures de Ant dans son journal intime. Ant n'est pas réelle. On commençait donc par l'histoire de la petite fille avant de rompre vers une aventure de super-héros. Tout est dans la tête de l'enfant.

Lorsque Mario Gully a décidé d'amener son personnage chez Image, je lui ai dit que le véritable problème avec son concept c'est que lorsque Ant est menacée, ça n'a pas vraiment d'importance. Elle n'est qu'un dessin dans un journal intime. Elle ne peut pas être menacée véritablement. Elle ira toujours bien. Elle n'est qu'un fantasme.

Je lui ai dit que s'il voulait que la série fonctionne, il fallait inverser la tendance. Ant est maintenant le véritable personnage, ses aventures lui appartiennent, et lorsqu'on veut la montrer enfant, il suffit d'un flashback. De cette manière, on obtient une super-héroïne qui peut rencontrer Dragon, Spawn, et tous les autres personnages d'Image.

Après cette conversation, j'ai beaucoup réfléchi au personnage. Éventuellement, même si The Ant fut à l'origine le succès d'un auteur, la série a souffert de problèmes de productions, elle ne paraissait pas aussi souvent qu'elle le devait, et elle s'est écrasée sous son propre poids.

De plus, Mario Gully a eu du mal à trouver la voix de son personnage. Il y a eu cinq scénaristes différents qui ont travaillé sur les onze numéros parus. Nombreux n'étaient pas d'accord avec la direction de la série et réécrivaient ce qu'avait fait leur prédécesseur.

De mon côté, j'ai tellement réfléchi à comment faire fonctionner The Ant que lorsque Mario m'a contacté pour me vendre le personnage, j'ai accepté de suite. J'ai dit : « je te l'achète et je ferais ce que je pense juste avec elle ». Je vais enfin pouvoir concrétiser ce projet et voir de quoi il en retourne.

 

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Ant est apparue dans le crossover Savage Dragon/Spawn publié ces derniers mois aux États-Unis. Au dernière nouvelle, Erik Larsen prévoit toujours de relancer la série malgré sa mésentente avec le créateur Mario Gully

 

CS : Pour finir, avez-vous un message pour vos lecteurs français ?

EL : Oh mince, on est déjà à la bourre ? [Rire]. Vous savez, l'habituel : j'espère que vous appréciez les comics que je produis et je souhaite pouvoir en mettre d'avantage entre vos mains.

 

Merci, Erik Larsen.

Et un grand merci au staff de la Comic Con Paris qui a permis cet entretien.

Source:

Propos recueillis et traduits par Jack!

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