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Critique de Star Wars - Classic #4

par Le Doc le dim. 24 avril 2016 Staff

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Ce quatrième tome de l'intégrale des comics "Star Wars" publiés par Marvel entre 1977 et 1986 s'ouvre par l'adaptation du deuxième (et toujours meilleur) film de la Saga des Etoiles, "L'Empire contre-attaque". Pour la deuxième fois après "Un Nouvel Espoir", la transposition en BD du long métrage se fait au sein de la série mensuelle (dans les numéros 39 à 44), alors que celle du "Retour du Jedi" aura droit trois ans plus tard à une mini-série dédiée.

Scénariste du titre depuis l'épisode 11, Archie Goodwin se charge bien entendu du découpage du scénario et à cette occasion, il put enfin collaborer sur "Star Wars" avec un collaborateur de longue date, Al Williamson.
Pour rappel, George Lucas est un grand admirateur de l'emblématique dessinateur de "Flash Gordon". Williamson était d'ailleurs le premier choix de Lucas pour illustrer les strips de presse de "Star Wars", mais Williamson dut renoncer, puisqu'il était à ce moment le dessinateur du strip de l'"Agent Secret Corrigan" (avec Goodwin au scénario). Libéré de son contrat au début des années 80, Al Williamson passa sur "Star Wars" avec enthousiasme, d'abord avec l'adaptation de "L'Empire Contre-attaque" avant de reprendre le strip de presse.

"L'Empire contre-attaque" échappe aux défauts rencontrés sur de nombreuses transpositions de scénarios de films sur papier. Le découpage en 6 épisodes permet au scénariste de bénéficier de plus de place pour se concentrer autant sur les personnages que sur l'action. Il y a une véritable narration, avec du liant entre les cases, du souffle, et pas juste une accumulation de reproductions de plans tirés du film. La progression dramatique est forte et les enjeux montent bien en puissance, en conservant la tension propre à cet épisode important de "Star Wars". Ici, pas ou peu d'ellipses, mais des choix judicieux qui font de l'ensemble une lecture de qualité.
La minutie de Al Williamson, son imagination débordante, son sens du détail, ses silhouettes héroïques font merveille dans cette centaine de pages dynamiques et virevoltantes. Les délais de production font que certaines créatures n'ont peut-être pas été dévoilées à temps au dessinateur (les Wampas sont suggérés, on ne voit pas le gros ver de terre dans lequel se cache le Faucon...et Williamson a visiblement utilisé comme modèle une version non définitive de Yoda à la taille fantaisiste), mais ce petit "jeu des différences" s'efface devant la maestria de Al Williamson qui gratifie, comme à son habitude, le lecteur de planches superbes.

La première grande période du comics "Star Wars" de Marvel, marquée par la longue collaboration entre Archie Goodwin et le dessinateur Carmine Infantino, s'est terminée dans l'album précédent avec l'épisode 37. La seconde, chapeautée par David Michelinie et Walt Simonson, débute au numéro 51 et fait déjà du prochain album un rendez-vous incontournable. Les "Star Wars" 45 à 50, s'ils font clairement office d'épisodes intermédiaires, ne manquent tout de même pas de qualités. Ils s'attardent chacun sur un ou deux personnages en particulier (Luke dans le 45, Lando & Chewie dans le 46, les droïdes dans le 47, Leia dans le 48, Luke & Leia dans le 49) avant de tous les rassembler dans le 50ème double épisode anniversaire. Archie Goodwin et Carmine Infantino font du rab et assurent la transition avec Walt Simonson qui arrive dès le 49. Larry Hama, J.M. De Matteis et Mike W. Barr signent également trois scénarios avec des résultats plus ou moins égaux (celui de Larry Hama est très léger et anecdotique, contrairement à celui de Mike W. Barr, dense, touchant et bourré de rebondissements).

