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Critique de La patrie des frères Werner

par MassLunar le mar. 29 sept. 2020 Staff

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Match décisif

La Patrie des frères Werner est le nouvel album historique du duo Collin/Goethals qui s'est fait remarqué moins d'un an plus tôt grâce au Voyage de Marcel Grob. Ce dernier album fut l'un gros succès graphique de la rentrée littéraire 2019. Le duo récidive avec une nouvelle fiction historique orchestrée cette fois autour de deux personnages, des frères prénommés Konrad et Andreas Werner. 

A travers leur regard et leur implication, nous suivons d'abord l'errance de deux "enfants-loups" (wolfskinder) dans les décombres d'une Berlin bombardée en 45, puis leur appartenance au sein de la RDA, leur recrutement dans la stasi , la police secrète de la république démocratique allemande , jusqu'à un match de coupe de monde en 1976 opposant les deux nations allemandes... A ce stade-là , les deux frères sont devenus des espions pour la RDA , chacun situé d'un côté du mur. 

Peinture historique, chroniques d'un double-destin, le scénario de Fabrice Collin est magnifiquement dépeint par le trait fort et réaliste, finement expressif de Sébastien Goethals. Personnellement, je me suis régalé à la lecture de ce one-shot qui nous plonge d'abord dans les ruines d'un Berlin fumant. Une ouverture qui entraîne le lectorat directement dans les remous de l'Histoire et dans laquelle, les héros de cet album sont avant tout des orphelins de guerre, victimes et témoins de ces mêmes remous historiques. Difficile de ne pas manifester d'empathie pour ces frères Werner qui sont évidemment inspirés des enfants-loups, les wolfskinder, c'est à dire les orphelins du bombardement qui se retrouvaient à errer dans les rues et dans les frontières au lendemain pénible de la guerre.

Je n'ai pas encore lu Le Voyage de Marcel Grob mais, au vu du résumé, on peut deviner l'importance que les auteurs accordent à ces personnes qui subissent l'Histoire et qui suivent malgré eux, le mouvement. Tout comme Marcel Grob qui est recruté sous la menace par la SS, c'est aussi un peu le cas pour les frères Werner. Orphelins, ils finissent recrutés par les soldats est-allemands tout en étant sauvés d'une mort certaine, l'un d'eux étant malade à ce moment-là. J'aime particulièrement ces bd historiques qui choisissent de ne pas refléter la bravoure, la résistance mais de montrer avec un soin particulier les rouages de l'Histoire à travers le point de vue de celles et ceux qui les vivent simplement. La patrie des frères Werner nous entraine vers une passionnante fresque historique durant laquelle les deux frangins deviennent chacun des espions. En plus d'être un bon reflet de cette période , le scénariste Philippe Collin n'oublie pas de développer ses personnages. De manière plutôt subtile dans un premier temps, il dévoile peu à peu les aspirations et les ressentis de ces deux frères. Ayant vécu la même misère, chacun aura pourtant un regard différent sur leur vie. Entre celui qui reste et celui qui part, entre le patriote et l'aspirant à la liberté. Cette relation fraternelle est également une métaphore autour de ces deux soeurs ennemies que fut l'Allemagne à la fin de la Seconde Guerre Mondiale jusqu'à la chute du Mur. 

Le récit est linéaire et pour mieux accentuer les différentes séquences dramatiques, Sebastien Goethals aidé à la couleur par Horne Perreard fait le choix de différentes palettes tout en bichromie pour donner du rythme et de la personnalité à l'action. Un sens de la mise en scène qui frôle souvent avec le suspense dramatique, une tension assez nerveuse qui menace le quotidien de chacun des frères. De même, ce sens de la mise en scène est poussé à son paroxysme durant le fameux match RDA / RFA qui est un petit moment assez jubilatoire à suivre. 

Le style de dessin de Goethals est d'ordre réaliste avec une volonté de capter au mieux le naturel des expressions des personnages. On peut relever son style mimétique quand il s'empare de l'image de véritables acteurs du match comme l'attaquant Sparwasser de la RDA ou le rebelle Paul Breitner de la RFA. Personnellement, le dessin de Goethals me fait penser au style réaliste de William Vance , le regretté auteur de la série XIII, notamment pour la justesse de ces expressions qui se fondent parfaitement dans le récit. Parfois, nous pouvons être gêné par un petit décalage, un souci de proportion, une maladresse... ce qui n'est pas le cas ici, le dessin de Goethals est parfaitement maitrisé de bout en bout. Une véritable justesse dans ce style graphique. 

En bref

Après le voyage de Marcel Grob, Goethals et Collin réusissent un nouveau coup avec ce nouvel album historique. Porté par un style graphique très juste, La Patrie des Frères Werner est un regard profond sur une relation fraternelle qui fait aussi écho à une ex- Allemagne divisée mais toujours lié par le sang. Une belle page d'histoire mené par une passionnante tension dramatique.

9
Positif

Le style réaliste et juste de Goethals associé à une colorisation bien pensée.

Une fresque historique passionnante et tendue à travers le point de vue de deux frères dans le Berlin de l'après-guerre

Un petit documentaire en fin d'album... de quoi ajouter encore plus de coeur à ce regard sur l'Histoire.

Negatif

Le choix du final un peu trop en mode ellipse ( sans que cela soit une importante fêlure à l'intrigue)

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