Un polar touchant, prenant, qui plonge dans un lycée féminin des années 1980, avec secrets, trahisons, amours cachés, isolement et touchants portraits humains
HiGraphics poursuit le développement de son catalogue avec des œuvres sensibles, intenses, qui touchent l'âme du lecteur et interrogent le rapport au monde des personnages. Début 2026, l'éditeur a déjà publié A la dérive de Bryan Lee O'Malley (cliquer ici pour le lien), connu pour Scott Pilgrim et qui livrait ici un formidable « moment d'été adolescent », entre spleen, quête de sens et amitiés volatiles.
En cette rentrée 2026, HiGraphics propose This Place Kills Me dans un beau volume relié, avec une couverture souple et un format plus proche du roman, qui se prend bien en main et permet de tourner rapidement les pages sous l'effet de la lecture happante. L'ouvrage est joli, agréable, et forme un bel écrin pour une histoire touchante et prenante, réalisée par deux autrices de talent.
Le scénario est signé par Mariko Tamaki, connue pour ses productions super-héroïques (Supergirl : Being Superman, Detective Comics...) et indépendantes (Cet été-là ou New York, New York). Le dessin est réalisé par Nicole Goud, dont le trait la rapproche des productions Young Adult après sa prestation dans La Contrebande Society de Forest Hills.
This Place Kills Me est proposé en VO par Abrams Fanfare, et a été récompensé aux fameux Eisner Awards comme Meilleur Titre Jeunesse, avec la scénariste gagnante également dans sa catégorie. Une grande reconnaissance de la profession pour un titre fort et marquant, qui mérite qu'on s'y attarde !
Mais de quoi parle This Place Kills Me, finalement ?
Au milieu des années 1980, la jeune Abby vient d'arriver au lycée de Wilberton, un établissement pour filles à la réputation de haut standing. Le Club de Théâtre de Wilberton joue un grand rôle dans la vie sociale et culturelle des jeunes filles, avec Elizabeth Woodward qui fait l'admiration de tous dans son rôle de Juliette par sa beauté, son talent, sa grâce et la cour qui l'entoure. Elle n'est cependant pas aussi arrogante que Jessica, la réalisatrice qui regarde de haut les autres lycéennes, comme Claire, apprentie journaliste qui en écrit des tonnes pour plaire à son clan.
Claire vit dans sa chambre avec Abby, qui cache de lourds secrets de son séjour à New York et qui n'arrive pas à se faire des amies. Des rumeurs courent sur elle, sur sa relation avec « une amie » qui a mal tourné, et son caractère rebelle n'aide pas à apaiser la situation. Le lycée est cependant pris dans la tourmente quand le corps sans vie d'Elizabeth est retrouvé, dans une posture qui laisse penser qu'elle s'est suicidée, mais... le doute s'installe.
Abby récolte sans le savoir des éléments, des indices qui l'emmènent dans une enquête qui va lui faire interroger les mystères et les non-dits de Wilberton. Elle va s'isoler encore plus, se trouver une étonnante alliée puis la perdre, et finalement tout découvrir... au risque de replonger dans ses propres traumatismes, et de faire exploser la vénérable institution de Wilberton, uniquement féminine hormis un seul professeur masculin... !
On le comprend, Mariko Tamaki nous plonge dans ce que l'on ressent comme une œuvre forte, intense et touchante, mais aussi autobiographique.
En effet, les quelques éléments biographiques présents dans le volume mais aussi les préfaces / postfaces permettent de comprendre quelques pièces du puzzle, pour bien intégrer que Mariko Tamaki a vécu des moments difficiles dans son adolescence, dans la découverte de son homosexualité et dans son rapport aux autres.
Ainsi, This Place Kills Me est bien une polar, demeure une enquête sur le décès d'Elizabeth, mais cela vise autant à amener Abby à préciser son orientation sexuelle, mais aussi à révéler les secrets, les non-dits et les refus de s'assumer de plusieurs de ses camarades. C'est donc une œuvre de mœurs, dans le sens pur et propre du terme, avec des moments de transparence et d'honnêteté particulièrement forts et marquants.
Sur l'aspect social et intime, le récit est une réussite totale, avec des montées en puissance particulièrement forte et des confrontations brutes et émotionnelles. C'est fort, c'est juste, c'est bien animé, c'est bien dialogué surtout, et c'est bien pertinent dans ce portrait de jeunes filles perdues au milieu des années 1980. C'est bien le point central et la réussite du récit, avec des caractères qui ne sont pas binaires et qui sont bien riches.
Sur l'aspect polar, c'est bien... mais plus classique. L'enquête est le moteur du récit, mais l'on sent que c'est l'aspect social et intime qui est la priorité de l'intrigue. Ce n'est pas gênant en soi, mais le polar passe un peu au second plan sur l'aspect de l'originalité. L'intrigue demeure fluide, elle aussi prenante et agréable, mais les événements et les rebondissements se voient un peu venir de loin.
Ce n'est pas gênant, et l'aspect social et intime compense pleinement, mais c'est à avoir en tête.
Graphiquement, le dessin est beau et très adapté au ton du récit.
Avec son trait rond, son approche adaptée à tout type de lecteur, et notamment à la jeunesse. Ce n'est cependant pas un graphisme « rabaissé », mais bien extrêmement professionnel, très solide, très efficace. La narration est dynamique, les effets de style sont nombreux et ils sont adaptés aux différents moments de l'histoire.
Les couleurs sont en outre bien adaptées pour créer des ambiances, des atmosphères tantôt froides, tantôt brûlantes, tantôt terrifiantes, tantôt rassurantes. Cela permet une lecture qui implique complètement le lecteur, avec de très belles images et une envie de tout lire d'une traite.
En bref
This Place Kills Me est une œuvre qui justifie pleinement ses récompenses aux Eisner Awards. Ce fort beau récit mêle habilement enquête classique mais intéressante au cœur d'un lycée féminin dans les années 1980, et plongée autant personnelle qu'intime dans les mœurs, les problèmes de cœur et les non-dits d'une communauté féminine face aux orientations sexuelles de chacune. Le dessin rond, dynamique et agréable créé de superbes atmosphères, alors que le scénario croque des personnages attachants autour d'une narration très prenante. Une belle réussite, qui touche au cœur et qui livre de formidables portraits de vie !
Positif
Une très belle et très forte plongée dans l'intime des personnages, face à leurs doutes et non-dits dans leurs orientations intimes et sexuelles.
Un trait charmant, agréable, dynamique avec de superbes atmosphères.
Des dialogues ciselés et de très beaux portraits de personnages.
Negatif
Une enquête correcte mais quand même classique.
Des cliffhangers en fin de chapitre que l'on voit un peu venir.
On aurait presque voulu en voir plus, en avoir plus !









Laissez un commentaire
Commentaires (0)