Le #46 par J.M.De Matteis est le plus intéressant, notamment par l'histoire de sa création. De Matteis était alors un jeune auteur qui n'avait pas encore été engagé sur une grosse série pour une longue durée (cela allait vite arriver avec notamment "Defenders" et "Captain America") et il prenait alors tous les boulots qu'on lui donnait chez Marvel après avoir travaillé sur les anthologies de la Distinguée Concurrence. L'éditrice Louise Jones (qui n'était pas encore Louise Simonson) lui proposa alors d'écrire un épisode de "Star Wars". De Matteis accepta, même s'il avouera par la suite ne pas être un fan de cet univers (il avait bien aimé le premier film, mais ne comprenait pas le phénomène qui l'entourait). Mais comme il l'a lui-même souligné, "une bonne histoire est une bonne histoire, qu'importe l'univers fictionnel dans lequel elle se déroule".
"Les rêves de Cody Sunn-Childe" est donc une B.D. de commande, pour laquelle De Matteis développa une rencontre entre Lando Calrissian (accompagné par Chewbacca puisqu'ils étaient à la recherche de Han Solo) et un légendaire combattant rebelle, Cody Sunn-Childe (nommé d'après le propre fils du scénariste qui venait de naître). Sunn-Childe était un grand guerrier que Lando idolâtrait et qui est devenu un pacifiste, un homme dégoûté par la violence et qui cherche une nouvelle façon de vivre sa vie. Bien entendu, l'Empire est sur les traces de Lando et Chewie et ces nouvelles dispositions risquent d'être mises à mal. Sans trop en révéler sur les différentes péripéties, Lando finissait originellement l'histoire en épousant le point de vue de Cody...ce qui n'a pas plus aux responsables de LucasFilm. Pour eux, Cody, en rejetant la violence, réduisait l'impact du combat de leurs personnages...ce qui donne fortement l'impression que dans cet univers, la non-violence n'est donc pas une alternative viable à la guerre qui secoue la galaxie. La dernière page fut donc réécrite contre l'avis de J.M. De Matteis afin d'inclure un dialogue de Lando qui affirmait que Cody Sunn-Childe avait tort. Ne pouvant y souscrire, J.M. De Matteis demanda à ce que son nom ne figure pas dans les crédits et il utilisa le pseudonyme de Wally Lombego (qu'il emploiera par la suite pour nommer un personnage dans quelques épisodes de "Captain America", publiés d'ailleurs ce mois-ci par Panini dans "Marvel Classic"...le hasard fait bien les choses).
Bien entendu, il n'a plus écrit par la suite d'épisodes de "Star Wars"...mais de toute façon, il n'en avait pas non plus envie. Son récit demeure tout de même l'un des plus fascinants de cette période intermédiaire, tout comme le sont les circonstances de son élaboration.

Le 50ème épisode, écrit pour la dernière fois par Goodwin et illustré par Al Williamson et Walt Simonson, permet de retrouver tous nos héros dans une même aventure rondement menée et même d'y inclure Han Solo à l'occasion d'un flash-back mouvementé. Je déplore tout de même une valse d'encreurs plus ou moins inspirés, mais l'un d'eux, le prolifique et doué Tom Palmer restera sur le titre pour les années suivantes et imprimera à l'ensemble une jolie régularité.

Un récit très rare conclut ce copieux sommaire : le "Star Wars" 3-D publié à l'origine par Blackthorne Publishing en 1987, soit après que Marvel ait laissé filer les droits. Blackthorne était un petit éditeur indépendant dont la contribution à la Saga des Etoiles s'est limitée à une poignée de comics en 3-D atrocement dessinés (ici, pas d'effets 3-D bien entendu, le comic est réédité en noir et blanc). Au scénario, on retrouve le vétéran Len Wein qui met en scène un retour de Luke et cie sur Tatooine aussi sympathique que très, très anecdotique.

Comme je l'ai écrit plus haut, le tome 5 de "Star Wars Classic" rassemblera une grande partie de l'excellente prestation de David Michelinie et Walt Simonson. A suivre...





