9

Critique de Les Oiseaux ne se retournent pas

par ginevra le mar. 5 mai 2020 Staff

Rédiger une critique
Un indispensable pour ses graphismes lumineux et son histoire profondemment humaine

Nadia Nakhlé nous raconte ici la vie d'une petite fille, Amel, que ses grands-parents confient à une famille qui émigre vers la France. Elle aura de faux papiers pour être une enfant de plus de cette famille. Mais rien ne se passe comme prévu et Amel est séparée de la famille. Elle fera des rencontres étonnantes : Aïda, une chanteuse qui a fui la guerre elle aussi, et Bacem, un joueur de oud qui est un soldat déserteur. Après bien des aventures, elle arrive en Europe puis à Paris.

Je ne sais si ce livre est autobiographique, mais Nadia Nakhlé raconte de telle façon les affres de l'exil, les souffrances des camps de rétention, les difficultés du voyage vers un monde rêvé et idéalisé, les dangers pour une adolescente arrivée en France de tomber entre de mauvaises mains et la vie nouvelle qu'il est difficile de croire qu'elle n'a pas vécu cela au moins partiellement.

L'histoire d'Amel évoque très souvent un livre perse du XIIe siècle : La conférence des oiseaux écrit par Farîd Al-Dîn Attâr. Du coup, j'ai repris la lecture d'une version de ce livre que j'avais depuis longtemps et sur lequel j'avais bloqué une première fois. Comme beaucoup de livres orientaux qui nous sont parvenus (comme les 1001 nuits, par exemple), il y a plein de contes au milieu du récit de base qui raconte le voyage des oiseaux à la recherche de leur souverain le Simorgh. Contes souvent difficiles à appréhender pour nous, occidentaux peu au fait de la culture islamique, puisqu'ils ont souvent pour bases des citations du Coran ou de maîtres soufis.

C'est la huppe qui mène les oiseaux à la recherche du Simorgh et elle apparaît souvent graphiquement dans le livre de Nadia Nakhlé. Les oiseaux sont omniprésents : les phénix sont en chaque annonce de chapitres juste avant une citation d'introduction, 2 oiseaux ornent le oud de Bacem, le poème de Bacem donne son titre au livre, les rêves d'Amel l'emmènent dans le monde des oiseaux à la suite de la huppe. Les émigrés apparaissent souvent avec des ailes à la place des bras; comme les oiseaux du poème persan, ils sont à la recherche du royaume de leurs rêves.

Les graphismes sont merveilleux. La base est un noir et blanc superbe avec un côté velouté des gris selon les passages. Des pointes couleurs vives interviennent au gré de l'histoire pour un cerf-volant d'un rouge éclatant, un sac à dos orange, de splendides étoffes bleues et or, une écharpe bleue, un oud marron (quelle autre couler pour ce bel instrument de musique?)… Mais les oiseaux des rêves sont toujours blancs sur fond noir.

Un livre aux splendides graphismes pour illustrer une belle histoire humaine. De quoi ravir tous les bédéphiles!

En bref

Un indispensable pour tous ceux qui aiment les beaux dessins et qui apprécient les histoires d'une profonde humanité

9
Positif

dessins superbes

colorisation intelligente par petites touches sur du N&B

histoire bien écrite

Negatif

ginevra Suivre ginevra Toutes ses critiques (1820)
Qu'avez-vous pensé de cette critique ? 0 0 Commenter !
Boutique en ligne
17,99€
Boutique en ligne
17,99€
Boutique en ligne
17,99€
Laissez un commentaire
Commentaires (0)