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Critique de Ninja and master

par Pois0n le jeu. 30 janv. 2020 Staff

Rédiger une critique
50 nuances de ninja

Impossible d'effectuer la critique de Ninja and Master sans aborder en premier lieu la représentation et la romantisation des relations toxiques dans la littérature.


En effet, si la culture du viol est (trop) largement ancrée dans hentai et yaoi, au point qu'on l'on y soit inconsciemment habitués, Ninja and Master fait partie de ces mangas qui vont bien au delà, en dépeignant plus que la relation simplement « obsessionnelle » avec un des personnages dominant l'autre annoncée par le résumé et telle que l'on en trouve un peu partout, notamment en romance contemporaine hétéro. Non, ici, on parle non seulement de viol mais aussi et surtout de manipulation, mensonge, chantage et dépendance affectifs. C'est tout de suite un autre programme.


La dark romance, c'est un genre à part entière et il n'y a pas plus de mal là-dedans que dans un bon film d'horreur : il faut garder à l'esprit qu'il s'agit de fiction que ce n'est pas parce qu'on lit ou regarde des trucs glauques qu'on a envie de les vivre ou les idéalise. Seulement voilà : encore faut-il que les œuvres en question soient vendues correctement, avec l'étiquette appropriée et les avertissements qui vont avec. Ne serait-ce que pour éviter à un public qui n'en est pas friand de tomber dessus par accident. Et quand bien même, pour ceux qui ont conne une certaine mule, ça fait un peu le même effet que chercher un Disney et se retrouver avec un porno : ce n'est pas parce qu'on en regarde de temps en temps qu'on apprécie de le voir alors qu'on s'attendait à autre chose.


Vous l'aurez compris, le souci avec Ninja and Master, c'est donc que l'on a une relation abusive, où Ritsu ne consent clairement pas aux relations sexuelles imposées par Rokurô, souffre à cause de la façon dont celui-ci lui a retourné le cerveau, essaie même de s'en détacher, pour mieux retomber entre ses griffes suite à une manipulation de plus... sauf que le truc est vendu comme une romance yaoi classique, que rien en apparence ne distingue sur l'étalage d'une histoire douce à la « Comment je suis devenu majordome » ou « Endless sound ». Il y a même de petits cœurs dans le résumé. Absolument rien n'avertit donc réellement sur le contenu ni sur le public visé en dehors de ce laconique « relation obsessionnelle » qui sous-estime largement ce que l'on va trouver à l'intérieur.


Donc, pour en revenir au contenu, il faut aimer. Il faut aimer les relations torturées où absolument rien n'est rose, où l'un des deux protagonistes a clairement conscience d'être malmené par l'autre et que ce qui les lie n'est pas de l'amour au sens conventionnel du terme, sous peine de trouver ça nauséabond.


A côté de cette relation abusive, on trouve tout de même un fond plutôt intéressant et assez étoffé, concernant les histoires de successions de la famille Sakagami. Loin de n'être qu'un prétexte pour déclencher l'évolution des rapports entre Ritsu et Rokurô, il s'agit d'une véritable intrigue, avec des complots, un impact sur les amitiés de Ritsu mais aussi ses liens familiaux. On pourrait penser Rokurô paranoïaque concernant la sécurité de son protégé, jusqu'à ce que...


Bref, cet aspect du récit, loin d'avoir été négligé, a même tendance à occuper le devant de la scène et occulter un peu la « romance ». Pas de quoi la rendre digeste pour qui n'accroche pas à ce type de relation, mais on sent que Neneko Narazaki, qui nous confie dans la postface être plutôt coutumière des histoires courtes, a travaillé son scénario, loin d'être facile à démêler. Et la mangaka s'en sort avec les honneurs, parvenant à éviter aussi bien les longueurs que les raccourcis.


Visuellement, les rares passages d'action sont assez mous, mais en dehors de ça, le trait, il est vrai particulier, de l'autrice, est plutôt maîtrisé. Les décors brillent souvent par leur absence, mais la plupart du temps, l'histoire parvient à le faire oublier. Les scènes de sexe, étonnamment sobres sur le plan visuel, contrastent avec la violence des situations dans lesquelles elles prennent place. Non que ça adoucisse beaucoup le propos...


Ninja and Master n'est donc pas, en soi, un mauvais manga. Néanmoins, la mention « pour public averti » n'est vraiment pas de trop ici et la série n'est à mettre qu'entre des mains sachant précisément ce qu'elles vont y trouver.

En bref

Si Ninja and Master ne rentre pas tout à fait dans les codes classiques de la dark romance, la relation qui y est dépeinte ne laisse aucun doute sur son appartenance au genre. A savoir avant d'acheter, donc.

5
Positif

Une histoire fouillée

Negatif

Aucun avertissement approprié quant au contenu

A réserver aux amateurs de dark romance, du coup

Ils sont où les décors?

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