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Critique de La louve boréale

par MassLunar le lun. 11 juil. 2022 Staff

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Une louve en colère

Nuria Tamarit est une dessinatrice et illustratrice espagnole qui s'est surtout fait remarquer par la bd Géante aux éditions delcourt et scénarisé par Jean-Christophe Deveney.

Avec La Louve Boréale, elle signe ici  sa première bd personnelle pour laquelle elle endosse donc le double-rôle de dessinatrice et scénariste...Dommage cependant que son sublime dessin tout en caractère  soit aussi entaché par une intrigue plutôt  vide et un énième discours féministe guère nuancée dans lequel l'homme blanc devient bien sûr la source de tous les maux ! Un discours éculé traité de manière un peu trop grossière qui gâche tout le potentiel de ce récit d'aventure qui pourtant ne démérite pas par sa force et sa soif de vivre. 

Je précise que ce n'est pas le message féministe en tant que tel que je critique mais plutôt le tambourinage avec lequel ce message est transmis, un matraquage qui n'a rien de nouveau et qui se manifeste aussi bien à travers un discours didactique, victimaire  et frondeur ( c'est la faute des hommes ! Les hommes détruisent la nature et  les femmes... j'en passe et des bien connues ) que par un dessin et des passages cruels mettant en scènes ces barbares d'hommes blancs édentés et velues ( figure exceptée du triste copain disparu au délicat faciès...). Pourtant, La Louve Boréale aurait pu agréablement se lire comme un The Revenant au féminin avec une femme intrépide bien décidé à s'en sortir au sein coeur d'une nature hostile, ce qu'il est en partie, et c'est d'ailleurs les meilleurs moments de cette bd : les moments de survie, les moments de perdition au cœur de cette nature illustrée magnifiquement par des doubles-planches.

Le style de Nuria Tamarit est un style du voyage et de la féerie naturelle constaté déjà dans l'album Géant. On retrouve ce style de poésie brut entremêlés de majestueuses apparitions fantomatiques comme cette louve géante au cœur de la nuit ou de délicats souvenirs bucoliques. Les environnements sont variés dans cette aventure dont on ressent le poids et la fatigue à chaque page. Le style est prenant et suffit largement à nous faire passer un bon moment de lecture. 

Nous nous laissons donc  embarquer dans cette quête de l'or bien narrée mais par contre nous nous laissons aussi diriger par sa morale convenue et aussi subtile qu'un coup de pioche dans la tronche. Dans ce titre, les hommes sont tous cruels et méchants uniquement guidés par l'avidité mais heureusement Dame Nature figurée par cette féroce et titanesque louve est là pour veiller au grain. Entretemps, notre héroïne s'interroge elle aussi sur son statut de pilleuse venue pour dérober l'or de cette terre, seul  petit point intéressant qui met un peu plus de saveur à cette trame dirigiste.    


A lire dans un même registre mais en beaucoup mieux, le récit de la Malinche dans Celle qui parle.                                                                                                                                           

En bref

La Louve boréale est une puissante bd d'aventure régie par un style de dessin fort qui entremêle rigueur, dureté et envolées plus lyriques mais qui est malheureusement rattrapée par une morale beaucoup trop simpliste et un discours dirigiste.

6
Positif

Un dessin de qualité qui impose aussi bien la survie , la dureté que de véritables envolées poétiques comme l'image de cette louve gardienne se fondant dans le ciel

Une héroine forte et attachante

Un récit bien narré

Negatif

Un discours et une morale bien trop dirigiste et traité de manière simpliste

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Commentaires (1)
  • ginevra
    Staff

    Juju, je ne peux pas être d'accord avec ta comparaison finale avec "Celle qui parle" car ce sont vraiment des BD trop différentes.
    Le discours n'est pas si simpliste que cela si tu te replaces dans le contexte de la ruée vers l'or... et aussi par le fait qu'il y a deux amérindiennes sur 3 femmes dans l'album. J'avoue que le discours écologique, que j'ai trouvé simpliste, m'a plus gênée que le discours féministe... mais je suis une femme!