Tumatxa - L'Emission ! : EPISODE 11 : Filmer la chute des Langues

 

Dernière émission de cette année (civile) pour « Tumatxa! », et tel un Père Noël un peu à l’avance (mon dieu que cette formule craint), on vous a concocté un joli programme ma foi. Classique ? Certes, mais un classicisme qui envoie du bois (de chauffage).

Cinéma (du patrimonial très haut de gamme), BD (avec une surprise, pour ma part, époustouflante), et littérature (avec un roman signé par un des cadors actuels de la fiction télévisée) : tel est le menu, copieux, que vous allez devoir digérer ce soir.

Pour le cinéma : on en avait parlé il y a quelques semaines, il est bon parfois de décrocher de l’actualité pour évoquer des classiques. Nous profitons quand même en l’occurrence de l’expo « My Name is Orson Welles », à la Cinémathèque française jusqu’à début janvier, pour évoquer le corpus du roi des cinéastes, du prince du Septième Art (oui j’ai le sens de l’emphase aujourd’hui), qui donc, je vous le donne en mille, Orson Welles. On va pour l’occasion se pencher sur un film méconnu de Welles, le dernier qui ait été achevé de son vivant, « Filming Othello » (1978), sorte d’essai auto-réflexif passionnant où le cinéaste prodige revient sur l’un des sommets de sa filmographie, l’adaptation du « Othello » de Shakespeare, 25 ans après sa conception pour le moins mouvementée. Avec une économie de moyens radicale (en gros nous avons Welles qui parle face caméra, une Moviola et Gary Graver son chef-op’ qui filme le tout), Welles « analyse » avec le sens du cabotinage qu’on lui connaît son propre travail, et c’est en fait absolument passionnant, qu’il s’agisse pour le cinéaste d’expliquer en quoi « Othello » a été impacté dans sa forme même par ses conditions de production cataclysmiques, ou de livrer des pistes d’analyse passionnantes, ou encore de disserter sur la figure du traître ultime, Iago, le « salaud » de l’histoire… Passionnant quand on s’intéresse à la filmo et à la figure de ce sacré Orson.

Pour la BD, grosse surprise et grosse claque à la fois ; rendez-vous compte, je ne connaissais pas le travail d’Anders Nilsen… quellle lacune !! Et derrière de se prendre telle une mandale dans la calebasse « Tongues Vol. 1 », son dernier et colossal travail en date. Avec ce tour de force graphique époustouflant (quelle splendeur visuelle, mes aïeux), Nilsen nous narre une histoire d’apocalypse imminente mâtiné de mythes antiques (en gros, une relecture du mythe de Prométhée) et d’eschatologie musulmane, avec pour théâtre des opérations l’Asie mineure (ce qui est, en soi, extrêmement rafraîchissant dans le cadre d’une BD anglo-saxonne). Un peu difficile d’accès (Nilsen se passe de toute exposition et table sur l’intelligence et l’attention de son lecteur), « Tongues » est une merveille d’innovation narrative, doublée d’une passionnante réflexion sur les mythes et la façon dont ils perdurent et se renouvellent, triplée de considérations vertigineuses sur la notion même de langage. Ouf !!! Tout ça ? Ouaip. On reviendra sur le corpus d’Anders Nilsen, c’est une certitude.

Pour la littérature, évoquons pour la première fois le corpus romanesque de Noah Hawley, que l’on connaît bien par ici pour son travail à la télévision, avec des séries aussi magistrales que « Fargo » ou « Legion », ou plus récemment « Alien ; Earth » (à la réception plus mitigée dirons-nous). Hawley est par ailleurs l’auteur de six romans, dont deux ont été traduits par Antoine Chainas. C’est le cas de « Avant la chute », sorte de faux thriller centré sur une catastrophe aérienne (un jet privé qui s’abîme en mer avec ses 11 passagers) dont la nature est incertaine : avanie technique ? erreur humaine ? attentat ? Si vous attendez du récit tricoté par Hawley une enquête minutieuse au dénouement scotchant, détrompez-vous ; ce n’est pas le coeur de son projet. Ce qui l’intéresse ici, ce sont les personnages, et force est de constater que le bougre fait des merveilles en la matière, dotant sa galerie de personnages secondaires d’une substance bluffante, comme il le fait par ailleurs superbement à la télévision.

Le tout est mis en musique comme si c’était Noël avant l’heure : Thou reprend le « Suck » de Nine Inch Nails dans le cadre du tribute album « The Best of Nine Inch Nails Redux », et ça déchire ; Marillion signait en 1994 l’un de ses plus grands albums, « Brave », et la suite « Goodbye To All That » en est isuue ; les death-métalleux de Sanguisugabogg sortent un fabuleux troisième album, « Hideous Aftermath », et le titre « Felony Abuse Of A Corpse » (tout un programme) en atteste ; enfin, on fête les 50 ans de « Rubycon », l’un des albums les plus emblématiques de Tangerine Dream, et on s’envoie pour la peine le morceau-fleuve (jeu de morts) « Rubycon part I »…!!!

“There is no god up in the sky tonight

No sign of heaven anywhere in sight

All that was true is left behind

Once I could see, now I am blind”

EPISODE 11 !!!

 

 

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