Critique de Le Surfer d'Argent Par Stan Lee / Moebius
par Le Doc le dim. 26 juil. 2026 Staff
Parabole.
Comme Stan Lee l'expliquait dans sa préface, c'est au détour d'une allée d'un festival de bande dessinée en Californie qu'il est tombé par hasard sur Jean "Moebius" Giraud, qui était présent avec son ami Jean-Marc Lofficier. Et toujours d'après Stan, c'est ce dernier qui aurait soufflé l'idée aux deux hommes de travailler sur un projet ensemble. Le nom du Silver Surfer s'est imposé de lui-même, tant le héros cosmique se prêtait harmonieusement au style de Moebius. Pour Giraud, l'expérience n'a pas été si facile que cela, il fallait qu'il se fonde dans un cadre différent de celui qu'il connaissait, notamment cette "Marvel Way" qui fait qu'il a travaillé d'après un synopsis succinct fourni par Lee avant l'ajout des dialogues, ce qu'il explique dans une postface d'époque au ton rafraîchissant (j'ai l'édition Casterman de 1990).
Les dessins de Moebius sont d'ailleurs pour moi le point fort de cet album. Visuellement, le résultat est très différent de ce que Marvel proposait à l'époque...et c'est d'ailleurs certainement pour cela que la mini-série en 2 numéros a été publiée sous le label Epic...et à part quelques cases que j'ai trouvées un peu en dessous du reste, le co-créateur de Blueberry a réussi à imprimer sa personnalité à ce récit se déroulant dans une sorte de futur hypothétique d'un monde alternatif dans lequel les super-héros n'existent pas. Il y a de la délicatesse dans le court flashback de l'évocation de Zenn-La, un côté un peu plus rugueux dans la description de cette société troublée (les rues sont sales, la violence est partout...) et de la puissance dans l'apparition de Galactus et les scènes de destruction de la deuxième partie.
Par contre, je suis moins convaincu par le scénario. Galactus revient sur Terre (même si les humains semblent l'avoir oublié) et se présente comme un Dieu venu apporter un nouvel âge d'or. Il libère l'humanité des lois de leur société, créant une nouvelle religion en son honneur ainsi qu'une anarchie de masse. Son but est de laisser les hommes se causer eux-mêmes du mal en son nom, leur perte n'étant alors plus qu'une question de temps. Une variation du Dévoreur de Planètes qui se perd dans le discours de Stan Lee sur la religion et le libre-arbitre de l'humanité (et pour un être toujours tenaillé par la faim, il emploie ici des moyens vraiment détournés)...
Certains aspects du récit auraient mérité d'être mieux développés (comme tout ce qui concerne l'évangéliste Colton Candell, dont l'importance et l'influence sont expédiées en quelques pages avant son revirement final) et l'emphase des mots de Stan Lee peut se montrer assez lourde. Malgré ces défauts, cette Parabole a eu son succès à l'époque...et un certain Quentin Tarantino lui a même fait référence lorsqu'il a retravaillé quelques dialogues du film U.S.S. Alabama de Tony Scott, ajoutant un échange entre deux sous-mariniers sur le dessinateur qui aurait livré la "version définitive" du Surfer, Jack Kirby ou Moebius...bon, moi j'aurais inclu un trio avec Big John Buscema !









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