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Critique de Black out (Micol)

par MassLunar le ven. 18 sept. 2020 Staff

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Maximus Wyld - Portrait d'un symbole hollywoodien

Avec Black-Out, Loo Hui Phang (scénario) et Hugues Micol (dessin) affichent un regard sans concession sur l'âge d'or hollywoodien à travers la figure fictive mais ô combien sincère d'un acteur métis MaxImus Wyld.

Maximus Wyld est davantage un symbole qu'une véritable personne. Américain doté de plusieurs origines ( amérindienne, noire, chinois ) Maximus Ohanzee Wildhorse incarne dans ce one-shot les acteurs issus des minorités durant le Hollywood des années 40-50. Des acteurs dont les rôles étaient décidés avant tout selon la couleur de leur peau que pour leur talent. Avec Black-out, Loo Hui Phang et Hugues Micol délivrent un pamphlet généreusement documenté sur cette facette plus ou moins caché d'Hollywood, à savoir le traitement des acteurs issus de minorités dans les films. Le personnage de Maximus est justement un personnage qui va tenter de s'extirper de ce système factice, de ce cinéma à grand spectacle gonflé par les stéréotypes racistes, de ce cinéma de blanc conçu par des blancs pour une majorité , celle des blancs. 

Ce sujet doit bien sûr être recentré dans une période plus ségrégationniste, une période encore plus discriminatoire. Toutefois, sans être naïf, il faut reconnaître que Black-out possède aussi un écho forcément moderne. Hollywood est toujours ancré dans ce perpétuel débat autour de la représentations des minorités que ce soit derrière ou devant la caméra. L'un des derniers sujets houleux est notamment le blackfacing qui est d'ailleurs évoqué dans cet album. Sans surprise, Black-out est un album critique efficace qui possède déjà un solide background. C'est un album choral dans lequel défile bon nombre de personnalités hollywoodiennes. Au hasard, on côtoie Cary Grant, Ava Gardner, le patron de la MGM ou encore John Ford ou Paul Robeson. C'est un album généreusement documenté et animé par le souffle d'une page importante de l'Histoire Hollywoodienne qui démarre avec l'Age d'or durant les années 30 ( avec notamment le fameux film Autant en emporte le vent) jusqu'à la période du Maccarthysme en passant par la censure imposé par le code Hays et l'attaque de Pearl Harbor qui provoquera l'entrée des Etats-Unis sur la scène de la Seconde Guerre mondiale tout en provoquant bon nombre de films de propagande.

Black-out est un album généreux qui ravira les esprits les plus curieux sur l'univers d'Hollywood. Mais c'est aussi et surtout une bd engagé à travers le point de vue de ce Maximus Wylde. Sans être virulent, le scénario de Loo Hui Phang est avant tout explicatif et très verbale. Je vais être honnête, j'ai trouvé parfois les dialogues un peu lourds et un peu rébarbatifs. Il y a beaucoup d'échanges entre Wylde et les autres acteurs, Wylde et les réalisateurs, une avalanche de répliques qui sont parfois un peu impersonnels et qui soulignent avant tout l'envie de pointer du doigt la facticité du système hollywoodien. C'est intéressant mais sur un album assez dense de pratiquement 200 pages, nous avons l'impression que le scénario et les répliques tournent un peu en boucle sans réel progression. Du coup, bien que j'ai aimé le sujet, je l'ai trouvé parfois traité de manière un peu trop pompeuse, un peu trop verbale. Je pense que cela est aussi dû au fait que c'est un titre qui multiplie les personnages , les tournages, qui enchainent bon nombres de situations et de cadres sans jamais vraiment s'arrêter .C 'est un album assez dense qui oublie au final de développer son personnage principal qui est avant tout une incarnation symbolique. Même si cette fausse biographie de Maximus Wylde est une bonne base, force est de reconnaître que ce personnage reste tout de même abstrait. Plutôt que développer un personnage à part entière, avec une certaine psychologie, les auteurs en font un espèce de miroir des minorités dans le monde du cinéma au détriment de le doter d'une vraie personnalité. C'est un peu dommage car on ne s'attache pas vraiment à ce personnage mais plutôt au message qu'il incarne. Au final, j'ai trouvé le contexte et les interventions des personnalités qui entourent Max Wylde plus intéressantes que Max Wylde lui-même. Le seule trait qui se démarque chez Wylde, c'est son côté séducteur intempestif à l'égard des actrices. Bon nombre de planches sont assez provocatrices avec un Wylde qui couche aussi bien avec Ava Gardner que Rita Hayworth. C'est fesse-tif.

Un autre point qui m'a un peu rebuté, c'est le choix du noir et blanc. Alors,il faut tout de même préciser que le dessin de Micol est remarquable. C'est à la fois expérimental avec des séquences hallucinées, caricaturales avec des personnages aux proportions ogresques mais aussi semi-réalistes avec notamment la représentation des véritables acteurs de cette période cinématographique.  Par contre, je suis plus dubitatif avec le noir et blanc qui se marie mal avec la densité de cet album. C'est dommage que le duo ne soit pas partie sur davantage de nuance aux niveaux des couleurs comme le suggère la première de couv'. Au final, nous avons un noir et blanc très tranché avec un bon jeu de clair-obscur mais, voilà, parfois cela alourdit un peu le roman graphique. Après, nous sommes quand même dans un album doté de remarquables planches parfaitement expressifs qui évoque de véritables affiches rétro de films. De même, le noir et blanc semble s'inspirer aussi du cinéma expressionniste. C'est suivant la sensibilité de chacun. Personnellement, je l'ai trouvé parfois un peu lourd sur un album aussi étoffé que Black-Out.




En bref

Black-out est un documentaire généreux et engagé autour d'un Hollywood vue par les minorités de l'époque à travers la figure d'un héros très (voire trop) symbolique. Loo Hui Phang et Hugues Micol signent un pamphlet détaillé parfois un peu pompeux mais aussi nécessaire pour se rappeler qu'Hollywood était (et demeure) une véritable MACHINE à rêves au risque de ne plus avoir les pieds sur terre.

7
Positif

Un regard aiguisé et documenté sur le Hollywood des années trente jusqu'au maccarthysme.

Une peinture intéressante et engagée sur la représentation des minorités au cinéma

Le dessin de Micol entre fantastique expérimentale et portraits réalistes

Negatif

Des dialogues un peu pompeux

Un héros davantage symbolique

Un noir et blanc parfois pesant

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