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Critique de Rat City #1

par Ben-Wawe le jeu. 6 nov. 2025 Staff

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Une nouvelle proposition très prenante dans l'univers de Spawn, qui n'est pas un véritable « Spawn Beyond » mais une belle et bonne histoire d'action, de cyberpunk et de traumatismes

Delcourt poursuit la diffusion des différents titres entourant Spawn, la fameuse série de Todd McFarlane que celui-ci déploie sur plusieurs projets, plusieurs formats et plusieurs thèmes. Le fameux éditeur français publie ainsi les douze premiers numéros de Rat City, nouveau projet lancé en 2024 en parallèle d'autres titres en VO comme Violator, Focus (spin-off de Gunslinger Spawn) et Medieval Spawn.
Cependant, si Todd McFarlane a déjà régulièrement montré le passé de son univers, et proposé quelques récits sur un avenir bien sombre (comme dans Hellspawn Tome 2, cliquer ici sur le lien), « le futur » est assez flou pour Spawn et les personnages qui gravitent autour. Rat City semble avoir pour mission de caractériser, former, forger plutôt ce fameux futur, en se projetant en 2111, où le monde est plongé en pleine vision cyberpunk mais où tout va changer suite à un fameux événement du présent. Todd McFarlane a ici confié la réalisation de cette série continue à Erica Schultz (déjà vue sur The Deadliest Bouquet, Moon Knight : Black, White and Blood) et à Zé Carlos (qui a dessiné Captain America, Strange Academy, Moon Knight).
Delcourt a la bonne idée de proposer les douze premiers numéros en un tome, pour une lecture dynamique, pleine de rebondissements, intense, prenante, dans un beau volume avec quelques bonus agréables.

Mais de quoi parle finalement Rat City Tome 1 ?
Nous sommes donc en 2111, dans un futur où les Humains se sont entièrement tournés vers le progrès technologique. Les Etats demeurent, les complots et les actions black-ops également, ainsi que les corporations corrompues. En 2107, le Conflit du Caucase a éclaté et a nécessité l'intervention de la Coalition Unie des Nations, avec des soldats de tout pays. Owain Rhys et Peter Cairn en font partie, sont amis et considèrent mener « correctement » leurs missions, malgré les pertes ; mais une intervention tourne mal, et les laisse mutilés. Ils acceptent de participer à des expériences de Pharmatech Solutions (P.T.S.), et Rhys retrouve des mains bioniques alors que Cairn bénéficie de prothèses de jambes.
Hélas, ils ne répondent pas aux exigences impossibles du Dr Forneus Boze, qui répond à un P.D.G. mystérieux et lié à un vieil ennemi d'Al Simmons, au présent. Rhys et Cairn sont chassés du programme, et se forment des vies misérables par la suite. En 2111, donc, tout change quand la détonation nécroplasmique d'Al Simmons a des répercussions à cette époque, en parallèle d'une surcharge des appareils électroniques dans le Bowery, un quartier de Manhattan et qui est désormais surnommé Rat City au vu des laissés pour compte qui y vivent.
Peter Cairn sent un étonnant déclenchement dans ses prothèses et les nanites qui lui ont été jadis injectées, et il est récupéré par Rhys qui veut agir avec lui contre P.T.S. et ses secrets. Rhys le met en contact avec le hacker non-binaire Quinlan Wali, mais tout tourne mal que Cairn déclenche un costume en nano-machines proche de celui de Spawn ! Tout s'accélère alors que P.T.S. veut le récupérer, au point de sacrifier l'un de ses médecins et de massacrer tous ceux en travers de leur route...

On le comprend, Rat City Tome 1 est un récit dense, intense et particulièrement dynamique.
C'est d'ailleurs la principale qualité du scénario d'Erica Schultz : les épisodes se lisent avec avidité, car l'action est très présente et bien dosée. Cairn vit véritablement une course constante, contre les événements et contre ses adversaires, mais surtout pour comprendre qui il est, et ce qu'il est.
La narration est ainsi très efficace et très prenante, avec un rythme très bien maîtrisé et une vraie envie de lire rapidement la suite. C'est un véritable « page-turner », comme l'on dit en langue anglaise, et il est très agréable de se plonger dans une lecture aussi dynamique.

