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Critique de Hellspawn

par Ben-Wawe le ven. 24 oct. 2025 Staff

Rédiger une critique
un recueil massif, intense et puissant où Todd McFarlane prête à sa création à plusieurs auteurs inspirés pour des histoires fortes et formidables graphiquement

Delcourt propose un deuxième tome de Hellspawn, sa série de recueils de récits annexes et prenants dans l’univers du personnage Spawn créé par Todd McFarlane, et qu’il déploie dans plusieurs titres annexes.
Le premier volume est sorti en 2017, et comprenait des productions de Brian Michael Bendis, Steve Niles, Ashley Wood et Ben Templesmith, pour des intrigues fortes, déconnectées de la continuité du moment de la franchise infernale passionnante, afin de donner un rendu éthéré et puissant de l’ensemble.
Le deuxième paraît à la rentrée 2025, avec ici des propositions diversifiées, différentes, qui permettent de voir comment d’autres auteurs peuvent s’emparer du Rejeton des Enfers, et l’amener dans des voies qui viennent compléter les formidables idées de Todd McFarlane. Le tout dans un fort beau et bon volume, doté de plusieurs bonus agréables, et de compléments éditoriaux fort bienvenus pour compléter et contextualiser les récits, soit la marque de ce bel éditeur.

Mais de quoi est constitué Hellspawn Tome 2, finalement ?

L’intégrale débute par De sang et d’ombres par Paul Jenkins et Ashley Wood, avec une introduction par Todd McFarlen qui en est très heureux qu’il rapproche de Batman : Arkham Asylum par Grant Morrison et Dave McKean, dont il est fan.
Le récit se concentre sur les habitants d’un immeuble qui aurait été construit sur un cimetière indien, et le lieu d’un Mal Ancien étrange. Léa et Camille y emménagent ensemble, mais la première vit mal son job de policière avec plusieurs meurtres intenses et sa vie relationnelle, entre une mère castratrice et sa compagne qu’elle n’assume pas. Spawn apparaît en ombre dans les recoins, avant un rôle fort dans un final terriblement déchirant et révélateur.
Un début très fort et prenant pour cette intégrale, avec un scénario où Spawn est en effet un croquemitaine, un observateur de la déchéance humaine avant de stopper la folie et le Mal Ancien qui a corrompu les âmes et les êtres. C’est puissant, intense, rude à la lecture, avec un twist qui marque même s’il génère quelques questions « pratiques », avec surtout de superbes dessins.
Ceux-ci sont particulièrement sombres, travaillés, avec une ambiance magnifique et oppressante, et un aspect mystique et ésotérique très bien amené. Un graphisme pleinement adapté à la franchise.

L’on continue avec Sauvé par le sang d’Alan McElroy et Ashley Wood, encore. Il s’agit de la suite de la saga Sombre Futur, publiée dans La Malédiction de Spawn Volume 1 (cliquer ici sur le lien).
400 ans après la mort d’Al Simmons, l’Enfer a conquis le monde et les Humains sont à la merci de Démons terribles et terrifiants. Le criminel Daniel Llanso est ramené en Hellspawn par le successeur de Malebolgia, le Phlégéthonien, mais il se conduit héroïquement notamment pour protéger Matthew et sa mère Madrid. Ceux-ci vivent avec des rescapés, qui envisagent d’attaquer Nu-Vatican et l’Anti-Pape. Llanso combat plusieurs créatures démoniaques, et tente d’exorciser Abel, pour stopper les sombres plans du Phlégéthonien…
Un récit âpre, un peu gore mais surtout glauque. La saga initiale était déjà rude sur cet aspect, mais cette suite module en ayant une approche moins visuelle mais plus travaillée dans l’ambiance, dans la sensation de désespoir absolu et de défaite évidente. C’est en outre quelque peu confus dans la narration, et cela fait trop référence à l’histoire originale pour être lu de manière indépendante.
Dommage, car Ashley Wood est encore une fois formidable aux dessins, avec un travail énorme pour caractériser ce monde terminé, cette Apocalypse passée et donc la vie après, faite de douleurs, d’espoirs brisés et de réussite impossible. Très fort.

