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Critique de Capitaine Albator

par Pois0n le dim. 28 avril 2019 Staff

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Le vide de l'espace

Si l'adaptation animée d'Albator a bercé la jeunesse des quarante et cinquantenaires d'aujourd'hui, il aura fallu attendre 2002, soit plus de vingt ans après la sortie du manga, pour que celui-ci arrive finalement en France. Onze ans plus tard, Kana réunissait les cinq tomes de la série dans cette grosse intégrale de plus de 1000 pages... A l'heure où j'écris ces lignes, Albator fête donc ses quarante ans.

Et force est d'avouer que le bougre n'a pas très bien vieilli...

Avant de se lancer dans l'acquisition de cette lourde brique, mieux vaut savoir que malgré l'appellation « intégrale » sur la couverture, Albator demeure une œuvre inachevée. Et contrairement à d'autres mangas, on ne peut pas même compter sur une conclusion bricolée à l'arrache ni même « ouverte » : l'histoire s'arrête purement et simplement en plein milieu, d'un seul coup. Ceci dit, vu l'âge de l’œuvre, on peut logiquement supposer que les acheteurs potentiels sont au courant, aussi cette critique ne tiendra-t-elle pas compte de ce « défaut ».

D'autant que des défauts, ce n'est pas ce qui manque dans Albator...

Visuellement tout d'abord, c'est évidemment très daté et, pour dire les choses comme elles sont, franchement moche, surtout au niveau des personnages. Le trait a beau s'affiner sur la fin, il n'en demeure pas moins très simple voire simpliste, avec un design dont le degré de détail varie en fonction de l'importance de chacun. Ce qui n'empêche pas les visages d'être approximatifs et dénués de la moindre émotion. Mais bon, on finit par s'y faire.

En revanche, à côté de ça, Leiji Matsumoto nous offre des planches vraiment sublimes mettant en scène l'Arcadia, avec à l'occasion des décors grandioses. Le vaisseau se retrouve régulièrement mis en valeur sous tous les angles possibles et fourmille de détails.

Bref, on ne lira clairement pas Albator pour ses graphismes.

Le scénario alors ? Pendant plus de mille pages, Albator et ses compagnons parcourent l'espace en long, en large et en travers à la poursuite de l'armada sylvidre qui menace la Terre, tout en découvrant peu à peu qui sont réellement ces mystérieuses ennemies. Ennemies qui ont une tendance fort pratique à venir d'elles-mêmes à la rencontre de l'Arcadia, notamment à chaque fois que les protagonistes achèvent une discussion plus ou moins importante ou se retrouvent sans rien à faire. D'un bout à l'autre, c'est totalement cousu de fil blanc, aucune transition n'est naturelle, qu'il s'agisse des rebondissements comme des révélations. A peine une alerte est-elle terminée que paf ! en voilà déjà une autre, avec comme par hasard un personnage, ennemi ou allié, pour faire des révélations avant de disparaître... Toujours au rayon des facilités, les allusions ultra-répétées au « pseudo-mystère » qui entoure l'Arcadia, que tout le monde aura percé à jour dès le début, mais qui revient régulièrement sur le tapis au cas où le lectorat serait un peu neuneu.

Bon. Si ce n'est pas l'histoire, ce sont les personnages alors ? Eh bah non, même pas. Leur profondeur varie entre celle de la flaque d'eau et de la coquille vide, avec d'un côté Albator et son passé tourmenté (le beau gosse emo *before it was cool*), de l'autre les sidekicks humoristiques qui ne servent à rien ou presque (Yattaran n'apparaissant presque que pour dire qu'il est occupé sur ses maquettes, la docteur, la cusinière...). En parlant des femmes, elles sont d'un bout à l'autre reléguées soit au statut de plantes vertes (*private joke inside*), où on leur rappelle que leur rôle est de tenir la maison, soit d'ennemies. Mais la palme revient à Tadashi, ne possédant même pas de véritable poste au sein de l'équipage, qui n'est là que pour que le lecteur découvre l'Arcadia et vive l'histoire à travers ses yeux...

Bref, tout ça, ça fait quand même beaucoup.

Cependant, il faut tout de même reconnaître que l'odyssée des pirates de l'espace possède un charme certain, un petit côté « Indiana Jones » avec cette quête de réponses qui nous emmène d'un bout à l'autre de l'univers, avec en toile de fond un enrobage philosophique assez présent sur la nature humaine, la liberté, l'inter-dépendance entre les espèces... c'est très bien intégré et jamais lourd. Alors oui, la narration est maladroite, les personnages superficiels et les péripéties mal amenées, cependant, il est un truc qui fonctionne du tonnerre : le dépaysement. On laisse le cerveau sur la table de chevet et l'on se laisse embarquer aux côtés de ces joyeux drilles qui, lorsqu'ils ne se battent pas, passent leur temps à roupiller, bouffer et picoler à leur guise.

Enfin, malgré ses défauts, Albator reste une œuvre qui a marqué l'histoire aussi bien du manga que de la SF et qui, pour ça, mérite toujours d'être découverte.

En bref

Albator est l'exemple typique du manga qui a très, mais alors très très mal vieilli. A aborder avec curiosité, "pour sa culture", en tant que monument de l'histoire du manga, mais rien de plus.

5
Positif

On voyage!

L'ambiance mélanco-philosophique

Negatif

Histoire cousue de fil blanc

Narration maladroite

Personnages hyper creux

Graphismes très inégaux

Pas de fin

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