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Critique de Une autre histoire de l'Amérique #1

par Le Doc le lun. 5 mai 2014 Staff

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Le texan de souche Jack Jackson, l'un des pères fondateurs de la bande dessinée indépendante américaine (les comix tel qu'ils étaient appelés à l'époque afin de les différencier des comics publiés par les "gros éditeurs"), reste à ce jour méconnu dans nos contrées. L'initiative des éditions Delcourt de publier "Une autre histoire de l'Amérique" est donc à saluer, de par la nature historique de l'ouvrage et pour l'occasion qui est donnée aux lecteurs français de découvrir un artiste complet, scénariste doublé d'un historien méticuleux, dessinateur, encreur et lettreur.

Dans les années 70, après la fin de l'expérience Rip Off Press (maison d'édition indépendante co-créée avec Dave Moriaty, Fred Todd et Gibert Shelton et qui publia, entre autres, des titres de Robert Crumb ainsi que les Fabulous Furry Freak Brothers), Jack Jackson retourne dans son Texas natal et entame l'oeuvre de sa vie, raconter l'histoire de l'"Etat à l'étoile solitaire", une entreprise audacieuse à une époque où le roman graphique n'en était qu'à ses balbutiements. Mais Jack Jackson ne s'en est pas tenu qu'à la bande dessinée. Sa bibliographie comprend également romans, traités et essais sur son thème de prédilection.

"Une autre histoire de l'Amérique" est composé de deux longs récits : "Los Tejanos" et "Une Cause perdue".

"Los Tejanos" fut l'une des tout premiers romans graphiques publiés par Fantagraphics au début des années 80. Il s'agit du compte-rendu de la lutte pour l'indépendance du Texas, alors sous juridiction mexicaine, raconté en mettant en avant l'implication des Tejanos, ces texans d'origine mexicaine, et plus particulièrement de Juan Nepomuceno Seguin, leader indépendantiste oublié des livres d'histoire (au moment de la rédaction de l'ouvrage) au profit des figures emblématiques d'Alamo comme Jim Bowie ou Davy Crockett. Grâce à un dessin extrêmement précis et une documentation rigoureuse, Jack Jackson nous plonge dans une époque troublée et va au-delà de l'imagerie mythique qui fut longtemps véhiculée par les westerns hollywoodiens. Sa grande méticulosité, des premières cases qui restituent avec un impressionnant souci du détail des scènes de la vie quotidienne prenant place dans de superbes décors aux batailles orchestrées avec réalisme, confère à l'ensemble un cachet indéniable.
Le côté un peu sec de la narration et des récitatifs est contrebalancé par une ironie mordante et des dialogues qui ne s'embarrassent pas du politiquement correct, ce qui peut parfois gêner tout en favorisant une véritable immersion.

"Une cause perdue" date de 1998 et propose cette fois-ci une vision de la Guerre de Sécession et de la reconstruction du Texas en prenant comme fil rouge le conflit Taylor-Sutton, l'une de ces batailles de clan qui firent l'histoire de l'Amérique (la plus célèbre étant celle qui opposa les Hatfield aux McCoys), et le destin de John Wesley Hardin, l'un des hors-la-loi les plus dangereux de l'Ouest, dont le chemin a croisé celui de Wild Bill Hickok. De par sa profusion de gunfights, de règlements de compte, de scènes de saloons et de convois de chevaux, "Une cause perdue" lorgne beaucoup plus vers le western tel que le cinéma l'a popularisé, sans jamais perdre de vue les faits historiques (les nombreux mouvements politiques, les conflits raciaux...).

En bref, une oeuvre foisonnante, superbement dessinée, parfois un peu ardue mais toujours passionnante. Une belle découverte...







En bref

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