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Critique de Métamorphose

par Pois0n le mar. 22 janv. 2019 Staff

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Déchéance d'un papillon

Si vous recherchez un hentai « récréatif », passez votre chemin, car Métamorphose est tout, mais alors vraiment tout sauf une lecture légère. Ici, pas de sexe pour le sexe, l'ouvrage est certes cru et sans tabou (comme l'on peut s'y attendre de la part de NihoNiba, succédant à la collection hentai « sans interdits » de Taifu), mais pas de façon gratuite : Shindo L nous raconte une histoire à travers les parties de jambes en l'air de Saki, et autant vous dire que l'histoire en question n'a rien d'un conte de fées. Âmes sensibles s'abstenir, car la métamorphose de Saki n'est ni plus ni moins qu'une longue déchéance.

Pourtant, à l'origine, Saki est simplement la citrouille souhaitant se transformer en carrosse ; la chenille qui veut devenir papillon : collégienne discrète et effacée, prisonnière de son image d'intello un peu coincée, la jeune fille ne sait même plus comment aborder les autres. Aussi, pour son passage au lycée, demande-t-elle à sa mère de l'aider à se relooker, dans l'espoir de repartir du bon pied.

Seulement, on sait tous qu'une fois métamorphosés, les papillons, ça ne vit pas bien longtemps...

Ce relooking marque en effet le début de la descente aux enfers pour Saki.

Pourtant, au début, tout va bien : la demoiselle rencontre un franc succès, se fait enfin des copines... et attire soudainement les yeux des garçons, elle que personne n'avait jamais regardée auparavant. Sans doute la raison pour laquelle elle s'attache au premier venu. Littéralement.

Dès le début, Shindo L instaure ainsi le malaise : Saki, droguée à son insu, découvre le sexe et, ne sachant plus trop où elle en est, en conclut qu'elle vient de tomber amoureuse. Ce qui nous semble si absurde à nos yeux de lecteurs ne l'est pas pour une jeune fille en manque cruel d'attention. D'ailleurs, alors qu'il lui reste deux grammes de lucidité, Saki a conscience que les belles paroles d'Hayato sont probablement des mensonges. Peu lui importe : quelqu'un s'intéresse enfin à elle. Et tant pis si ce quelqu'un n'a rien d'un prince charmant...

La suite ne sera qu'une interminable descente vers le bas : drogue, prostitution, viol, chantage, inceste, relation toxique, toujours plus de drogue – et celle-ci de plus en plus dure – ... la totale. Et rien de tout ça n'est romancé, rien de tout ça n'est rendu attrayant. Oui, le trait de Shindo L est agréable à l’œil, oui, les scènes de sexe sont très bien dessinées... mais toute la douceur du visage de Saki se déforme de façon grotesque lorsque, camée jusqu'à la moelle, la jeune fille se fait abuser.

Car c'est de ça qu'il est question ici. Pas une seule des relations sexuelles de Saki n'est pas un abus sous une forme ou une autre, et ce même lorsque la jeune fille est « consentante », son libre arbitre se retrouvant systématiquement biaisé. C'est sujette à la peur de redevenir le vilain petit canard qu'elle en vient à accepter de l'argent contre du sexe, afin de pouvoir s'acheter les fanfreluches à la mode dont ses nouvelles copines raffolent. Certes, c'est Hayato qui la fait tomber dans la drogue et plus tard profite de l'affection qu'elle lui porte pour l'exploiter, mais c'est bien la pression sociale qui est à l'origine des malheurs de Saki, celle-là même qui l'a au début poussée à changer pour se faire des amis... Et c'est encore et toujours cette peur de la solitude qui pousse Saki à faire absolument n'importe quoi pour Hayato, devenu son seul repère au monde. Et quand l'illusion se brise, que reste-t-il à une gamine devenue accro à la drogue, au sexe et qui a tout perdu ? Saki, qui voulait tant s'intégrer, se retrouve sans même s'en rendre compte et surtout sans l'avoir jamais voulu autant en marge de la société qu'il est possible de l'être. Un epic fail en puissance.

« Puissance », un mot qui convient bien à cette histoire, finalement. Oui, Métamorphose, c'est extrêmement trash et surtout, pessimiste d'un bout à l'autre ; le malaise y est constant, même si certains passages sont plus durs que d'autres. Est-ce que ce bouquin est « dégueulasse », ainsi que j'ai pu le lire ici et là ? « Oui » et plutôt deux fois qu'une, mais « heureusement » le but de son auteur n'est ici clairement pas de donner à quiconque l'envie de se tripoter ; le sexe n'y est rien de plus qu'un moyen au service d'un récit et non une fin. La narration ne laisse aucunement le doute là-dessus, à travers certaines scènes très fortes, dont il est impossible de parler sans spoiler. Et s'il vous reste encore des doutes à la fin, la postface est là pour les effacer. Métamorphose est certes un « manga pour adultes », mais son objectif n'est pas de divertir, du moins pas au travers du sexe, tant l'accent est mis sur son scénario, sombre, très sombre, plus noir que le plus noir des cafés. La preuve qu'on peut faire quelque chose d'intelligent avec des histoires de cul.

En conclusion, Métamorphose est une très bonne lecture. Profondément dérangeante, oui, mais c'est exprès. Le truc vous hurle « la vie, c'est moche » à la gueule pendant 240 pages et la mention « réservé à un public averti » prend ici tout son sens tant il est indispensable de savoir à l'avance dans quoi l'on met les pieds. Si vous voulez juste du cul, allez lire autre chose, vraiment. Mais si affronter les tréfonds de la misère humaine ne vous fait pas peur, alors Métamorphose saura sans nul doute vous toucher à travers le cauchemar de Saki.

En bref

Une chose est sûre, Métamorphose ne plaira pas à tout le monde... mais ne s'adresse pas à tout le monde non plus. Certes, Shindo L enchaîne les scènes ultra-crues les unes après les autres, mais tisse à travers cet enchaînement un véritable drame. C'est glauque, pessimiste, absolument pas excitant, mais c'est voulu comme tel. A vous de voir si vous avez le coeur assez accroché...

8
Positif

Une histoire qui prend aux tripes

L'ambiance, pessimiste et dérangeante tout du long, à des années-lumière des hentai "récréatifs"

Visuellement très travaillé (oui, même les décors)

Zéro concession

Negatif

... zéro concession (tous les trigger warning possibles et imaginables)

L'inceste, toujours indigeste

Du coup si vous voulez vous palucher c'est clairement pas ce hentai-là qu'il vous faut

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