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Critique de Peau d'Homme

par ginevra le sam. 6 juin 2020 Staff

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Un conte de la Renaissance qui a pourtant encore beaucoup d'échos de nos jours.

Hubert avait bouclé le scénario avant son décès en février 2020. Cela donne un album brillant comme la plupart de ceux que j'ai eu l'occasion de lire qu'il avait écrits.

Singulière histoire que celle de cette peau permettant à une jeune fiancée, Bianca, de devenir un homme, Lorenzo, pour rencontrer son futur époux Giovanni en cachette. Mais il va devenir amoureux de l'avatar masculin car il préfère les hommes et pense faire son "devoir conjugal" uniquement pour avoir une descendance. Lorenzo est si beau que tous les invertis (comme on disait à l'époque) s'y intéressent. Il faut dire que la peau magique est si puissante que Lorenzo découvre les amours homosexuelles sans que la virginité de Bianca en souffre.

Hélas, la ville tombe sous la coupe du prêcheur Fra Angelo, le propre frère de Bianca, qui mène une croisade contre la luxure : femmes adultères, invertis et prostituées sont pourchassés impitoyablement. Lorenzo mène la lutte contre la secte grâce au défoulement du carnaval.

Hubert égratigne joyeusement les conventions sociales de l'époque de la Renaissance avec les mariages arrangés pour raisons commerciales, la totale méconnaissance de la sexualité chez les jeunes filles entretenue par les mères, l'ambiguïté vis-à-vis des homosexuels tantôt tolérés et tantôt honnis… et surtout la folie religieuse hypocrite.

Mais il a créé en Bianca une jeune femme tout à fait moderne qui se rebelle contre les règles patriarcales imposées par des religieux fanatiques et par l'hypocrisie masculine des pères et maris. L'attaque de Lorenzo contre Fra Angelo où il dénonce son hypocrisie vis-à-vis de la vision du corps féminin ou masculin et son orgueil qui le fait se placer au-dessus des autres est un grand moment de l'album.

Zanzim a superbement illustré ce conte en mettant un contraste étonnant entre Bianca à la peau très blanche et aux longs cheveux roux et Lorenzo à la peau mate et aux cheveux noirs bouclés… leur seul point commun visible est la coloration turquoise de leurs yeux. La ville est superbement dessinée. Il y a beaucoup de dynamisme et de fluidité dans les graphismes et la colorisation est idéale. Il joue beaucoup avec des grandes cases en pleine page où les personnages sont présents en plusieurs points pour montrer leurs déplacements (la filature de Giovanni par Lorenzo, par exemple). Il faut bien regarder les pages titres des chapitres faites en grandes enluminures d'autrefois qui fourmillent de petits détails comme un appareil génital féminin pour le chapitre 1.

Pour moi, il n'y a rien à jeter dans cet album et beaucoup de ce qui y est dit a malheureusement encore énormément d'échos de nos jours quand cela concerne la place des femmes dans la société ou le rejet de la sexualité qui devrait toujours rester cachée.

En bref

Un conte brillamment écrit par Hubert qui, sous couvert de fable de la Renaissance, appuie où cela fait toujours mal de nos jours : la domination des femmes par une société patriarcale, le rejet de la sexualité qui doit rester cachée. Zanzim a mis tout son art (et il est grand) à illustrer cette histoire.

10
Positif

Scénario génial

Dessins splendides

Colorisation parfaite

Negatif

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