En bref

Ce quatrième tome de l'intégrale des comics "Star Wars" publiés par Marvel entre 1977 et 1986 s'ouvre par l'adaptation du deuxième (et toujours meilleur) film de la Saga des Etoiles, "L'Empire contre-attaque". Pour la deuxième fois après "Un Nouvel Espoir", la transposition en BD du long métrage se fait au sein de la série mensuelle (dans les numéros 39 à 44), alors que celle du "Retour du Jedi" aura droit trois ans plus tard à une mini-série dédiée. Scénariste du titre depuis l'épisode 11, Archie Goodwin se charge bien entendu du découpage du scénario et à cette occasion, il put enfin collaborer sur "Star Wars" avec un collaborateur de longue date, Al Williamson. Pour rappel, George Lucas est un grand admirateur de l'emblématique dessinateur de "Flash Gordon". Williamson était d'ailleurs le premier choix de Lucas pour illustrer les strips de presse de "Star Wars", mais Williamson dut renoncer, puisqu'il était à ce moment le dessinateur du strip de l'"Agent Secret Corrigan" (avec Goodwin au scénario). Libéré de son contrat au début des années 80, Al Williamson passa sur "Star Wars" avec enthousiasme, d'abord avec l'adaptation de "L'Empire Contre-attaque" avant de reprendre le strip de presse. "L'Empire contre-attaque" échappe aux défauts rencontrés sur de nombreuses transpositions de scénarios de films sur papier. Le découpage en 6 épisodes permet au scénariste de bénéficier de plus de place pour se concentrer autant sur les personnages que sur l'action. Il y a une véritable narration, avec du liant entre les cases, du souffle, et pas juste une accumulation de reproductions de plans tirés du film. La progression dramatique est forte et les enjeux montent bien en puissance, en conservant la tension propre à cet épisode important de "Star Wars". Ici, pas ou peu d'ellipses, mais des choix judicieux qui font de l'ensemble une lecture de qualité. La minutie de Al Williamson, son imagination débordante, son sens du détail, ses silhouettes héroïques font merveille dans cette centaine de pages dynamiques et virevoltantes. Les délais de production font que certaines créatures n'ont peut-être pas été dévoilées à temps au dessinateur (les Wampas sont suggérés, on ne voit pas le gros ver de terre dans lequel se cache le Faucon...et Williamson a visiblement utilisé comme modèle une version non définitive de Yoda à la taille fantaisiste), mais ce petit "jeu des différences" s'efface devant la maestria de Al Williamson qui gratifie, comme à son habitude, le lecteur de planches superbes. La première grande période du comics "Star Wars" de Marvel, marquée par la longue collaboration entre Archie Goodwin et le dessinateur Carmine Infantino, s'est terminée dans l'album précédent avec l'épisode 37. La seconde, chapeautée par David Michelinie et Walt Simonson, débute au numéro 51 et fait déjà du prochain album un rendez-vous incontournable. Les "Star Wars" 45 à 50, s'ils font clairement office d'épisodes intermédiaires, ne manquent tout de même pas de qualités. Ils s'attardent chacun sur un ou deux personnages en particulier (Luke dans le 45, Lando & Chewie dans le 46, les droïdes dans le 47, Leia dans le 48, Luke & Leia dans le 49) avant de tous les rassembler dans le 50ème double épisode anniversaire. Archie Goodwin et Carmine Infantino font du rab et assurent la transition avec Walt Simonson qui arrive dès le 49. Larry Hama, J.M. De Matteis et Mike W. Barr signent également trois scénarios avec des résultats plus ou moins égaux (celui de Larry Hama est très anecdotique, contrairement à celui de Mike W. Barr, dense, touchant et bourré de rebondissements). Le #46 par J.M.De Matteis est le plus intéressant, notamment par l'histoire de sa création. De Matteis était alors un jeune auteur qui n'avait