Finir sa série
Quelle drôle de vie décidément que la vie de mangaka et celle intégralement autobiographique (?) de Shuho Saito est quand même quelque chose !
Qu’on se le dise, j’aime beaucoup le regard et retour critique qu’il pose sur sa carrière. Je suis en revanche bien moins fan de la manière dont il s’y prend ajoutant outrance sur outrance, notamment sexuelles, et je ne suis pas prude, mais je trouve cela de trop ! On pouvait avoir un discours critique, dénoncer les travers de cette industrie sans ajouter ces détails sordides, sauf s’ils sont 100% vrais, mais j’avoue avoir du mal à y croire. Croyez-moi naïve dans le cas contraire.
Bref, Shuho Saito décide de mettre en terme à sa série à succès dans ce tome et il a toutes les difficultés à se faire entendre par son équipe éditoriale. Le parallèle est tout trouvé avec bien des mangakas, Toriyama en tête, le nom le plus connu ayant subi cela, l’auteur s’en saisit donc à raison. J’aime bien sûr son discours sur la nécessité à savoir arrêter une série au juste moment et à ne pas céder aux sirènes des fans et de l’argent facile. Résultat, il change d’éditeur et là aussi, le récit de sa quête d’un nouveau responsable est épique de cynisme ! Mais quel plaisir d’y voir ainsi se dessiner le futur Say Hello to Black Jack et la manière dont il a été conçu. Cynique, cynique, cynique. J’ai vraiment l’impression que l’auteur déverse tout ce qu’il a sur le coeur et c’est pas beau du tout.
Quant à sa vie perso, je ne sais pas. Je trouve vraiment dérangeant sa manière de parler et présenter les femmes dans chaque aspect de sa vie. Il semble avoir (peut-être à raison) la dent dure contre sa mère et s’en venge ici. Il dénigre également les femmes de son entourage professionnel, que ce soit une éditrice ou une collègue. Il passe son temps à les rabaisser, les sexualiser, en faire des femmes faciles, vénales, manipulatrices. C’est vraiment dur à lire, désagréable même et forcément je trouve cela excessif et j’aimerais connaître la limite entre la réalité et la fiction car c’est vraiment énorme ici. Fait-il ça sincèrement ? Dans quel objectif dans ce cas-là ? Ou invente-t-il tout cela ? Dans quel objectif à nouveau ? Je serais curieuse qu’il en parle dans ses postfaces, car je ne ressens que sa hargne et son dégoût pour le moment, même lors des drames…
En bref
Titre pour public averti et à raison. Si le discours critique sur le monde du manga, ici avec l’exemple d’une fin de série souhaitée par l’auteur mais pas par l’éditeur, est intéressant. En revanche, sa mise en scène dans un milieu pourri surjoué avec une sexualisation à outrance et un dénigrement constant des femmes est vraiment plus problématique et dérangeante pour moi. Mais j’aime beaucoup voir l’arrivée des coulisses de la création d’un manga que j’aime : Say Hello to Black Jack.








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Commentaires (2)
Tampopo24
StaffC'est tout à fait ça. L'auteur n'a pas besoin de tels artifices pour dénoncer le milieu du manga et de la production en général.
aurelgugus
MembreJ’ai eu exactement le même ressenti sur les scènes explicites. J’avais adoré le tome 1 mais le tome 2 était tellement sexualisé que je n’ai même pas testé le tome 3. La surabondance de sexe dénature à mon sens le propos de l’auteur. Dommage…