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Critique de Celle qui parle

par Korail le sam. 30 avril 2022 Staff

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Le pouvoir des langues

J’aime la collection Grand Angle qui édite de beaux albums. Celle qui parle est encore une réussite : l’histoire de Malinali, qui a été la femme de Cortès est contée avec humour, recul et sérieux.

Malinali, qui deviendra la Malinche est une personnalité controversée de l’histoire mexicaine : pour certains elle est celle qui a trahi les siens pour collaborer avec les conquistadors espagnols, plus tard, on a découvert qu’elle a utilisé les Espagnols pour venger son peuple des exactions des Aztèques. On ne sait pas très bien dans quelle mesure elle a eu le choix dans les décisions prises.

Dans cet album, Alicia Jaraba raconte son enfance et l’origine de son engagement auprès des Espagnols. Malinali, fille de chef a très tôt appris le nàhuatl, la langue de ses ennemis les Aztèques, elle a aussi appris les plantes et leurs pouvoirs de guérison avec sa grand-mère. Lorsqu’elle se fait enlever par des marchants d’esclaves œuvrant pour les Mayas, elle se retrouve perdu sans maîtriser la langue. Très vite, elle se fait une amie Zazil et apprend à ses côté la langue maya chontal. Suite à l’arrivée des Espagnols, elle apprendra aussi leur langue. Dès lors, le superpouvoir de Malinali c’est la maîtrise des langues. Elle est celle qui parle, celle qui traduit, celle qui fait le lien entre les conquistadors et les peuples autochtones. Elle est au courant de tous les plans et aide même Cortès à se faire passer pour la réincarnation du dieu Quetzalcoat. Peu à peu, son don pour les langues lui donne du pouvoir, une reconnaissance, un statut : elle devient la Malinche. La vision des langues comme découpage du monde est essentielle, cette BD donne à la repenser.

J’ai beaucoup aimé le traitement de cette biographie : ce personnage n’est pas neutre, Malinali, fille de cacique, était destinée à une grande vie et elle a traversé la tête haute toutes les épreuves.

J’ai aimé aussi le parallèle entre les « Indiens » et les Espagnols, leurs rapport au monde, à l’hygiène, leurs croyances et même leurs façons de faire l’amour. Les scènes se répondent à travers le point de vue de Malinali et, amusant ou révoltant, c’est très bien fait.

Côté dessin, c’est un très bel album aussi : Malinali est très expressive, le corps des femmes à des âges divers est particulièrement bien rendu et le choix des plans est original. Il y a beaucoup de plans très rapprochés, le regard se centre sur des détails dans une grande variété de couleurs, c’est très réussi.

On finit cet album avec l’envie d’en savoir plus sur la Malinche, on savoure les dernières pages : je le recommande vraiment.

En bref

Malinali, qui deviendra la Malinche est une personnalité controversée de l’histoire mexicaine : elle est celle qui a trahi les siens pour collaborer avec les Conquistadors espagnols mais elle est aussi celle qui a su utiliser les Espagnols pour venger son peuple des exactions des Aztèques et protéger le plus possible les Mayas. Le superpouvoir de Malinali, c’est la maîtrise des langues. Elle est celle qui parle, celle qui traduit, celle qui fait le lien entre les conquistadors et les peuples autochtones. Cette magnifique BD conte une partie de l’histoire de « Celle qui parle » avec humour, recul et sérieux et offre une réflexion sur les langues comme découpage du monde. Je la recommande sans réserve.

9
Positif

personnage principal

réflexion sur les langues

parallèles Indiens / Espagnols

illustrations

Negatif

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