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Critique de Soeurs d'Ys

par ginevra le dim. 29 nov. 2020 Staff

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Une vision rajeunie d'un mythe très ancien!

Le mythe de la ville engloutie est l'un de ceux qui est le plus présents dans diverses versions de contes et très exploité dans de nombreux domaines artistiques tels que la peinture, la musique… Cette présence importante permet toutes les variations : mer salée ou étendue d'eau douce, submersion naturelle ou provoquée, intervention d'un personnage maléfique ou non, punition divine ou non…

Le mythe d'Ys en est un exemple. Il existe plusieurs versions du conte avec contexte chrétien ou non, l'ouverture des vannes est faite par le diable (ou un de ses suppôts) ou par la princesse elle-même, les habitants d'Ys meurent ou sont sauvés… Rien que dans le domaine de la BD, il en existe de nombreuses versions plus ou moins proches.

Mais les auteurs ont aussi écouté l'opéra d'Edouard Lalo "Le roi d'Ys" qui est peu joué sur scène de nos jours et dont restent surtout un air chanté par les ténors et son ouverture. Les 2 sœurs de l'opéra, l'ainé Margared et la cadette Rozenn, aiment le même homme, le navigateur Mylio. La ville est assiégée par le féroce Karnac, mais la paix doit être scellée par son mariage avec Margared. Hélas, Mylio, donné pour mort, réapparait ce jour-là et déclare son amour à Rozenn. Du coup, Margared ne se marie plus, la guerre reprend mais Mylio vainc Karnac. Pour se venger, Margared donne à Karnac les clés des vannes protégeant la ville. Margared se sacrifie et se jette dans la mer pour que survivent les habitants d'Ys… Je trouve plutôt amusant que deux auteurs nord-américains aient connu et, je suppose, apprécié cet opéra, plutôt oublié en France, pour s'en inspirer partiellement. Les lecteurs curieux pourront le découvrir sur YouTube : Le Roy Dys - Édouard Lalo - YouTube (avec des sous-titres espagnols!).

Si les auteurs ont gardé ce choix de donner 2 filles au roi Gradlon et à la reine Malgven, ils ont inversé leurs âges : la brune Rozenn, qui aime la nature et la solitude, est l'ainée et la rousse Dahut, qui a hérité de la magie de sa mère, est la cadette. Elles sont encore très jeunes à la mort de leur mère et elles vont évoluer bien différemment en grandissant : Rozenn s'isole de plus en plus dans la nature loin de la ville et Dahut utilise la magie pour entretenir Ys. Un contraste saisissant entre la sauvageonne et la débauchée.

Mais ils ont aussi choisi de conserver certains éléments redondants dans beaucoup de contes : les nuits d'amour de Dahut avec de jeunes seigneurs qui meurent étranglés par un masque magique au petit matin, les créatures marines que chevauchent les habitants d'Ys, le jeune seigneur si beau qui fait danser les habitants et qui vole la clé des vannes à Dahut, le nécessaire sacrifice de Dahut aux flots, le miracle du poisson de Corentin…

Le scénario de M.T. Anderson est bien conçu, plaisant et agréablement différent des autres versions que je connaissais. Il offre un terrain favorable aux superbes dessins de Jo Rioux qui a su rendre les personnages expressifs dans les divers sentiments. Elle a créé des décors naturels ou de villes très plaisants avec de belles couleurs. Voilà 2 artistes dont j'espère découvrir bientôt d'autres œuvres… inspirées ou non d'opéras, genre musical que j'aime énormément.

À lire absolument pour découvrir une nouvelle vision d'un mythe très ancien.

En bref

2 auteurs nord-américains ont fait leur un mythe très ancien et se sont inspirés partiellement d'un opéra français bien peu joué pourtant. Une vision nouvelle et très agréable à lire du conte de la ville d'Ys.

8
Positif

beaux dessins aux couleurs agréables

scénario bien construit

Negatif

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