L’on aborde ensuite Le Grand Livre des Morts, rédigé par Steve Niles et David Hine, avec des illustrations d’Ashley Wood, qui a été diffusé à la fin des années 2000 sous le contrôle de Todd McFarlane.
Il s’agit d’un passage en revue des personnages, concepts et événements intervenus dans la franchise et autour de Spawn depuis ses débuts. Une succession de faits relatés sur chaque grand élément de la saga infernale, avec des rappels bienvenus et des liens intéressants entre des intrigues parfois éloignées.
Bon, c’est essentiellement un résumé des épisodes précédents d’alors, une œuvre qui vise à faire le point sur la franchise, et à en synthétiser les grands aspects pour les nouveaux, retardataires ou ceux souhaitant de légitimes rappels. C’est fort bien fait, car jamais long ou lourd, jamais trop bavard ou survolé, mais cela demeure une lecture à hacher, parce que cela peut être rébarbatif.
Surtout, cela bénéficie encore de la prestation graphique d’un Ashley Wood très inspiré pour croquer les grands personnages et concepts de la franchise. Son trait si particulier donne toute sa force à l’ensemble, et donne une vraie impression de plonger dans un livre horrifie et impie.

Enfin, l’ensemble s’achève sur Spawn : Simonie et Les Architectes de la peur, deux productions françaises sur Spawn. La première est diffusée en 2004 et écrite par Alex Racunica (alias Alex Nikolavitch, bien connu dans le milieu comics français) sur une idée d’Arthur Clare (alias Jean-François Porcherot, éditeur de la franchise chez Semic alors). La deuxième sort en 2011, et est co-écrite par Arthur Clare et Todd McFarlane, et les deux sont dessinées par Aleksi Briclot.
Ces productions sont issues d’une collaboration forte entre la France et Todd McFarlane lors de ses déplacements ici, et l’envie de responsables d’alors de proposer un récit de Spawn par des auteurs français. Les deux histoires ne sont pas liées entre elles, mais ont toutes deux une approche spécifique des personnages et des choses, une ambiance particulière qui vient des influences mais aussi du dessinateur, bien qu’il change de style entre les deux.
Spawn : Simonie, nommé en hommage au terme qui définit la volonté d’acheter ou de vendre une chose intrinsèquement spirituelle, se déroule à Paris, où Spawn arrive après avoir été poussé par Cogliostro pour stopper une opération impie sur une relique chrétienne sacrée. Al Simmons intervient ici en parallèle de personnages français, paumés dans un complot intense et lié aux thématiques du clonage en vogue à l’époque.
Les Architectes de la peur se déroule en Amérique, avec Al forcé de collaborer avec une Ange Architecte qui l’informe d’un trouble dans un lieu reliant Enfer et Paradis, où des âmes sont piégées et maltraitées. Il croise également son frère, Marc, récemment endeuillé, et les révélations sur les manipulations provoquent la légitime fureur d’un Spawn acharné à aider les siens, même sans se l’avouer.
Les deux récits sont donc différents, mais se rejoignent sur un rôle de Spawn en croquemitaine, en menace éthérée (surtout pour la première) avant une résolution finale pleine de fureur et de violence. Les personnages sont bien tenus, les éléments sont bien amenés, et les ambiances sont intenses.
Chacun a cependant ses avantages et ses défauts : Simonie a des éléments un peu « simples » ou faciles, mais a le charme d’un passage sérieux en France ; Les Architectes a une superbe ambiance horrifique et ésotérique, mais demeure en soi presque un épisode « comme les autres » de la franchise, avec un complot un peu obscur.
Graphiquement, Aleksi Briclot (devenu depuis concept-artist pour Marvel Studios) change de style entre les deux, avec une colorisation sans encrage pour le second. La première prestation est ainsi belle mais plus « jeune » dans l’approche, bien que très lisible et fluide, alors que la deuxième a des moments superbes, une intensité totale dans l’ambiance, mais quelques passages très confus.

En bref

Le deuxième tome de l’intégrale Hellspawn s’est fait attendre, mais ne doit pas être loupé. Todd McFarlane prête pour le meilleur sa création à des auteurs extrêmement inspirés, avec ici des histoires intenses, prenantes, hors de la continuité souvent mais totalement en phase avec le meilleur du personnage. Le graphisme est particulier, mais il convient complètement à ces ambiances oppressantes, étouffantes, terrifiants mais ô combien excitantes. Un must de la franchise.

9
Positif

Des récits très bons, très intenses, très prenants, et suffisamment hors de continuité pour ne gêner aucun lecteur.

Des graphismes extrêmement puissants, très travaillés, avec une ambiance ésotérique, mystique et horrifique formidable.

De bons apports de rédactionnel et de bonus pour comprendre les projets.

Negatif

Le récit Sauvé par le sang, trop glauque pour le lecteur que je suis et trop lié à son premier chapitre publié ailleurs.

Le Grand Livre des Morts est très bon, mais c’est une lecture à picorer sur quelques jours pour éviter que cela soit rébarbatif.

L’envie d’avoir des suites à Simonie et Les Architectes de la peur, qui se font attendre !

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