En outre, le scénario gère bien ses personnages, les présente bien et les anime bien. L'on peut initialement penser que Rhys sera le héros, mais le focus passe ensuite sur Cairn, alors que la voix-off n'est pas, comme dans Spawn, sur une exposition des événements, mais bien les pensées de Quinlan Wali. Ce dernier est un personnage classique de hacker, mais son genre est amené sans fioriture et sans difficulté, ce qui est une bonne gestion d'un élément qui aurait pu être maladroit.
En outre, Cairn est un personnage traumatisé agréable à suivre, pas « juste » une copie d'Al Simmons mais un homme paumé, rongé depuis longtemps par les doutes et les peurs, et qui semble juste essayer de bien faire. C'est agréable, et ses réactions aux drames sont bien tournées.
Enfin, P.T.S. est certes une bonne vieille organisation scientifique dangereuse et complotiste, mais Dr Boze est un bon méchant, alors que le P.D.G. a un bon lien avec le présent de Spawn.

C'est cependant là un élément qui peut crisper autant qu'il peut plaire : les liens avec la franchise Spawn sont assez faibles.
Certes, l'on ne peut pas passer à côté du look de Cairn, qui est clairement une vision « techno » du costume mythique de Spawn. Certes, Cairn parle avec les mêmes bulles grises qu'Al Simmons. Certes, ce même Al Simmons apparaît dans quelques vagues visions, et le nom Hellspawn est prononcé.
Mais après douze épisodes, il n'y a pas grand-chose d'autre qui relie réellement Cairn à Simmons, et globalement aux Enfers. Le dernier numéro commence à créer un lien, une trajectoire connexe entre Peter et Al, mais cela reste un peu « faible » en soi, avec finalement plus l'impression de lire une saga d'action futuriste qu'un véritable « Spawn Beyond », comme l'on pouvait le penser en voyant les designs proches du Batman Beyond télévisé.

C'est en soi autant une qualité qu'un défaut : les vagues connaisseurs de l'univers Spawn n'auront pas de sentiment de perte, et peuvent se lancer sans difficulté ; mais les fans seront peut-être frustrés de voir si peu de liens entre les séries.
D'autant plus que l'aspect cyberpunk est présent, traité et évoqué, mais n'est pas forcément le cœur du récit ou très détaillé. Ce qui peut être dommage, car il serait intéressant de voir l'origine magique d'Al confrontée à l'origine scientifique de Peter. Mais ce sera peut-être abordé dans la suite.

Graphiquement, Zé Carlos réalise l'ensemble des épisodes, et il le fait bien.
Le dessinateur a un style classique, clair, fluide qui est agréable à l'oeil et qui bénéficie d'une narration directe et efficace. Bon, clairement, l'on est loin des ambiances graphiques très travaillées de certaines œuvres de l'univers Spawn, et le style n'a pas la puissance de celui de Todd McFarlane ; mais Zé Carlos rend chaque case claire et agréable, avec des personnages bien reconnaissables, de bonnes scènes d'action, de bonnes transformations et de bonnes bagarres.
A noter aussi un côté gore maîtrisé, qui montre sans être désagréable. Un bon point, pour un ensemble graphique classique mais très efficace, avec un coup de chapeau pour réaliser douze épisodes d'affilée, quand même !

En bref

Rat City est une lecture prenante, dynamique, dense et efficace. Le scénario livre une course-poursuite constante qui n'est pas lassante, mais qui capte bien son lecture dans un récit aux tournures et postures classiques, mais réussies. C'est un bon divertissement, joli graphiquement dans un style lui aussi classique mais qui fonctionne fort bien. Attention, cependant : malgré le design, ce n'est pas une version Spawn Beyond, et les liens avec l'univers Spawn sont en l'état présents mais peu prégnants, ce qui est autant une qualité qu'un défaut.

8
Positif

Un rythme très dynamique, très fluide, très prenant, très efficace.

Des personnages bien écrits et bien animés, notamment un héros paumé et humain.

Quelques liens avec l'univers Spawn mais sans qu'ils soient trop prégnants : personne n'est perdu.

Negatif

Un contexte cyberpunk qui manque un peu de détails et d'originalité, quand même.

Un style graphique agréable mais très classique.

Quelques liens avec l'univers Spawn mais sans qu'ils soient trop prégnants : c'est frustrant pour les fans.

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