pas encore été engagé sur une grosse série pour une longue durée (cela allait vite arriver avec notamment "Defenders" et "Captain America") et il prenait alors tous les boulots qu'on lui donnait chez Marvel après avoir travaillé sur les anthologies de la Distinguée Concurrence. L'éditrice Louise Jones (qui n'était pas encore Louise Simonson) lui proposa alors d'écrire un épisode de "Star Wars". De Matteis accepta, même s'il avouera par la suite ne pas être un fan de cet univers (il avait bien aimé le premier film, mais ne comprenait pas le phénomène qui l'entourait). Mais comme il l'a lui-même souligné, "une bonne histoire est une bonne histoire, qu'importe l'univers fictionnel dans lequel elle se déroule". "Les rêves de Cody Sunn-Childe" est donc une B.D. de commande, pour laquelle De Matteis développa une rencontre entre Lando Calrissian (accompagné par Chewbacca puisqu'ils étaient à la recherche de Han Solo) et un légendaire combattant rebelle, Cody Sunn-Childe (nommé d'après le propre fils du scénariste qui venait de naître). Sunn-Childe était un grand guerrier que Lando idolâtrait et qui est devenu un pacifiste, un homme dégoûté par la violence et qui cherche une nouvelle façon de vivre sa vie. Bien entendu, l'Empire est sur les traces de Lando et Chewie et ces nouvelles dispositions risquent d'être mises à mal. Sans trop en révéler sur les différentes péripéties, Lando finissait originellement l'histoire en épousant le point de vue de Cody...ce qui n'a pas plus aux responsables de LucasFilm. Pour eux, Cody, en rejetant la violence, réduisait l'impact du combat de leurs personnages...ce qui donne fortement l'impression que dans cet univers, la non-violence n'est donc pas une alternative viable à la guerre qui secoue la galaxie. La dernière page fut donc réécrite contre l'avis de J.M. De Matteis afin d'inclure un dialogue de Lando qui affirmait que Cody Sunn-Childe avait tort. Ne pouvant y souscrire, J.M. De Matteis demanda à ce que son nom ne figure pas dans les crédits et il utilisa le pseudonyme de Wally Lombego (qu'il emploiera par la suite pour nommer un personnage dans quelques épisodes de "Captain America", publiés d'ailleurs ce mois-ci par Panini dans "Marvel Classic"...le hasard fait bien les choses). Bien entendu, il n'a plus écrit par la suite d'épisodes de "Star Wars"...mais de toute façon, il n'en avait pas non plus envie. Son récit demeure tout de même l'un des plus fascinants de cette période intermédiaire, tout comme le sont les circonstances de son élaboration. Le 50ème épisode, écrit pour la dernière fois par Goodwin et illustré par Al Williamson et Walt Simonson, permet de retrouver tous nos héros dans une même aventure rondement menée et même d'y inclure Han Solo à l'occasion d'un flash-back. Je déplore tout de même une valse d'encreurs plus ou moins inspirés, mais l'un d'eux, le prolifique et doué Tom Palmer restera sur le titre pour les années suivantes et imprimera à l'ensemble une jolie régularité. Un récit très rare conclut ce copieux sommaire : le "Star Wars" 3-D publié à l'origine par Blackthorne Publishing en 1987, soit après que Marvel ait laissé filer les droits. Blackthorne était un petit éditeur indépendant dont la contribution à la Saga des Etoiles s'est limitée à une poignée de comics en 3-D atrocement dessinés (ici, pas d'effets 3-D bien entendu, le comic est réédité en noir et blanc). Au scénario, on retrouve le vétéran Len Wein qui met en scène un retour de Luke et cie sur Tatooine aussi sympathique que très, très anecdotique. Comme je l'ai écrit plus haut, le tome 5 de "Star Wars Classic" rassemblera une grande partie de l'excellente prestation de David Michelinie et Walt Simonson. A suivre...

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