Une superbe transposition du Cid dans le Japon du MoyenÂge
Les auteurs ont osé la transposition de la pièce de Corneille Le Cid dans un contexte moyenâgeux japonais. Il y a des parties entières de la pièce qui ont été adaptées avec l'usage de nom japonais. Cela m'a bien rajeunie car j'avais étudié la pièce au collège en 5e ou 4e… avec, évidemment, le fait d'apprendre par cœur soit la tirade de Don Diègue, soit les stances de Rodrigue (qui ont disparu ici).
Je résume rapidement l'intrigue : Natsumé aime Harumi, mais un différend oppose leurs pères. Le vieux Fuyusaru est devenu trop faible pour se venger seul de l'affront d'Akitora. L'honneur impose donc au jeune homme de venger son père en tuant celui de sa bien-aimée. Elle demande sa mort, mais les circonstances font qu'il va sauver le royaume d'une terrible attaque de démons. Le shogun lui accorde son pardon.
La transposition dans le Japon médiéval ne m’a pas gênée. Après tout le grand Kurosawa a adapté Macbeth dans Le château de l’araignée de très brillante façon. Mud et Julien Motteler ont réussi une belle transcription parfaitement servie par des dessins fins. Ils vont relancer l'intérêt du jeune public pour ce classique de la littérature française. Le titre Ketsudan veut dire Le dilemme… quoique, ici, il n'y en a pas vraiment : le fils doit venger le père pour l'honneur de son nom… d'où la disparition des stances : " Percé jusques au fond du cœur / D’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle…"
Je regrette juste que l'infante d'Espagne qui aurait dû être la fille du shogun ait disparu de cette adaptation.
Pour le plaisir, je vous transmets le poème de Georges Fourest tiré du recueil La négresse blonde :
Le palais de Gormaz, comte et gobernador,
est en deuil : pour jamais dort couché sous la pierre
l’hidalgo dont le sang a rougi la rapière
de Rodrigue appelé le Cid Campeador.
Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre
Chimène, en voiles noirs, s’accoude au mirador
Et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
Regardent, sans rien voir, mourir le soleil d’or…
Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle :
sur la plaza Rodrigue est debout devant elle !
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,
le héros meurtrier à pas lent se promène :
« Dieu ! » soupire à part soi la plaintive Chimène,
« qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! »
J'ai vraiment apprécié cette superbe adaptation d'un classique, si classique que plein de répliques sont devenues proverbiales sans que l'on se rappelle toujours d'où elles viennent.
En bref
Une splendide transposition dans un Japon moyenâgeux de la pièce de Corneille "Le Cid". Les graphismes fins et parfois surprenants appuient une langue ciselée qui passe très bien dans ce contexte. A découvrir au plus vite!
Positif
adaptation surprenante mais séduisant
dessins fins et superbes
contexte japonisant bien conçu









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