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Critique de Stand by me, Kakuemon #1

par Tampopo24 le lun. 4 mars 2024 Staff

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La difficile vie d'un mangaka passant de l'ombre à la lumière !

Des mangas jouant à parler d'eux-mêmes et de leurs mécanismes, on commence à en avoir quelques uns sur le marché. Ça va du jeunesse Bakuman, sûrement le plus connu, jusqu'au témoignage reconnaissant envers son maître de Trait pour trait. L'éditeur Meian vient aussi nous l'offrir un plateau, mais en mode sociétal rageur. C'est d'un catharcisme explosif.

L'auteur de cette oeuvre revendicatrice, Shuho Sato n'est pas un débutant. Nous le connaissons en France pour Say hello to Black Jack, son manga médical, mais aussi pour l¨'ile des Téméraires et Umizaru, qu'il semble directement citer ici, pour évoquer sa vision de la vie réelle d'un mangaka, une vie bien plus sombre et difficile que celle un peu trop lisse et romancée de Bakuman d'Obata, que Shuho Sato ne semble pas avoir beaucoup appréciée ^^!

Nous voici donc devant un objet qui joue sur plusieurs registre pour mieux capturer et captiver son lecteur. Le premier niveau, évident, est celui d'un réalisme cru pour évoquer ce que peut être la vie d'un mangaka, d'abord assistant exploité, puis jeune auteur prometteur qui tombe dans de nombreux pièges. Le second niveau découle de celui-ci, il y a un ton fort revendicateur et criard ici, porté par une narration énergique et brailleuse, où l'auteur dénonce les travers de cette industrie et ses conséquences sur les individus connus ou non. Et de là aussi découle le troisième niveau, un niveau plus humain, une sorte de mise en abime de l'auteur lui-même où un fantastique futuriste et une romance un peu scabreuse viennent s'insérer. C'est très riche à lire.

C'est donc un titre entièrement sociétal que nous présente l'auteur. Le ton est volontiers dramatique, montrant la misère de l'état d'assistant : faible salaire, pas de reconnaissance, grand nombre d'heures, mauvaises conditions de travail. Il présente un peu un héros au bout du rouleau qui n'arrive à rien même pas à pécho la fille qui lui plaît qui se tape leur maître, car elle n'aime que ceux qui réussissent. L'auteur n'y va pas avec le dos de la cuillère. Et même quand un horizon d'espoir est face à nous quand notre jeune talent se fait connaître, ce n'est que pour tomber de Charybde en Scylla et découvrir les mille et une façons de se faire encore exploiter. N'en jetez plus !

Du côté, j'ai aimé que ce soit moins lisse qu'un Bakuman. De l'auteur, j'ai peut-être trouvé cela un peu trop poussif, un peu trop excessif. Ç'avait été aussi le cas avec Inio Asano quand il avait ainsi parlé de lui-même. Ok, on sait qu'il y a des requins, mais a-t-on besoin d'en montrer autant, partout, de son maître à sa copine, en passant par son responsable éditorial et celui qui lui fournit sa documentation ? Du coup, comme l'auteur semble insérer par mal d'éléments de sa propre vie, la question se pose : qu'est-ce qui est vrai et qu'est-ce qui tient de l'ajout narratif ? Parce que quand on voit le Lui du Futur qui interagit, on a déjà un élément fantastique, alors et le reste alors ? 

Ça reste cependant passionnant à lire car l'auteur a parfaitement scénarisé tout cela. C'est dynamique et rythmé dans les déboires que ne fait que vivre l'auteur. C'est drôle et grinçant dans un sens du côté de la romance, qu'on peut difficilement appeler ainsi tant l'un est naïf et l'autre intéressée. C'est percutant aussi car ça dénonce et que tout le monde en prend pour son grande et bien sûr, on cherche et cherche les détails qui viendrait de sa propre expérience. N'est-ce pas ce manga sur les forces spéciales ;)

Côté objet, il faut saluer le rapport qualité/prix offert par Meian car le titre, qui au passage devrait être court, il a 3 tomes pour le moment au Japon, s'ouvre sur un long chapitre de plus de 40 pages toutes en couleur ! Nous sommes sur un grand format avec couverture au grand spécial et le tout pour moins de 10€. Certains pourraient prendre exemple.

En bref

Quand on est mangaka, on peut se permettre de commettre sa propre oeuvre quand on n'est pas satisfait de celle d'un collègue sur un sujet qui nous intéresse, c'est ce que propos Shuho Sato. C'est cru, c'est percutant et grinçant. La vie de mangaka n'a décidément rien de facile et on se demande pourquoi tant veulent encore le faire mais la réponse vient vite : la passion. Et qu'est-ce qu'on a envie de suivre celle de notre héros malgré ses déboires incessants !

7
Positif

Un ton incisif pour cette incursion plus vraie que nature

Des mésaventures rythmées en pagaille

Un héros dont la passion donne envie de l'encourager

Negatif

Un petit côté excessif qui pose des questions sur la véracité de l'ensemble

Une sexualisation dérangeante et malsaine de la "romance" où on donne encore le mauvais rôle à la femme...

La vision problématique de la femme

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