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Critique de The Old Guard #1

par bulgroz le sam. 19 janv. 2019 Staff

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The Old Guard T.1

Il y a peu, j’achevai ma critique du deuxième tome de Black Magick en évoquant l’importance que prenait petit à petit Greg Rucka chez Glénat Comics : Lazarus  est sans aucun doute l’une des séries phare de l’éditeur, et Black Magick, bien qu’un peu en dessous à mon sens, ne démérite pas.
Avec The Old Guard, Glénat nous propose une troisième série (sortie en 2017 outre Atlantique) du même scénariste, toujours excellent lorsqu’il s’agit de mélanger les genres.
Assez finement, Glénat ouvre ce tome par deux couvertures variantes de The Old Guard : une de Nicola Scott (Black Magick) et l’autre de Michael Lark (Lazarus).

Parmi les citations parfois grandiloquentes ouvrant chacun des cinq chapitres de ce premier tome, il en manque une. Vladimir Jankélévitch peut résumer à lui seul le propos de l’œuvre : « Les anges sont condamnés, hélas ! à l'immortalité et meurent peut-être de ne pas mourir ! ».
Andy, Nicky, Joe, Booker et Nile ne sont pas des anges. Ils forment une équipe de mercenaires immortels attachants et sans pitié. Ils offrent leurs services afin de mener des raids à haut risque.
Le problème est que bien qu’il s’agisse souvent de missions « suicide », aucun d’entre eux ne parvient à mourir. C’est ce qui fait leur valeur et leur malheur car l’immortalité ne fait rêver que les mortels : qui voudrait voir mourir tous ses proches, assister à la succession des siècles jusqu’à oublier son âge, ne pas savoir quelle est sa place dans une époque qu’on ne comprend pas et finalement chercher à mourir par tous les moyens ?
Dans Lazarus  comme dans The Old Guard, l’immortalité est une malédiction et dans les deux titres les héroïnes semblent condamnées à manier pas mal de flingues et autres objets contondants, ce qui permet aux auteurs de réfléchir autrement à la tension dramatique ; comment susciter l’effroi et la crainte chez le lecteur quand les héros ne peuvent (a priori) pas mourir ?

Si l’intrigue principale est loin d’être révolutionnaire, elle est intelligemment et paradoxalement secondaire. The Old Guard mélange allègrement thriller, action et fantastique, trois genres dans lesquelles le scénariste n’a plus grand-chose à prouver. Les nombreuses scènes d’action, parfois assez burlesques, s’enchaînent rapidement, entrecoupées de réflexions sur le temps et sur le sens de la vie. Ce qui est à mon sens le leitmotiv  de cette série.
L’immortalité des personnages principaux permet un certain nombre de flashback jouissifs dans lesquels on apprend que les mercenaires ont participé à tous les grands conflits de l’histoire (Croisades, Campagne de Russie etc.) ainsi qu’une multiplication des lieux de l’action. Encore une fois, à la manière de Lazarus  l’intrigue se déplace rapidement d’un point à l’autre du Globe. Andy, qui est la plus âgée de l’équipe, a eu largement le temps de découvrir le monde et notamment la France où se déroule une bonne partie de l’œuvre (ce qui permet à Rucka de lancer aux Français quelques piques et clins d’œil).

Au dessin, Leandro Fernández réalise un travail impeccable : composition ultra dynamique, superpositions de petites cases simples et de grandes pages ultra travaillées… le tout servi par un encrage épais et radical ainsi que par une coloriste (Daniela Miwa) que je ne connaissais pas et qui a su choisir la palette parfaite pour cette série. Les couleurs sont vives et contrastées, alternant entre aplats sans concession et dégradés délicats, comme si à l’image de la vie des personnages, l’ensemble du récit se déroulait indifféremment à l’aube ou au crépuscule. Malin.

Sous ses faux airs de série d’action débridée – et c’en est une -, The Old Guard reste un récit profondément mélancolique qui, sans être inédit ouvre un énorme champ des possibles pour la suite. On peut imaginer sans peine d’autres retours en arrière, des spin-off concernant chacun des membres de l’équipe… bref, tout est ouvert.
Un passage rapide sur le site d’Image Comics nous apprend néanmoins deux choses : la version TPB est sortie il y a déjà largement plus d’un an aux États-Unis, et l’éditeur ne propose pas d’acheter la 6e issue… faut il y voir un mauvais présage pour la série de ce côté-ci de l'océan Atlantique ? Je n’espère pas.
En tout cas, dans ce premier tome, l’histoire se clôt à la fin. Le fait que le deuxième ne soit pas encore en route n’est donc pas une raison valable pour passer à côté de cette très bonne série de la rentrée 2019 !

En bref

Glénat nous propose une troisième série signée Greg Rucka. The Old Guard fait la part belle aux scènes d'action, mais son véritable propos est plus fin. Il s'agit en réalité d'une interrogation sur le sens de la vie et une invitation à profiter du moment présent et de nos proches. Les dessins y sont particulièrement réussis, mis en valeur par une colorisation très intelligente. Une série à suivre sans hésiter, d'autant plus que ce premier tome contient une histoire close en cinq chapitres, de quoi faire patienter avant la sortie hypothétique du second opus !

9
Positif

L'histoire, prenante et très bien écrite

Les très beaux dessins

La palette de couleur, surprenante et parfaitement raccord

L'attention apportée par l'auteur aux personnages féminins

La déconstruction du fantasme de l'immortalité

Les flashbacks

L'histoire s'achevant en cinq chapitres

Negatif

les personnages secondaires manquant d'épaisseurs

L'intrigue principale un peu trop convenue

L'attente avant le second tome

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